LA PREMIÈRE A MESDAMES LE8 IIOMMESSES
Certes, ce n'était pas une femme si peu différente de l'homme que nos réformatrices veulent le devenir, que cette Pythias, femme d'Aristole, auquel elle inspira une passion si ardente, si dévouée, si religieuse, qu'après sa mort il l'érigea en divinité, lui dressa un autel dans sa maison, et lui rendit les mêmes honneurs et le même culte que les Athéniens rendaient à Cérès.
Ce n'est pas d'aujourd'hui du reste que certaines femmes ont émis ces prétentions qui n'ont pour résultat que de les laisser entre deux sexes. Ce n'est pas d'aujourd'hui non plus qu'elles ont été jugées ridicules. Aristophane les met en scène dans les Harangueuses , £XV ArjClOCGOUffOU .
Les Athéniennes, sous la conduite de Proxagora, dérobent la nuit les vêtements de leurs maris, s'affublent de barbes postiches, et s'assemblent au Pnyx pour promulguer une révolution sociale.
Fondée sur l'égalité des sexes, la communauté des biens, des femmes et des enfants.
On ne peut dire à des lectrices françaises jusqu'à quel point une des insurgées a pris des précautions pour « ne plus ressembler en rien à une femme. »
Proxagora. Avez- vous vos barbes ?
— Oui, par Hécate !
Proxagora. Je vois aussi que vous avez tout le reste ; chaussure lacédémonienne, bâtons, habits d'hommes, etc.
Une femme montrant de ta laine. J'ai apporté ceci pour carder pendant l'assemblée.
(Il y avait déjà alors des tricoteuses. )
468 au èoLEii.
Proxagora. Laisse ta laine, mets ta barbe et deviens homme...
Voici quelques articles du code de ces dames : « Tout, tous et toutes appartiendront à tous et à toutes, tout sera en commun, l'argent, le pain, la ehaircuiterie , les habits, les hommes, les femmes, les enfants, le vin, les conserves, les pois-chiches.
(ipsëtvôouç)
« Les vieilles et laides se tiendront auprès des jeunes et jolies, et on n'obtiendra les secondes qu'en passant par les premières. »
Blepyrus. Mais en vivant ainsi, comment chacun pourra-t-il reconnaître ses enfants ?
Proxagora. A quoi bon? les enfants regarderont comme leurs pères tous les hommes plus âgés qu'eux. Ce sera très avantageux pour les vieillards, personne n'osera les battre, dans la crainte de battre son père.
Encore quelques lignes pour constater que nous ne trouvons même pas, ô Athéniens que nous sommes ! de nouvelles folies. Écoutez le langage du chœur qui représente le peuple dans la comédie des Harangueuses :
« Voici le moment de montrer ma sollicitude pour le peuple. C'est dans l'intérêt de la prospérité générale, qu'il faut assurer à un peuple civilisé toutes les jouissances de la vie. »
N'est-ce pas ainsi que parient nos orateurs et orateuses de club ? Et ceci que dit un citoyen :
« Je connais nos citoyens ; ils sont prompts à voter des décrets, et une fois les décrets rendus, ils ne veulent plus les exécuter. »
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N'est-ce pas nous avec nos montagnes de lois et de décrets la plupart excellentes et excellents, mais dont aucunes et aucuns ne sont exécutés.
J'arrêterai ici ce premier discours à mesdames les hommesses, mais je n'ai pas fini, et nous remettrons la suite à un autre chapitre.