VICTOR HUGO
Voici la protestation en question signée par cinq mille électeurs :
« C'est du droit de suffrage que dérivent les autres. Considérant que le vote par départements est tel que le chef-lieu fait seul les élections; que le reste du département ne peut ni assurer un bon choix ni en écarter un mauvais ; que son vote devient une formule vaine et sans aucune efficacité possible ; que ce mode d'élection donne une puissance invincible à l'intrigue et aux coteries ; qu'il assure le triomphe, dans la lutte électorale, aux capitulations de conscience et à toute sorte de manœuvres ; que les électeurs qui considèrent le droit de voter à la fois comme un droit et comme un devoir, sont placés dans l'alternative ou de donner leur voix à des hommes qu'ils ne connaissent pas, ou de voir leurs suffrages perdus et sans résultais possibles s'ils les donnent selon leur conscience ; considérant en outre que la plus grande partie de la population, faute de temps, de relations et d'argent, ne peut parcourir
COiMPTES DIVERS 121
sans cesse le département, l'inonder de listes imprimées, de professions de foi, etc. ; nous déclarons que nous ne pouvons accepter, comme droit au vote, une forme vaine et mensongère. Nous protestons donc contre le vote par départements, et nous demandons qu'il soit remplacé par le vote par arrondissements ; nous déclarons nous abstenir de prendre part à ce vote, tant que la forme ne nous donnera pas des chances et des droits égaux.
» En conséquence, nous prions l'Assemblée nationale de prendre en considération notre réclamation légitime, et de nous assurer le droit le plus précieux que nous ait promis la République. »
Suivent Jes cinq mille signatures, attestées par Victor Hugo.
Cette protestation ne fut pas sans influence sur le retour au scrutin d'arrondissement, — et c'est à ce mensonge du scrutin de liste qu'on parle de revenir aujourd'hui !
En 1837 ou 38, Gérard de Nerval, qui jouait je ne sais quel air turc sur les vitres de mon cabinet, s'écria tout à coup :
— Tiens ! l'Ogre et le Petit-Poucet !
C'étaient Caussidicre et Louis Blanc qui traversaient la cour et venaient chez moi. L'image était parfaitement juste. Louis Blanc plus petit que l'avocat Janvier, qui était plus petit que M. Thiers, ne dépassait pas la hauteur d'une colonne et demie du Moniteur. Caussidicre avait cinq pieds neuf pouces, était gros, large, épais, lourd et fort, — ses cheveux drus, rudes, frisés comme les poils d'un taureau le sont entre les cornes.
Louis Blanc, qui alors était imberbe, frais et rose, semblait un enfant, et, à côté de Caussidière, faisait deux pas quand son compagnon en faisait un, non passibus œquis. Louis Blanc était alors rédacteur en chef et Caussidière gérant du journal le Bon Sens ; ils venaient réclamer contre une inexactitude qui s'était glissée à l'égard de ce journal dans une feuille que je publiais alors avec Gérard de Nerval, Théophile Gautier, Ourliac, etc. On avait attribué au Bon Sens une assertion qui appartenait à une autre feuille ; la réclamation simplement présentée fut cordialement reçue, comme il était juste.
Si je puis défier n'importe qui de citer une circonstance où par aucun moyen on m'ait fait renier ni modifier ce que j'ai cru vrai, je défie avec plus d'orgueil qu'on en cite une où j'aie hésité à reconnaître et à réparer une erreur ou une injustice qui m'étaient démontrées, et à le faire de bonne grâce et sans attendre qu'on le demandât.
La petite taille de Louis Blanc — on lui sert à la tribune en même temps que le verre d'eau sucrée, un tabouret sur lequel il doit monter — a eu une grande influence sur sa vie. J'ai fait, il y a bien longtemps, dans un roman appelé Sous les Tilleuls, le portrait d'un homme de très petite taille. La préoccupation constante du personnage que je peignais, était d'être non pas aussi fort, mais plus fort que les grands. Quand il vous serrait la main, il essayait de vous comprimer les doigts, et rien ne le flattait plus que de vous entendre dire : Vous me faites mal ; jamais il ne coupait une ficelle attachant des livres, il la rompait. Il sonnait à casser les sonnettes et fer-
mait les portes de façon à éveiller toute une maison : son pas faisait retentir les escaliers ; tout, en lui, disait : Je suis petit, mais fort, mais terrible, et l'homme qu'il aimait le plus et qui avait la plus réelle influence sur lui était un homme de taille ordinaire, c'est-à-dire beaucoup plus grand que lui, qui un jour au théâtre, se trouvant debout derrière lui, le poussa brutalement, et, d'une voix rude, lui dit : Vous m'empêchez de voir.
Louis Blanc devait naturellement se jeter dans le parti des forts, des violents ; mais s'il a une certaine habileté à verser au peuple un vin sophistiqué et capiteux, et à le pousser à la bataille, son tempérament ne lui permet ni de le précéder ni de le suivre, ni de le modérer et l'arrêter. C'est un petit Gracque, un petit Catilina d'une espèce particulière. On pourrait le comparer à un séducteur... incomplet, galant, pressant, hardi en paroles, entreprenant jusqu'à un certain point, mais s'arrêtant net à un certain point, si bien que, l'émeute attaquée, entraînée, enivrée, doit s'adresser à un autre. Il semble qu'un sorcier ait noué l'aiguillette à ses velléités ambitieuses et révolutionnaires. La fortune publique de Louis Blanc est fondée sur une demi-douzaine de sophismes absurdes qui ne peuvent supporter la discussion, qui ont coûté la liberté et la vie à beaucoup d'ouvriers et en condamnent plus encore au désordre, à la haine aveugle, à la misère.
Le droit au travail a amené en grande partie la sanglante insurrection de Juin. Qu'est-ce cependant que le droit au travail ?
Le droit au travail qu'il y a ? Ça n'a pas besoin d'être édicté.
Le droit au travail qu'il n'y a pas ? Ça se traduit par les ateliers nationaux et ça consiste à porter à gauche de la terre qu'on prend à droite, puis à la reprendre à gauche pour la reporter à droite ; ça se traduit par les trente sous par jour des soldats de la Commune.
L'égalité des salaires. Le paresseux, le maladroit, Pinhabile recevant pour le travail qu'il fait lentement, qu'il fait mal ou qu'il ne fait pas, la même rétribution que l'ouvrier laborieux, adroit et habile qui fait bien et vite la besogne qui lui est confiée.
Je ne me rappelle pas si c'est sous le péristyle de la Chambre des députés ou à l'Hôtel-de- Ville ; mais très certainement un jour, en face de l'émeute provoquée par ses discours, et qu'il s'agissait alors d'arrêter pour qu'elle n'emportât pas tout, Louis Blanc s'évanouit. Lamartine, un grand cœur, celui-là, auquel les hurlements de la foule et les fusils braqués contre lui n'inspiraient que de belles pensées noblement exprimées ; Lamartine, que ses collègues envoyaient parler au peuple quand ça allait mal, apaisa encore une fois cette mer furieuse ; mais le soir, le chantre d'Elvire et de Jocelyn, le poète des Méditations et des Harmonies, qui à l'occasion et assez fréquemment — ce qui étonnera ses lectrices, — faisait entendre des jurons énergiques, nous dit : « S. n. d. D. de Louis Blanc, qui s'évanouit et me fait manquer ma péroraison ! »
Aujourd'hui, la coterie nouvelle ne veut plus des vieilles barbes de 1830 et de 18-48. Us imitent à un
certain pointées sauvages qui tuent leurs vieillards. Ils ne veulent pas partager des morceaux qu'ils no trouvent déjà pas si gros avec ces bouches inutiles et les laissent parler dans le vide et mâchera vide. On a vu ce qu'ils ont fait de Ledru-Rollin, de Garnier-Pagès, etc. Quant à Louis Blanc et au vieux Madier, la situation qui leur est faite est des plus choquantes. Ils semblent au milieu des gouvernants d'aujourd'hui des gens fourvoyés dans un salon où ils ne connaissent personne. Louis *Blanc d'un air refrogné attend qu'on vienne lui parler, comme une vieille fdle qui attend en douceur. Madier erre dans le salon, et de temps en temps essaye d'entrer en conversation, en disant à M. Ferry, à M. Lepère ou à quelque autre : Il fait bien chaud aujourd'hui ; ou : Nous ne tarderons pas à avoir de la pluie, mes cors ne me trompent jamais. On ne lui répond pas, alors il revient jaser avec Louis Blanc dans le coin où il a laissé la petite vieille.
On comprend que l'ancien secrétaire du gouvernement de 1848, ne trouvant plus à se glisser comme alors parmi les maîtres, en est profondément blessé. C'est pourquoi il a repassé ses vieux discours, ses vieux sophismes, ses vieilles rengaines d'autrefois, et s'en va dans les départements chauds tisonner et remuer les cendres, souffler dessus et tenter de rallumer l'incendie. Il fait remarquera ses auditeurs que ceux qu'ils ont juchés au pouvoir se mettent peu en peine de tenir leurs promesses et se moquent d'eux, tandis que lui, si on l'y portait, leur donnerait ceci et cela : le droit au travail, l'égalité des salaires, l'amnistie sans restriction et des côtelettes de
sphinx à la purée de chimère. Mais voici que les cendres n'étaient pas si éteintes que Pavait cru la coterie triomphante et que la petite vieille a encore assez d'haleine pour les rallumer. Il faut se défendre. Les opportunistes et leurs organes, — la République française, etc., — disent d'abord avec dédain : L'amnistie ! fi donc ! les côtelettes de sphinx ! allons donc ! c'est un fricot déplorable, une affreuse ripopée. Parlez-moi d'une amnistie épluchée, écossée et servie proprement ; à la bonne heure !
Mais ils ne tardent pas à s'apercevoir qu'on ne les écoute pas, et que Louis Blanc continue son voyage triomphal dans son landau attelé d'hommes libres.
Alors, la Republique française, organe surtout de M. Gambelta, s'écrie: Quoi? l'amnistie complète? les côtelettes de sphinx, c'est ça que vous voulez ? Il fallait le dire ; mais c'est très bon, c'est exquis. Nous en tenons aussi et on va vous en servir. C'est le plat du jour et personne ne raccommodera comme nous.
Mais les hommes libres se relayent, et Louis Blanc continue. L'opportunisme s'aperçoit alors qu'en admettant l'amnistie partielle, il a imité les Troyens lorsqu'ils introduisirent dans leurs murs le fameux cheval de bois, cette machine grosse d'armes — machina fœta armis — il voit que ses flancs lui vomissent des ennemis — ligno occultantur Achivi — qui pourraient le faire sauter — Hœc in nostros fabricata est machina muros.
La situation de l'opportunisme est inquiétante. Les derniers tronçons de la queue de M. Gambetta se séparent de lui et frétillent derrière Louis Blanc ; c'est
COMPTES divf:rs IJT
pourquoi la République française, qui avait repousse l'amnistie pleine et entière, la demande aujourd'hui, non pour l'obtenir , mais pour lavoir de mandée. Elle espère bien, au contraire, la voir re pousser par les Chambres, et elle ne néglige rien pour amener ee résultat, comme les cent si 'pi qui, à Bordeaux, ont, en 1870, voté la continuation de la guerre, après s'être comptés et s'être assurés qu'ils étaient en minorité, cent sept gaillards qui n'ont jamais répondu à cette demande que je faisais alors : Parmi les cent sept, nommez-en sept qui se soient battus.
Ce « truc » de la République française n'avait pas l'air de réussir, lorsqu'il est arrivé à l'opportunisme un secours inespéré. M. Humbert, qu'on a pensé avoir suffisamment expié, par huit ans de déportation, la publication d'un journal puérilement infâme, le Père Duchêne, qui a provoqué tous les crimes commis par la Commune, M. Humbert a mûri dans l'exil-, il est revenu décidé à racheter son passé par quelques actes de dévouement énergique.
Il a été trouver l'opportunisme anxieux, et lui a dit : « Vous êtes débordés, les Chambres n'oseront pas refuser l'amnistie entière, et l'amnistie entière n'a pour but que de remplir les cadres, déjà formés par l'amnistie partielle, de l'armée qui ne fera de vous qu'une bouehée. Je veux vous sauver. Je vais, je le sais, jouer un rôle dangereux, le rôle de Zapire, qui se défigura pour sauver son maître ; mais je veux effacer, racheter le Père Duchêne. Ce petit vieux Blanc verse au peuple, à pleines chopes, une absinthe sophistiquée, empoisonnée ; ça pique le pa-
lais, ça met du feu dans l'estomac, il semble aux buveurs que ça leur donne de la force ; il faut faire ce que faisaient les Spartiates pour dégoûter leurs enfants de l'ivrognerie ; ils amenaient dans la salle du festin un ilote ivre, — je serai cet ilote ; — ne vous inquiétez pas, ne vous effarouchez pas de ce que je vais dire et faire ; je vous promets que ça effrayera les bourgeois et que les assemblées repousseront vivement le complément de l'amnistie. »
C'est alors que ce bon jeune homme s'en est allé à Javel débiter les insanités, les monstruosités que vous savez ; qu'il n'a pas parlé de repentir, mais de revendication et de vengeance, — qu'il a glorifié les crimes de la Commune, et a eu le courage de ne pas essayer de se justifier de l'assassinat de Chaudey.
D'autre part, M. Henri Rochefort, qui a la nostalgie du boulevard et qui voudrait bien être rappelé sans le demander, a écrit à M. Humbert une lettre que celui-ci a lue dans l'assemblée de Javel, et qui n'a pas peu contribué à produire l'effet désiré, à montrer que le parti qui demande l'amnistie complète veut renouveler simplement la Commune et la Terreur.
Puisse cette tentative réussir, montrer aux membres des deux Assemblées, qui se sont ralliés, avec de faux-nez, à la coterie soi-disant républicaine, avec l'espoir de la modérer et de faire une république conservatrice, sur quelle pente on les entraîne ; ça pourra réussir parce qu'on ne leur demande pas d'avoir du courage, mais d'avoir peur ; il est possible, du moins, que l'opportunisme soit sourd pour cette fois , et la République française pourra dire
COMPTES DIVER s |89
aux tronçons volages de sa queue qui se prenaient à la petite échine de Louis Blanc : — Vous avez bien vu que j'ai demandé l'amnistie plénière, mais je n'ai pas pu l'obtenir.
Un membre de l'opportunisme qui n'a pas manqué de confiance, c'est M. le ministre des finances. A ce moment où, sans M. Humbert et M. Rochefort, l'amnistie plénière était votée et renversait le ministère, M. Say s'amusait à faire installer un téléphone de sa maison de campagne, de son château de Stors, au ministère, où rien ne prouvait qu'il pût rentrer. Ça m'a rappelé ce bon et honnête Senard qui, en 1848, faisait planter des pommiers dans le jardin du ministère de l'intérieur quinze jours avant celui, peu prévu alors, où il sortit palriotiquement et de bonne grâce dudit ministère.
S'il était besoin de donner des preuves du pôle de dévouement que je révèle de la part de M. Humbert, il suffirait de faire remarquer que ses discours sont prévus par plusieurs articles de loi : qu'il n'existe pas, qu'il ne peut exister un gouvernement assez aveugle pour ne pas réprimer sévèrement une telle audace et ne pas renvoyer immédiatement à Nouméa ceux qui se montrent si peu dignes de pardon ; ceux qui, au moyen de l'amnistie qui les ramène à Paris, publient que cette amnistie qu'ils ont reçue, ils ne l'accordent pas ; qui se font un titre de gloire des crimes qu'ils ont commis ou provoques.
D'autre part, M. Humbert qu'on dit être bien intelligent, et qui voulait, assure-t-on, expier ses tristes et criminelles folies en rentrant sans bruit dans une vie paisible et laborieuse, qui avait d'abord re-
poussé la candidature qu'on lui offrait, ne peut, s'il se destine à une carrière politique, ignorer que ces faciles et ridicules succès de populace et de truandaille lui ferment tout avenir, lorsque le mercredi des cendres aura succédé aux jours gras ; que la fin de ce carnaval, si ce carnaval doit finir, ne peut que hâter les scènes de Javel, qui rappellent ce galop infernal, effréné, mais final, que Musard accompagnait de chaises cassées et de coups de pistolet, après quoi on le portait en triomphe, puis on rentrait chez soi, on rendait à Babin les costumes de titis, de débardeurs, de pierrots, d'arlequin et de polichinelle, et c'était fini pour un an, jusqu'au prochain carnaval.
Javel, du reste, n'est pas un lieu ni une population qui se manifeste pour la première fois. Javel a déjà eu une réputation. Javel est un quartier, une commune dont on a déjà parlé ; sa première existence n'était pas encore politique, mais elle était déjà extrêmement gaie et même farce. Rome aussi a eu deux existences et deux histoires. Deux fois à des titres différents elle a pu parler d'un ton impérieux à la ville et au monde, urbi et orbi! Belleville aussi a été célèbre, avec sa voisine Romainville, pour ses lilas, avant de donner des maîtres à la France.
Il existe dans les œuvres de Voisenon une petite comédie appelée le Moulin de Javelle, où nous apprenons d'abord que le nom de la commune en question a été altéré, s'est prononcé et peut-être écrit Javelle, et non Javel, comme l'écrit, à tort, même M. Litiré; le quartier, aujourd'hui enclavé dans Paris, était alors une commune rurale, et ce nom de Javelle vient ou d'une poignée de blé ou de sarments
COMPTES DIVERS l.'îl
de vigne qu'on appelle ainsi en langage agricole, ou, et peut-être plutôt, de sa situation, car on a appelé autrefois, selon l'Académie, javelle un courant d'eau,
un petit bras de rivière, entre la terre et une île, et Javelle est au bord de la Seine ; c'est dans l'île qu'était le moulin érotiquement célèbre où on allait, du temps de Dancourt, manger des fritures et des matelottes, en cabinets particuliers.
Dans la première scène de la comédie, un cocher qui se vante de « ne pas avoir la langue morte t> et qui parle à peu près comme les hommes politiques parlent aujourd'hui, explique à une comtesse qu'il y amène qu' « on ne loge pas au moulin de Javelle, mais on y couche beaucoup. »
L'impératrice de Russie est arrivée à Cannes par un temps magnifique. Elle a été reçue avec tous les honneurs que permettait le strict incognito. M . de Brancion, préfet des Alpes-Maritimes, lui a adressé seulementquelquesparolcs. Madamede Brancion lui a otYert un magnifique bouquet de roses jaunes (maréchal Niel) fourni par ma successeuseii Xwc, madame Dulac. L'impératrice a dit qu'elle reconnaissait avec joie les roses.
— De Nice :
Un bon petit papier rouge local a fait une découverte ; on croyait que c'était pour sa santé et pour se réfugier sous un ciel bleu que l'impératrice de Russie venait à Cannes. Erreur ! Voici ce qu'imprimait ce bon petit papier rouge :
« L'impératrice vient simplement rendre un so-
lennel hommage à la France républicaine en venant s'abriter sous ses institutions et sous ses lois. »
Vous pensiez que c'était sous des orangers et des myrtes en fleurs que l'impératrice malade allait s'abriter, non, c'est sous les lois et les institutions de la République. — Sa maladie ? prétexte ; elle veut rendre hommage à la République.
A propos, il faudrait alors lui dire quelles sont les institutions et les lois de la République, et ce qu'elles seront demain ; et sera-t-il sain de s'y abriter à une époque où le pouvoir ne peut pas ou n'ose pas réprimer des appels à la révolte et à la terreur?
Le conseil de Tordre de la Légion d'honneur, consulté sur la question de rendre la décoration aux amnistiés dégradés, n'a, dit-on, aucune puissance pour empêcher une énormité. C'est le Président de la République qui jugera en dernier ressort.
Il resterait au moins au conseil de l'ordre, dans le cas où un scandale aurait lieu, soit pour la restitution de la croix d'honneur, soit le don de cette distinction à des indignes, il resterait au moins le pouvoir d'édicter que tous les légionnaires cesseraient, en signe de deuil, de porter le ruban pendant huit jours. Cette désapprobation énergique, renouvelée dans toutes les occasions semblables, ferait parfois hésiter le Gouvernement et conserverait, au moins pour un temps, ce qui reste de prestige à la Légion d'honneur.