‹ Au soleilChapitre 7 sur 44 · LA TOUR DE BABEL ET LE CYCLOP · texte numérisé non relu

LA TOUR DE BABEL ET LE CYCLOP

N'avons-nous pas aussi les brasseries où DOS hommes d'État ont appris en buvant « la eervoise » ce qu'ils savent de politique ?

N'avons-nous pas Louis Blanc qui s'empresse et court de ses petites jambes au-devant des Nouméens, et qui, son carnet d'écrivain sur son petit dos, va faire l'appel et recruter des soldats pour la prochaine émeute? Quand je l'ai vu se mettre en route, j'ai en une peur très grande qu'il n'emmenât Victor Hugo qu'il avait déjà entraîné à la présidence d'un banque! et cela, comme du temps de Caussidière, pour avoir un grand avec lui. Peut-être cependant n'y a-t-il pas songé, parce que cette fois c'aurait été un trop grand. Néanmoins je veux espérer, je veux croire que c'est Victor Hugo qui n'a pas voulu.

Je saisis cette occasion de m'expliquer sur un point devant mes lecteurs. Il m'arrive quelquefois de parler de Victor Hugo et d'en parler avec chagrin.

Je ne veux pas qu'on s'y trompe ; Victor Hugo est toujours pour moi sinon un philosophe et un penseur, du moins le grand, l'admirable poète dont l'amitié a été un des orgueils de ma vie. C'est précisément pour cela que je m'irrite de le voir descendre des régions sereines de l'art et delà poésie. Cesser d'être l'aigle qui plane, le rossignol qui chante, pour venir se mêler aux canards qui barbottentdans la fange vineuse et sanglante de la rue dont ils l'éclaboussent, et essayer de nasillonner et de cancaner avec eux, de cette voix puissante qui en 1 8 48 disait aux gens qu'il flatte aujourd'hui de si grandes, de si éloquentes, de si sévères vérités !

Que n'ai-je pu, que ne puis-je lui faire comprendre

que ce n'est qu'aux médiocres qu'il convient de descendre pour être les premiers, et que ceux parmi lesquels il se commet ne comprennent même pas l'insigne honneur qu'il leur fait, qu'ils se défient de lui, sachant bien qu'il n'est pas de leur espèce, qu'ils ne lui accordent que des simagrées de vain respect, et ne lui font aucune part d'autorité, de pouvoir, de direction, d'influence ; que le grand poète n'a dans cette politique que le rôle du musicien qui joue de la clarinette derrière le cabriolet du charlatan, du dentiste en plein vent, lorsque l'opérateur, pour étouffer les cris du patient auquel il vient de « cueillir » une molaire, dit : Allez, la musique?

Que de beaux vers Victor Hugo nous devait encore, et dont nous prive la politique qui ne lui a jamais réussi, si j'en excepte les Châtiments, la plus vigoureuse, la plus terrible, la plus belle satire qui ait été faite.

Quand il m'arrive de lire tristement dans les journaux quelque lettre, quelque discours si fort en contradiction avec les pensées élevées et les paroles sévères d'autrefois, je cherche un volume des Feuilles d'automne et je retrouve là le vrai Victor Hugo, le grand Victor, l'aigle aux ailes éployées, et j'entends encore sa véritable voix.

Quant à Louis Blanc, j'en ai moins de souci ; s'il réussit encore à enrégimenter assez de pauvres dupes et de fieffés coquins pour répéter une des émeutes de 1848, quand ça grondera, il aura, comme alors, peur de sa besogne, n'osera pas profiter du trouble pour supplanter ses amis et complices dédaigneux. Laissons à quelqu'autre, si la Providence nous en

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