DEPUIS VINGT-CINQ ANS : PATRONAGES URBAINS
vent, dans notre apostolat, croyant aller de l'avant, nous marchons « à reculons ». Ce sont même ces deux mots : A reculons, qu'il donne pour titre à son études L'insufïisancedes résultats proviendrait, suivant notre auteur, de ce que nous nous préoccupons uniquement de sauver les individtis sans songer à exercer une action véritablement sociale. Ainsi, par exemple, « en séparant les membres de la famille dans des œuvres diiTérentes destinées à la remplacer, nous avons porté les derniers coups à l'arche sainte et parachevé sa dissociation * ».
Ce sont là constatations qui, pour beaucoup de catholiques, ont été ou seront, en quelque sorte, de véritables révélations.
Nous ne contredirons donc pas au conseil, répété avec instance dans A reculons, de travailler à reconstituer la famille. Mais en donnant aux enfants le respect chrétien des père et mère, en ne retenant les jeunes gens que lorsque ceux-ci sont abandonnés à eux-mêmes et aux dangers de la rue, en ne se substituant jamais à l'autorité paternelle, Tes patronages ne sauraient être accusés avec justice de détruire le lien familial. S'ils ne rétablissent point ce lien 14 où il est brisé, du moins, partout où il existe, ils le maintiennent et même le fortifient.
Plusieurs ecclésiastiques de Paris ont adopté un règle-
I. A recalons, réflexions d^un ami, publiées par un étudiant des Facultés catholiques de Lille ; Berges, a, rue Royale, Lille.
a. Cf. op. cit., p. 43. On peut consulter également, dans le même sens. Les Catholiques français, lears bonnes œuvres et leurs devoirs d'état, par •*• {Réforme sociale, 16 mars et i" avril 1899) ; Maux et remèdes sociaux, très intéressante chronique sociale de M. Jean MoNTALOUET (Sillon, 10 mal iSgo); et un article de M. Yves le QuEUPBC {Univers, i4 avril 1897).
ment un peu spécial qui, ainsi que nous le disions plus haut, échappe à celte objection de désorganiser la famille.
Voici comment l'un d'entre eux, M. Tabbé Bourgeois, vicaire à Saint-Marcel, résumait, au congrès de Reims, les origines et le fonctionnement de son œuvre* : « Ayant réuni à ma table quatre jeunes gens de quatorze, quinze, seize ans, tous sortis de Fécole communale, je leur communiquai mon désir de fonder une sorte d'association amicale pour les maintenir dans la vie chrétienne. C'était en juin 1890. Le 15 août 1890, ils firent la communion, ainsi qu'une dizaine de leurs camarades qu'ils m'avaient présentés, et furent tous ensemble reçus membres de l'association. Gomme attraits, la promesse d'une ou deux promenades et une récompense chaque année aux plus fidèles. Gomme exigences, la messe du dimanche suivie d'une petite réunion. Après, on retourne dans la famille. Cette association, qui repose uniquement sur l'ascendant moral du prêtre dévoué qui l'a fondée, a vite prospéré : depuis la fondation, il y a eu 153 admissions et 31 radiations. »
On peut citer plusieurs œuvres analogues, en particulier à Saint-Médard et à Saint-Merry, où un vicaire, M. Pinet, a groupé de même, sans avoir de local, près d'une centaine d'enfants et déjeunes gens*.
4** Les patronages de cercle. Pour mieux assurer leur recrutement, quelques cercles catholiques d'ouvriers, se souvenant de l'origine première de l'œuvre, issue du pa-