LES CAUSES DU DÉVELOPPEMENT DES PATRONAGES
Avec chiffres à l'appui, nous avons montré que, dans ce^ dernier quart de siècle, les patronages avaient très notablement progressé en nombre et en vigueur, dans les campagnes comme dans les villes. Aussi ne sera-t-il peut-être pas sans intérêt de rechercher les causes de ce rapide ^ développement. Au cours de cet examen, nous aurons l'occasion de faire de réconfortantes constatations et de répondre par des faits aux systématiques et exclusifs laudatores temporis acti.
Au lendemain de la guerre de 1870, et surtout après la sévère leçon de la Commune, les catholiques de France sentirent plus que jamais la nécessité de l'action. C'est alors que prennent naissance ou bien se développent de très nombreuses œuvres sociales et religieuses, comme les Cercles catholiques d'ouvriers ou la Société de Saint-François-de-Sales : le sang des otages fut vraiment une semence d'apôtres. Les congrès se multiplient, notamment ceux de ['Union des Associations ouvrières et les Assemblées des catholiques ; ils mettent en rapport les unes avec les autres les différentes associations ; les hommes de zèle se groupent
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peu à peu et coDstatent, parfois avec étonnement, que leurs efforts spontanés et non concertés ont abouti à des institutions analogues, quoique présentant des différences d'organisation.
Les œuvres de jeunesse profitèrent de ce mouvement de restauration religieuse.
Mais, tout en se développant, elles restèrent quelque temps encore ce qu'elles avaient été à l'origine : le fait d'individualités zélées, de plus en plus nombreuses, il est vrai, mais n'ayant pour la plupart dans l'Église aucune autorité officielle.
La laïcisation de l'enseignement primaire amena le clergé paroissial à s'occuper très activement des patronages; aussi peut-on dire qu'avec les lois de 1882 commença pour les associations d'apostolat une période de croissante prospérité.
Ce n'est cependant pas du côté des patronages que les catholiques portèrent leurs premiers et plus énergiques efforts : aux écoles neutres de l'État, ils cherchèrent d'abord à opposer des établissements confessionnels et libres. Assurément, il se fit alors de grandes et belles choses qui resteront l'honneur des chrétiens français.
Mais la générosité et le dévouement eurent beau être inépuisables, il fallut bien se rendre à l'évidence : le rêve était trop ambitieux. Dans les établissements congréganistes, on ne pouvait vraiment espérer rassembler tous les écoliers baptisés de France. « Quels que soient le courage, l'abnégation des catholiques, l'étendue de leurs sacrifices, déclarait, en effet, en 1894, M. André Tandonnet, président des patronages catholiques pour les écoles laïques de la
Gironde *, toujours, et, je le crains, de plus en plus, la majorité des enfants, surtout des garçons, de la classe prolétaire recevra l'enseignement des écoles publiques. C'est inévitable... J'irai même plus loin, ajoutait-il, et je dirai que nous ne pouvons pas désirer qu'il en soit autrement, nous ne le pouvons pas, car si jamais l'État fermait ses écoles, il serait impossible aux écoles libres de recevoir tous ces enfants : nous n'aurions pas, à beaucoup près, un personnel enseignant suffisant pour cette foule d'enfants, qui resteraient à vagabonder dans la rue. »
Et puis, alors même que les écoles congréganistes pourraient recevoir toute la population scolaire de notre pays, beaucoup de parents se verraient encore dans la quasiobligation de mettre leurs enfants à l'école du gouvernement — soit par nécessité de position, soit par préoccupation d'économie*.
Ainsi donc, il y a des centaines et des milliers d'écoliers qui, pour une raison ou pour une autre, sont obligés de passer leurs années de scolarité à r« école neutre »,' — à la laïque. C'est là un fait. Or, comme le disait M. l'abbé Naudet avec son énergique franchise, « il ne faut pas que les catholiques croient avoir rempli leur devoir social en déclamant contre les écoles laïques ; il y a mieux à faire, c*est de compléter, de corriger, s'il y a lieu, par les patronages V éducation qu'on y reçoit^, »
I. Conférence faite à Bordeaux, le i*f mars 1894, à Pamphithéâtre de l'Athénée ; Bordeaux, Imprimerie nouvelle, A. Bellier, 1894-
a. Cf. sur cette question les extraits que nous donnons ÇLiyte III, chapitre iv) d'un très remarquable rapport présenté par M. Pabbé Delahayb, curé de La Ghapelle-Saint-Mesmin, au congrès ecclésiastique de Reims.
3, Cf. Compte rendu du congrès des Œuvres de jeunesse, tenu à Bor-