DEPUIS VINGT-CINQ ANS I PATRONAGES URBAINS
2o Les patronages de la Congrégation des Frères de Saint- Vincent'de-Paul. Parmi les patronages, nous (levons une mention spéciale à ceux qui sont dirigés par la Congrégation des Frères de Saint-Vincent-de-Paul, issue, comme nous l'avons dit, de la Conférence de charité d'Ozanam*.
Dans ces dernières années, les fils spirituels de M. Le Prévost ont vu grandir leurs œuvres diverses*. La guerre de 1870 et la Commune n'ont été pour eux que de nouvelles occasions de se dévouer généreusement. La lettre suivante de M. Le Prévost, du 16 février 1871, montre comment les œuvres avaient traversé la période difficile du siège de Paris : « Les œuvres se sont maintenues avec des phases plus ou moins pénibles de ferveur ou de relâchement, mais aucune n'a été fermée. Elles reprennent une vie nouvelle en ce moment sur plusieurs points... A Sainte-Anne, M. Planchât n'a cessé de grossir le nombre de ses conquêtes apostoliques, tant parmi les militaires que parmi les enfants de ces faubourgs et leurs pauvres parents; l'œuvre ne désemplit pas. Saint-Jean du Gros- Caillou regorge de soldats qui y sont reçus comme dans un cercle militaire et paraissent prendre goût à la vie calme et chrétienne qu'on y respire. Grenelle a eu, comme Na-
I. Souvent au dix-neuvième siècle « rétablissement d'une œuvre a eu pour conséquence celui d^une congrégation religieuse ». Cf. La France chrétienne dans Vhistoire, chapitre ii du livre X^ dans lequel M. Fabbé E. Bburlibr a résumé, avec une énergique concision, c les Œuvres catholiques en France au dix-neuvième siècle ». Depuis le mois de mai 1897, les œuvres des Frères de Saint-Vincent-de-Paul sont entièrement autonomes, elles sont exclusivement dirigées et administrées par les membres de la Congrégation.
a. Outre les patronages, les Frères de Saint-Vincent-de-Paul ont d^autres œuvres, notamment des c Saintes-FamUles », qui, à Paris, groupent environ deux miUe cinq cents pauvres gens.
zareth, son ambulance toujours pleine; aujourd'hui, on joint Tœuvre des soldats à celle du patronage. »
La Commune n'interrompit pas l'apostolat des Frères de Saint-Vincent-de-Paul,' même en arrêtant et en fusillant le directeur du patronage de Sainte-Anne, l'abbé Planchât* : (( Dans les autres maisons de la Congrégation, là où les Frères étaient libres, écrit M. Le Camus*, l'apostolat des ouvriers et des pauvres se faisait sous la Commune comme en d'autre temps. A la maison de Nazareth, au cercle des jeunes ouvriers du boulevard Montparnasse, les retraites pascales s'étaient achevées sans trouble par de nombreuses communions. La Providence se plaisait ainsi à montrer une fois de plus que les œuvres de cette Congrégation, adaptée, par son organisation et sa forme extérieure, aux époques troublées de notre temps, étaient bien faites pour pouvoir continuer, même en temps de révolution, l'évangélisation des ouvriers et des pauvres. »
Depuis la Commune, la Congrégation fondée par M. Le Prévost vit grandement s'étendre son champ d'action' : à
I. Cf. Le Prêtre du peuple ou la Vie d* Henri Planchât, prêtre de la Congrégation des Frères de Saint- Vincent-de-Paul, par Maurice Maignbn ; Paris, Téqui, éditeur.
a. Cf. Une Fondation au dix-neuvième siècle» M. Le Prévost et les Frères de Saint- Vincent-de-Pauly par le comte Edouard Le Camus ; Desclée, de Brouwer et G'«; éditeurs, iSgS.
3. Le Camus, op. cit., pp. 146 et seq. — Pour avoir une idée exacte du mouvement des œuvres de jeunesse depuis 1870, il faut lire la belle étude de M. Tabbé Occre sur M. de Prévilie. Celui-ci eut une {grande action — quoique peu apparente — sur tous ceux qui rapprochèrent ; U produisait une forte et durable impression sur quiconque avait le bonheur de s'adresser à lui. L'ouvrage a pour titre : Un Père de jeunesse ou Vie de M, de Prévilie, prêtre de la Congrégation des Frères de Saint- Vincent-de-Paul (i845- <894), par M. l'abbé E. Occrb, prêtre du diocèse d'Arras ; Paris, Gaume et C'«, éditeurs, 1896.
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Puteaux, on ouvrit, en 1877, la maison du Sacré-Cœur, qui comprend un patronage d'une centaine d'enfants et de cent cinquante jeunes gens, avec un cercle de soixante-quinze ouvriers, et aujourd'hui les dix patronages parisiens, avec leurs œuvres annexes, réunissent un personnel d'environ quatre mille trois cents membres. En province, les Frères de Saint- Vincent-de-Paul comptent onze maisons d'œuvres : à Ghaville (Seine-et-Oise), Amiens, Boulogne -sur-Mer, Valloires (Somme), Lille, Angers, Poitiers, Saint-Étienne, avec à peu près trois mille cinq cents membres*.
Ënûn, le 5 mai 1893, Léon XIII recevait en audience particulière le R. P. Leclerc, Supérieur général des Frères de Saint-Vincent-de-Paul, accompagné de plusieurs religieux de cette Congrégation, les félicitait et les encourageait dans leur action populaire : « Et le Pape des ouvriers, en bénissant les religieux voués à l'apostolat des ouvriers, implora le Seigneur de donner un nouvel accroissement à leur famille et à leurs œuvres '. »
3** Les patronages paroissiaux*. Très heureusement, ils prennent une extension de plus en plus grande. « Les liens étroits qui rattachent ces œuvres à la paroisse, dit l'auteur de V Action sociale des patronages, ont fait tomber bien des préventions, et il n'est pas douteux que ces œu" vres ne donnent des résultats bien supérieurs à ceux que
I. La Congrégation compte en outre deux maisons florissantes à l'étranger ; à Tournai et à Québec.
a. Cf. Moniteur de Rome^ 7 mai 1893.
3. Nous deTons faire remarquer que les patronages paroissiaux sont le plus souvent subventionnés par les conférences de Saint- Vioceat-de-Paul : U y a donc union intime avec la Société fondée par Ozanam.
fournissaient jusque-là les catéchismes de persévérance. » Paris et sa banlieue comptent aujourd'hui une vingtaine de patronages paroissiaux (et il s'en fonde sans cesse de nouveaux); il y en a dix à Bordeaux, neuf à Angers, sept à Nancy, cinq à Reims, trois à Orléans, Tours, etc.
Au congrès ecclésiastique tenu à Reims au mois d'août 1896, où taïit d'idées fécondes ont été lancées, l'assemblée s'est montrée unanime à reconnaître l'excellence de la forme paroissiale pour les œuvres de jeunesse*. M«' Péchenard, qui présidait ces réunions du clergé de France, on sait avec quel tact et quelle autorité, a nettement préconisé cette institution et déclaré les patronages « une œuvre nécessaire, indispensable, une œuvre qui doit sortir du domaine de l'initiative privée pour être régulièrement organisée * ».
Les patronages paroissiaux varient dans les détails de leur fonctionnement, mais il est un type que nous tenons à signaler parce qu'il répond à une objection quelquefois formulée contre les associations de jeunesse.
Avec beaucoup de profondeur, l'auteur anonyme — on dit qu'il appartient à un Ordre contemplatif — d'une récente brochure, trè^s hardie et très neuve, montre que sou-
I. Cf. p. 3o8 et suivantes du Compte renda du Congrès ecclésiastique de Reims, rédigé sous la directioa de M. Tabbé Lemire, député, par M. Fabbé Pierre Dabry, avec la collaboration de MM. Cadic, Saubin et Ract; Paris, librairie du Peuple français, x, rue Feydeau, 1897. — Dans ces 600 pages, le Compte rendu offre une mine précieuse de renseignements et dUdées pour tout ce qui touche à la vie de TÉglise de France. Notamment en ce qui concerne la question des écoles et ceUe des patronages, on trouvera des indications très opportunes.
a. Cf. p. aaa et aa3.