UNE ŒUVRE
Nous avons déjà indiqué les graiides lignes du florissant patronage des jeunes filles de Plaisance, mais il nous faut compléter, par des détails pratiques, cette étude d'ensemble. Nous ne saurions mieux le faire qu'en reproduisant les notes que M. l'abbé Schaeffer, aumônier de cette œuvre importante, a eu l'obligeance de nous communiquer : nos lecteurs y trouveront certainement de suggestifs renseignements.
Les œngrégations. — Les jeunes filles en sont très friandes — surtout du ruban. Ne pas en abuser cependant et ne pas chercher le nombre. — Plus les jeunes filles seront grandes et plus il faudra se montrer sévère pour le choix.
Nous avons trois congrégations ou associations :
jo L'association des enfants de Notre-Dame du Bon-Conseil. Groupe d'élite de nos meilleures jeunes filles (15 tout au plus).
2o L'association des enfants de Marie ou de la sainte Vierge. Nous Tavons établie pour les grandes jeunes filles que nous ne pouvons admettre au Bon-Conseil, parce qu'elles n'offrent pas les diverses garanties nécessaires pour prendre part à la direction même de l'oeuvre.
De cette façon, toutes nos jeunes filles peuvent devenir
m enfants de Marie », ce qui est leur grande ambition, sans que nous nous obligions cependant vis-à-vis d'elles à les faire entrer au Bon-Conseil.
30 L'association des Saints-Anges reçoit les jeunes persévérantes plus militantes. Nous admettons même comme aspirantes les meilleures enfants du catéchisme de première communion (2« année). C'est un pont jeté entre la première .communion et la persévérance — et nous retenons ainsi plus facilement les enfants.
Les retraites fermées. — Elles s'adressent aux plus grandes, qui peuvent mieux en profiter, et durent trois ou quatre jours.
Elles ont lieu dans un couvent que nous choisissons le plus agréable possible, en dehors de Paris, parce que ces retraites doivent être pour nos jeunes filles un repos physique aussi bien que moral. Les familles sont très heureuses, pour leurs jeunes filles, de cet agréable séjour à la campagne que leur offre le patronage.
Ces retraites, prêchées spécialement pour le patronage et auxquelles assistent la directrice et souvent l'aumônier, sont le meilleur moyen d'assurer la persévérance de nos jeunes filles.
Rôle de la directrice, — C'est pour la jeune fille une amie — et pour beaucoup une seconde mère.
Il faut qu'elle possède l'aff'ection, la confiance absolue des jeunes filles. Elle s'occupe de tout ce qui les intéresse : travail de l'atelier — vie de la famille — mille petits détails de la vie de la jeune fille. Elle s'attache à développer la personnalité, l'initiative. Elle ne doit jamais arracher les
confidences : il faut que son affection et son dévouement les appellent...
Elle fuit le genre sermon.
Elle est l'intermédiaire naturel du prêtre.
C'est elle qui donne aux jeunes filles du Bon-Conseil les petits avis pratiques pour la conduite de leur vie. L'aumônier se réserve les allocutions de piété proprement dites.
Les autres dames sont les auxiliaires de la directrice. Mais elle se fait beaucoup aider par les jeunes filles de Notre-Dame du Bon-Conseil.
Rôle de Vaumônier, — L'aumônier doit rester avant tout le prêtre.
Il fait les catéchismes, préside aux exercices du culte, confesse les enfants, fait les allocutions à la chapelle et dans les associations.
Il se tient tous les dimanches pendant plusieurs heures au patronage à la disposition des jeunes filles qui ont besoin de ses conseils.
L'aumônier se fait rendre compte de tout ce qui se passe au patronage. Rien ne se fait sans lui. Point important, si l'on songe qu'une directrice ainsi soutenue est beaucoup plus sûre d'elle-même et apporte à la direction de l'œuvre cette fermeté, cet esprit de suite qui manque souvent aux femmes les plus dévouées quand elles sont livrées à ellesmêmes.
Esprit de la direction que nous donnons à nos jeunes filles, — L'esprit de l'Évangile !
Le culte des vertus naturelles : droiture, simplicité, bon gens, bonne tenue (sans prétention !).
Avant tout raccomplissement des devoirs d'état, le culte des vertus familiales.
Au point de vue surnaturel : piété forte, simple, où les grands devoirs gardent tout leur relief — appuyée sur des convictions solides.
Horreur des petites dévotions, des airs penchés. Esprit d'initiative, de combativité, d'apostolat.
Nous estimons que chez la jeune fille nous devons former tout l'être, c'est-à-dire la femme idéale, aussi agréable aux hommes qu'à Dieu, la femme forte de l'Ëcriture.
Leçons de raccommodage. — On peut les organiser Je jeudi pour les écolières. Grand moyen de faire aimer le patronage aux familles, surtout à celles qui sont plus directement attirées par l'intérêt matériel.
D'ailleurs, ces leçons de raccommodage répondent absolument au but que nous devons nous proposer : former la femme, la mère de famille complète.
Caisse d^épargne. — Les caisses d'épargne dans les patronages de jeunes filles ont malheureusement trop peu de succès.
La jeune ouvrière, encore chez ses parents, a moins la disposition de son argent que le jeune homme. Elle doit tout rapporter à la maison.
Le jour où la famille elle-même aura mieux compris, à Paris, la nécessité de l'épargne, les caisses d'épargne réussiront mieux dans les patronages.
La vente. — La vente est un système ingénieux de récompenses adopté dans beaucoup de patronages et qui remplace avantageusement les distributions de prix.
Elle se fait une ou deux fois par an.
Avec les bons points qu'elles ont obtenus dans le cours de Tannée, les jeunes filles achètent les objets mis en vente. Quand il y a concurrence pour un même objet, on établit des enchères.
La directrice, avant d'organiser sa vente, consulte les goûts des enfants plus méritantes et qui disposent d'un nombre plus considérable de bons points.
. Les objets qui ont le plus de succès sont les articles de papeterie, les petits bibelots utiles, chapelets, statuettes, et pour un nombre de bons points plus considérable, les mouchoirs, les fichus, les coupons de robe.
Notre vente annuelle nous coûte 300 francs.
Le chant, — Les jeunes filles l'aiment naturellement beaucoup. Il faut les y encourager. Le chant doit avoir au patronage sa place spéciale. On doit s'assurer le concours d'une personne qui puisse diriger les répétitions et faire chanter les enfants le plus possible à l'église, soit toutes ensemble, soit dans un chœur spécialement organisé.
Ne négligeons pas les chants profanes. La jeune fille qui a un répertoire de jolies chansons, touchantes ou comiques, mais toujours honnêtes, dispose du meilleur moyen d'empêcher, à l'atelier, dans le monde, les chansons licencieuses.
Les représentations théâtrales sont-elles à employer ? — Oui, à la condition de ne pas être trop fréquentes. Ces distractions ne sont pas dangereuses quand l'esprit des jeunes filles est bon. C'est cet esprit qu'il s'agit de former et non les représentations qu'il faut supprimer.
378 ORGAIHSATION DES PATRONAGES
Ayez donc un théâtre, des costumes, des décors. Que les enfants jouent avec naturel et avec joie ; qu'elles fassent tous leurs efforts pour jouer, le mieux possible. Vous ne développerez ni la vanité ni Tamour du théâtre, si vous avez soin de ne faire jouer que des enfants sérieusement chrétiennes.
Au patronage de Plaisance, nous donnons sur le programme les noms des jeunes filles à côté du rôle. Jamais, depuis dix ans, nous n*y avons trouvé le moindre inconvénient.
Budget. — Notre budget est de 2000 francs pour 350 enfants sérieusement atteintes par Tœuvre. (Malheureusement nous ne pouvons pas toujours disposer de cette somme, ce qui nous oblige à nous restreindre sur le nécessaire.)
L'idéal, en supposant d'ailleurs Tesprit d'économie qui doit présider à toutes les œuvres, serait un budget de 2500 francs.
Nous ne faisons pas entrer dans ce chiffre les frais de location ou de construction. (L'hôpital Saint-Joseph nous prête gracieusement le terrain.)
Nous tenons compte cependant des frais d'entretien du local.
Local. — Un patronage doit avoir avant tout une grande cour.
Un préau en cas de pluie.
Deux autres salles de réunion afln qu'on puisse, le cas échéant, parler dans deux salles à la fois pour des groupements d'enfants différents.
Un cabinet pour la direction.
Un cabinet pour Vaumônier,
Les salles de réunion et le préau sont séparés par des cloisons mobiles, à supprimer pour les jours de séance.
L'idéal serait que la directrice eût son habitation au patronage. même. Elle serait ainsi toujours à la portée des jeunes filles, même pendant la semaine.
En tous les cas, elle doit habiter le quartier.