‹ Au sortir de l'école: les patronages: aree une lettre-préface de S. Ém le Cardinal LecotChapitre 126 sur 143 · JOURNAUX DE PATRONAGES · texte numérisé non relu

JOURNAUX DE PATRONAGES

qu'aux aînés, ont pris une part de raffection de ces grands frères les soldats.

Sentez-vous tout ce qu'il y a de fort, d'utile, de vraiment bon dans ces petits bulletins !

M. l'aumônier, M. le directeur y glissent aussi leur petit mot parfois et, porté dans ce pli impatiemment attendu, le petit mot s'en va partout faire prendre une bonne résolution, faire regretter une gaminerie, et faire aimer davantage ce cher patronage où chacun, sans gêner personne, trouve pour ainsi dire sa vie.

Je m'arrête, mais je ne puis m'empêcher de dire encore toute ma pensée. Si jamais Dieu permet à nos œuvres de rebâtir l'édifice social dans notre chère patrie, si jamais tant d'efforts réunis et convergents réussissent à soulever rénorme fardeau de pierres pures et blanches qu'il faudra accumuler pour reconstruire ce monument délabré, je voudrais qu'après la victoire quelque historien de génie reprît un à un ces journaux de patronage, photographie faite au jour le jour de tant de peines, de soucis, de fatigues, et que les mémoires inédits de cette dure campagne accouplés et fondus ensemble restent à jamais comme un monument de gloire laissé pour la postérité à la mémoire des dévouements ignorés de tant d'aumôniers et de directeurs de patronage.

Un avis autorisé

A la troisième Journée des Patronages, M. Tabbé Leber, censeur du collège Stanislas, a lu un remarquable rapport sur « la formation des élèves de renseignement secondaire catholique par les œuvres et spécialement par les patronages ».

Nous donnons la dernière partie de cette étude, quia réuni Tunanimité des suffrages; aussi les congressistes ontrils voté renvoi de ce rapport à tous les directeurs de maisons d'enseignement. Nous souhaitons que les idées émises par M. l'abbé Leber se répandent et soient appliquées. Tout le monde — collégiens et jeunes gens des patronages — y trouvera profit.

... L'initiation aux œuvres et à la vie des œuvres, dit M. l'abbé Leber, peut et doit se faire dans les collèges de deux manières : Tune théorique, l'autre pratique ; par l'enseignement d'abord et puis par la participation effective aux œuvres.

L'enseignement peut se donner sous des formes diverses. Il peut être l'objet d'un cours régulier, méthodique, avec un professeur attitré et un programme déterminé. Que ce système soit le meilleur en principe, cela n'est pas discutable : mieux vaut en tout connaître d'abord les principes et en montrer dans les œuvres des applications, des démonstrations. En fait, le système m'inspire une confiance médiocre. C'est un cours ajouté à beaucoup de

cours, un chapitre ajouté à un programme déjà surchargé, diversion pour les paresseux, qui risque de leur inspirer le dégoût de la pratique après l'ennui de la théorie, surcharge pour les esprits sérieux déjà assez occupés et préoccupés.

On peut procéder aussi par des conférences détachées, faites sur des sujets divers, par des hommes différents, chacun se renfermant en sa propre compétence. Une unité morale se forme entre les conférenciers du seul fait de leur sincérité chrétienne et de leur compétence respective ; entre les sujets Tunité naît de la préoccupation commune qui les inspire, à savoir, initier les jeunes gens aux connaissances et aux devoirs de leur vie sociale.

Cette méthode, aisée à suivre à Paris et dans les grands centres, paraît de beaucoup la meilleure. Si elle donne sur bien des questions des notions incomplètes, elle les donne exactes, avec une variété qui tient les esprits en éveil par le charme de la nouveauté; elle excite les curiosités et sème de ci de là, au hasard des terrains, je veux dire des auditeurs et de leurs goûts, des sujets de réflexion, des désirs de recherches ou de vérifications ultérieures. — La conférence peut être suivie avec avantage, non pas d'une discussion (rautorité du conférencier doit être indiscutable), mais de questions, de demandes d'éclaircissements, de compléments d'information, fournis ou provoqués. Ces premières réunions peuvent être complétées par d'autres où les auditeurs discutent entre eux, en présence du conférencier ou d'un maître, quelqu'une des questions qui ont été traitées, ou qui auraient pu l'être. A toutes ces ' réunions, où il s'agit de former à la pensée personnelle, à ^

la parole sincère et franche, à Tinitiative et à Taction, il faut une tout autre physionomie que celle des classes. L'autorité doit être présente (sans elle que deviendrait toute assemblée d*hommes ?), mais d'une présence discrète ; elle gouverne mais ne règne pas, s'mpose au respect mais non à la crainte. — L'ordre aussi est nécessaire, sinon nulle attention, mais il est maintenu moins par l'agaçante sonnette que par l'intérêt du sujet, le sérieux et la sincérité des interlocuteurs. S'il en est ainsi, il est surprenant de voir l'attention, l'entrain, la verve, la vie enfin, la vie commune qui règne en ces réunions. Et si déjà « c'est d'avoir profité que de savoir s'y plaire », d'autres heureux résultats en peuvent surgir, qu'il est inutile de signaler

Ce ne sera pas un des moindres de ces avantages que d'offrir à l'initiation pratique aux œuvres une excellente occasion et d'excellentes conditions pour s'amorcer. Faites venir là une fois, deux fois, un homme d'œuvres, qu'il s'appelle d'un nom synonyme de sens pratique et de zèle contagieux; qu'il dise simplement ce qu'il fait et ce qui est à faire, et qu'il convie chaleureusement de jeunes ouvriers à la moisson 1 Et voilà des mains qui battent, des lèvres qui s'agitent, des yeux qui brillent; un appel s'élance vers ceux qui gardent les portes du collège et qui serrent les crampons de la discipline : « Allons-y ! » crie cette jeunesse enthousiasmée...

Les Apôtres poussèrent un jour ce cri vers le Maître, et quand il fallut « y aller », ils avaient tous disparu. Si le premier moment d'enthousiasme est nécessaire, songeons qu'il passe vite. Quand les hommes d'œuvres qui l'ont sus-

cité sont partis, il faut des auxiliaires qui entretiennent et transmettent la flamme et la changent en un mouvement réglé et persévérant. Ces auxiliaires ne manquent pas, et ils sont de plusieurs catégories. Ce sont d'aborcj les élèves eux-mêmes, les premiers confrères des patronages par exemple. Ils se donnent comme première mission de se recruter, et par des influences individuelles ils maintiennent et augmentent d'un trimestre à Tautrç, d'une année à l'autre, le courant qui circule du collège au patronage. Ce mode d'action est à la fois le plus évangélique, le plus sur et le plus fécond. Les mères chrétiennes sont elles aussi de précieux auxiliaires : elles ont l'instinct de ce qui manque à leur égoïste de fils, surtout de ce qui va lui manquer à son entrée dans la vie ; elles sentent d'instinct que l'Évangile doit jeter de plus fortes racines en ces âmes gâtées par le bien-être, en qui l'esprit se développe aux dépens du cœur et de la volonté, et elles attendent des patronages l'apprentissage pratique de la bonté, de la charité, de l'énergie, de l'abnégation. Les maîtres enfin secondent avec bonheur l'eff'ort des hommes qui ont jeté leur filet parmi la jeunesse scolaire. Ils ne sauraient oublier sans doute leur premier devoir : préparer les jeunes gens à leur mission, à leur carrière ; cela crée d'impérieuses obligations d'état. On peut critiquer les programmes, mais tant qu'ils sont là, il faut les préparer : de là le travail, le souci du travail, le recueillement qu'il exige, l'ambition qu'il suppose, l'absorption du temps et des forces intellectuelles qu'il impose. Mais la dette quotidienne largement payée au travail, s'il reste des fonds disponibles, et il en reste, tout l'eff'ort des maîtres les tournera au ser-

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vice des œuvres et des patronages. Ils montreront dans la vie d'œuvres ce complément de l'éducation dont nous avons parlé, cette formation aux devoirs impérieux que la vie moderne demande aux jeunes gens de la classe aisée ; ils attacheront la vie d'œuvres aux profondeurs de la conscience morale, à l'essence de l'esprit évangélique ; ils veilleront à ce qu'elle ne devienne ni une façon de sport à la mode, ni un engouement passager, ni une pure diversion, ni un simple apprentissage de stratégie électorale. Ils feront connaître les œuvres particulières, leur esprit, leur fonctionnement, et ils étudieront la part pratique que les élèves y peuvent prendre, soit par la parole et l'influence si puissante dont ils disposent autour d'eux dans leur famille, soit par leurs ressources personnelles, argent ou autres, qu'ils ne refusent jamais quand ils en comprennent et approuvent l'emploi, soit enfin parleur action et leur collaboration. Pour les œuvres bien comprises, ils élargiront s'il le faut les mailles du règlement, sans toutefois compromettre ni les études, ni la discipline, car ce serait cesser de bien faire pour faire le bien.

Quoi que nous fassions tous, il en restera un trop grand nombre que notre zèle n'atteindra pas et qui demeureront à l'tmdroit des œuvres ou indifférents [ou sceptiques, ou même hostiles. S'il en était autrement et si les œuvres ne rencontraient pas ces contradictions, il y aurait lieu de douter de leur valeur et de leur efficacité morale. Répugnent à être des hommes d'œuvres parmi nos jeunes gens ; lo Les paresseux — on dit aujourd'hui, pour éviter ce vocable usé, « ceux qui manquent d'initiative » : — ce ne sont pas eux qui iront au-devant de nouveaux devoirs,

ni qui se préoccuperont de remploi de leurs loisirs ; 2» les frivoles : la langue que parlent les hommes sérieux, surtout les hommes d'œuvres, c'est de Thébreu pour eux; 30 les délicats, que froisse le contact grossier du peuple. Il y a des délicatesses qui tiennent à la nature, au tempérament ; on ne peut toutes les blâmer, mais regretter peutêtre que remploi des délicats dans nos œuvres ne soit ni assez encouragé, ni assez étudié ; 4© les découragés précoces. Que ferais-je là? disent-ils. La misère est immense, sans remède ; pourquoi me donner tant de mal pour porter une goutte d'eau douce à l'Océan ? 5o Les faux intellectuels, pour qui l'idée seule est féconde et vaut la peine d'être semée dans le monde. L'idée deviendra, forcément, avec le temps, du pain pour la misère, de la consolation pour le malheur. L'aumône matérielle avilit, l'assistance par les œuvres est de l'action, et l'action est une forme inférieure de l'activité humaine ! 6® L'apprenti socialiste, qui plus tard servira noblement le peuple, par la plume, la parole, la propagande ardente, enflammée, et qui se prépare en travaillant ses auteurs, les illustres, les profonds, « les maîtres » ! C'est bien le plus agaçant des êtres et le plus malfaisant que le petit bourgeois ou le petit noble apprenti socialiste avec ses superbes colères et ses grotesques prétentions que n'accompagne pas l'ombre d'un réel sacrifice. 70 Le futur jouisseur, généreux dans sa jeunesse, mais qui en vous offrant ses cent sous « pour vos œuvres », dit-il, accompagnera ces mots d'un tel sourire et d'un tel mouvement d'épaules qu'on les lui jetterait à la figure, si son argent, dans l'occasion, ne valait mieux que lui. — Je pourrais continuer cette énumération de ceux qui resteront

étrangers aux œuvres ; j'ajouterais, à part, avec une mention honorable, les « bûcheurs » à qui il faut tout leur temps, toute leur tête et tout leur cœur pour arriver; j'ajouterais enfin, avec une mention très honorable, les internes. Là où elle s'impose, leur abstention ne tient pas à eux. Ils transformeraient la France, les internes, s'ils pouvaient sortir. Ce sont les adversaires de l'internat qui le disent, et les internes sont assez de leur avis.

Les œuvres rencontrent-elles aussi de l'opposition parmi les maîtres de l'enseignement secondaire chrétien ? Peutêtre y en a-t-il en efl'etqui se défient de cette nouveauté, qui en voient mieux les inconvénients à l'intérieur du collège que les bons effets à l'extérieur ! D'abord, nul ne peut leur contester le droit, ni les dispenser du devoir de déterminer sagement sous quelles formes, dans quelle mesure, leurs élèves peuvent se mêler à la vie des œuvres. Et même avec cette réserve toutes les craintes sont permises et toutes les prudences légitimes. Mais elles ne peuvent aboutir ni à l'abstention, ni à la défiance. Et les plus timorés se rassurent, si on les convainc qu'on ne se contente pas d'engager les élèves dans les œuvres au hasard et à l'aventure, mais que l'on s'est assuré au préalable qu'ils y deviendront meilleurs élèves en devenant plus hommes et chrétiens meilleurs.

Iri Je demande à Messieurs les directeurs de patronage la permission de leur dire toute ma pensée. Lorsque nous envoyons des élèves à leurs œuvres, nous les envoyons pour eux-mêmes d'abord, et ensuite seulement pour les œuvres. Lorsque dans une cour de patronage jouent ensemble nos élèves et vos enfants, nous entendons que la

présence des nôtres vous soit sans doute une sécurité et une aide, mais aussi un souci de plus, et un surcroit de responsabilité.

De tous les enfants qui sont là sous vos yeux, le collégien est peut-être le plus inexpérimenté, le plus emprunté, le plus vite décontenancé, et c'est lui qui doit exercer une action, lui qui doit se préparer à sa mission ultérieure ! Et son inexpérience est d'autant plus grande qu'elle s'ignore et compte vaguement que tout ira tout seul, avec des enfants du peuple surtout !

L'exception est minime de ceux qui ont le génie des œuvres et qui d'instinct, ou plutôt par une inspiration de leur charité, découvrent tout leur rôle. En général, de ce qu'un élève ou un jeune homme va au patronage, il résulte non qu'il est un apôtre, ni qu'il a toute grâce d'état pour le devenir, mais seulement qu'il a eu le désir de le devenir et qu'il s'est mis en apprentissage. Ce désir est à entretenir et cet apprentissage est à diriger, et l'œuvre me parait difficile, surtout s'il s'agit non pas de se préparer un collaborateur spécial pour son œuvre particulière, mais de créer un cœur d'apôtre, de susciter dans l'âme des instincts d'apôtre — si bien qu'à tout âge, en tout milieu, surtout quand il aura une responsabilité (puisque aussi bien tous aspirent à en avoir une), le désir et le besoin créent la fonction, et la fonction crée les organes. Or tenir une école d'apôtres et enseigner un tel métier est, de toutes les œuvres entreprises par les directeurs de patronage, la plus nécessaire et la plus délicate. Et ce ne seront pas les enfants des

pauvres et des ouvriers qui perdront à ce que la soUi-

citude qu'ils inspirent soit partagée entre eux et leurs frères plus fortunés.

Dirai-je quelques devoirs pratiques que me semblent réclamer de vous vos collaborateurs de chez nous ? Vous veillerez d'abord à ce que le patronage ne devienne pas pour eux ni une pure distraction, ni un jeu de société, qui les intéresse ou les divertisse comme firent jadis les soldats de plomb, les parties de barre et les fêtes dramatiques du collège. Jeu nouveau, point renouvelé des Grecs, et qui flatte d'une chatouilleuse vanité, en attendant qu'il les ennuie, les héritiers de la classe dirigeante. Ramener là le patronage, c'est en préparer la ruine. Vous veillerez avec non moins de vigilance sur les jeunes engouements de l'action. Vous défendrez les jeunes âmes chrétiennes contre la douce séduction des premiers succès, contre les enthousiasmes excessifs du début et les accès de zèle immodérés, qui feraient oublier que le devoir d'état reste pour chacun la première des œuvres, que la joie de faire le bien immédiatement, de façon visible, ne les doit jamais détourner de la préparation à la carrière où leur naissance et leurs aptitudes les préparent, et où Dieu les appelle. Vous ne leur laisserez pas dire que pour faire du bien au patronage il faut s'y donner tout entier. En dehors des vocations particulières, ce serait là une illusion généreuse, mais pleine de de dangers et grosse de funestes conséquences. Vous obtiendrez de ces ardents, d'ailleurs si admirables et si nécessaires, qu'ils se bornent, qu'au lieu de tout vouloir faire ils se créent des collaborateurs, qu'ils communiquent autour d'eux leur flamme, au lieu de s'en laisser consumer seuls, au risque de se fatiguer, de voir s'éteindre dans le désenchantement leur ardeur de néophyte.

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Vous veillerez aussi aux découragements et aux désillusions. Vous les préviendrez, s'il est possible, car elle est lourde à l'âme autant que dangereuse l'heure où se dresse l'inévitable « A quoi bon? », où le bien réalisé se réduit tout à coup à rien devant l'esprit, où le bien à faire ne séduit plus le cœur, où la balance entre les incessants sacrifices et les maigres résultats fait hésiter la volonté, où enfin la conscience d'avoir agi pour Dieu et pour sa perfection individuelle est la seule consolation qui reste dans l'échec ou l'impuissance d'agir.

Plus encore que le découragement, qui suppose du moins l'idéal et la vision du devoir, il faut combattre la routine, qui guérit du découragement par l'activité mécanique. La routine est la mort des œuvres, elle est la pensée remplacée par un ressort, elle est l'absence de l'âme remplacée par un règlement, ossature qui soutient quelque temps le corps dont la vie a disparu. Or les œuvres qui vivent et ceux qui vivent dans les œuvres ont seuls une action, et seuls ils savent saisir et assimiler les éléments de vie, de rénovation, de progrès; les œuvres mortes ne trouvent dans leurs routines que d'impuissantes défenses contre la désagrégation qui suit la mort. Pour éviter la routine, il semble qu'il faille surtout étudier les aptitudes de chaque jeune confrère, l'appliquer de préférence à ce qu'il fait naturellement et avec plaisir, l'attacher à un service spécial, à une mission où il réussit, à un groupe d'enfants, ou à un enfant qu'il a su conquérir, à l'organisation d'un jeu, d'un cours où il excelle. Il semble encore qu'il ne faille décourager aucune initiative, fùt-elle contraire aux règlements établis 1 Oh I les règlements I ils ont la mission de garder et de pré-

server, mais empèchons-les d'arrêter aucune manifestation de vie nouvelle, de vie bonne et saine; la vie avant tout! Que si cependant telle initiative déborde la raison d*ètre de votre œuvre, ne la repoussez pas; vous aurez à cœur de lui trouver ailleurs, par vos relations avec d'autres œuvres, un utile emploi et un milieu plus favorable. Il ne vous semblera pas que ce soit là travailler pour les autres : cela laisserait supposer que chez vous, vous travaillez pour vous.

Il y a là, on le voit, toute une éducation à donner qui demande des réflexions, des méthodes et du temps. En donner le programme complet, en indiquer les procédés pratiques, est difficile : à chaque directeur de voir comment il combinera, chez lui, son influence personnelle avec celle de ses confrères, la formation individuelle avec les avis collectifs, les expériences pratiques avec les instructions théoriques.

A tous je signalerai enfin un dernier devoir : il vous appartient, à vous, de veiller à ce que dans le passage du collège à la vie, le jeune confrère ne quitte pas les œuvres avec le collège. Assurez-vous qu'il vous restera fidèle ; si l'éloignement lui interdit de revenir chez vous, engagez-le à aller ailleurs, éclairez ses recherches; ne vous contentez pas de ses promesses vagues, suivez-en l'exécution, informez-vous, insistez à temps, à contretemps. « Respectez sa liberté! » c'est entendu, mais surtout travaillez à ce qu'il devienne plus digne d'en jouir, plus capable d'en bien user. Il sera le premier à vous bénir d'avoir borné là votre respect pour son indépendance.

Messieurs, il est temps que je m'arrête, pour ne pas faire

mentir mon début et ne pas dissiper le charme de vos réunions, « où Ton parle peu » ! J'enfermerai mes conclusions en un triple vœu dont la formule un peu générale ne peut rencontrer, je Tespère du moins, de contradiction *, mais dont je pense avoir défini le sens précis et le caractère pratique :

lo Que les directeurs et maîtres de l'enseignement secondaire catholique se persuadent que les œuvres et spécialement les patronages leur offrent un correctif aux défauts, un complément aux lacunes du système actuel d'éducation secondaire;

2o Que, dans les collèges, les élèves, surtout ceux des divisions supérieures, reçoivent une initiation théorique et pratique à la vie des œuvres;

3® Que, dans les patronages et les œuvres, les directeurs et confrères anciens aient à cœur de surveiller et de diriger la formation pratique à la vie d'apôtre et la préparation à leur mission sociale des jeunes confrères collégiens.

Un essai

Nous avons parlé des conférences d'œuvres établies dans les collèges catholiques ; nous avons également signalé, comme des tentatives particulièrement intéressantes, deux ou trois patronages organisés dans ces maisons d'éducation. En février iSgS, le Balletin de la Commission des Patronages a publié un rapport sur Tœuvre de jeunesse fonctionnant au collège Saint-Joseph de Poitiers. Pour faire connal-

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