GÂUI^S DU DÉVELOPPEMENT DES PATRONAGES
L'Église ne pouvait d'ailleurs abandonner toutes ces âmes d'enfants, irresponsables, après tout, de l'enseignement qu'on leur donne : pour effacer chez ces pauvres petits « laïques » ce que certains chrétiens regardaient comme une sorte de second péché originel *, le patronage s'imposait comme institution baptismale. Le clergé le comprit, et l'épiscopat fit entendre de sages avertissements. Bientôt, en effet, un Évoque, Monseigneur de Ghâlons, écrivit : « Quel est le but principal des pasteurs ? La persévérance des jeunes gens. Quel moyen efficace de l'atteindre ? C'est le patronage; l'expérience a déclaré les autres chimériques, quelquefois déclamatoires, toujours impuissants... Le jour où, à défaut cTautre local, tout curé écrira sur la porte de son presbytère ce mot : Patronage de la Jeunesse, ce jour-là sera la date d'une ère nouvelle : nous aurons notre renaissance de la foi *. »
deaux en août iSgS, p. 4B ; Bordeaux, Imprimerie administrative^ Ragot. — Cf. également Vers Vapenir, de M. l*abbé Naudbt^ où êe trourent développées ces considérations ; Paris, Lecoffï^e, éditeur,
I. Le zèle de certains catholiques, très bien intentionnés d*ailleurs, pour recruter les écoles congréganistes, a donné lieu quelquefois dans le peuple à de regrettables méprises. Ainsi, pour ne citer qu'un fait, nous avons trouvé une brave ouvrière, allant tous les dimanches à la messe, qui fut fort étonnée — et très heureusement surprise — d'apprendre de nous que son fils, élève de la c laïque », pourrait, malgré cela, faire sa première communion. La brave femme avait mal compris tout ce qu'elle avait entendu dire et répéter au prône pour détourner les parents de mettre leurs en- . fants à l'école neutre. Et cet exemple n'est pas unique I Nous pourrions en donner d'autres.
a. Lettre de M" l'Évêque de Ghâlons (aa janvier i885) à M. l'abbé Le Conte, vicaire général de Ghâlons. — Cf. Petit Manuel pour la fondation et la direction des patronages ruraux, 3« édition, 189a; imprimerie Martin, Ghâlons-sur-Mame.
Messieurs les curés n*ont pas encore tous mis Técriteau en question. Toutefois — les chiffres que nous citons plus haut suffisent à le prouver, — la plupart d'entre eux, sans pour cela abandonner leurs écoles libres, et ils ont certes raison, adoptent et soutiennent de plus en plus l'œuvre du patronage, qui permet, à peu de frais, de réparer en grande partie le mal causé par la déchristianisation de l'école publique. Récemment enfin, dans des lettres et mandements qui ont été fort remarqués. Nosseigneurs de Rayonne, de Ne vers et de Rodez * ont indiqué les œuvres de jeunesse comme une des œuvres sociales et religieuses les plus urgentes à l'heure actuelle *.
I. Dans une lettre adressée au cercle catholique de Milhau, Mr Germain disait : c Les œuvres de Jeunesse sont la suite nécessaire, le complément obligé de Fécole chrétienne. Je serai toujours prêt à soutenir et à encourager celles qui existent, je verrai toujours avec satisfaction mes diocésains en fonder de nouvelles. » Cf. Univers du 35 juiUet 1897.
a. Dans sa belle Lettre pastorale sar Venfant (Bayonne, imprimerie L. Lasserre, 1894); M^' TÉvêque de Bayonne cite les exemples apostoliques de M. AUemand et de M. Timon-David» et il encourage tous ses prêtres à imiter ces exemples, «elon leurs moyens. « Nous n'avons pas les mêmes éléments sous la main, c'est vrai, ajoute Monseigneur de Bayonne; mais de ce que nous ne pouvons pas faire autant, nous ne sommes pas dispensés de faire un peu. »
Et dans le dispositif du document épiscopal, nous relevons les deux articles suivants :
«Article premier.— Dans les paroisses où l'œuvre, la congrégation, le patronage des jeunes gens est à fonder, nous prions M. le curé de mettre tous ses soins à l'établir. Nous estimons qu'il ne se rencontre pas une paroisse dans le diocèse où quelque chose de ce genre ne puisse être entrepris.
« Art. a. — Nous recommandons de ne pas se borner à grouper seulement des enfants tout jeunes, mais d'essayer de retenir ceux qui ont déjà fait leur première communion. »
Enfin, dans un dernier article. M** l'Évêque de Bayonne prescrit à tous les curés des cinq archiprêtrés de son diocèse de lui
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On le voit donc, la laïcisation de l'enseignement primaire, en laissant aju clergé toute la charge de la formation chrétienne de la jeunesse plébéienne, dont une partie seulement fréquente les écoles confessionnelles, a rendu nécessaire, indispensable même, le développement rapide des patronages..
Ce développement a pu heureusement se produire, parce qu'au moment opportun il s'est trouvé dans le clergé et parmi les laïques chrétiens un personnel nombreux, préparé et décidé à l'action. Nous allons voir comment.
Et d'abord, le personnel ecclésiastique, compétent et actif, augmente en nombre, chaque année, dans des proportions vraiment inespérées ; c'est, en majeure partie, le résultat des conférences d^œuvres instituées dans les grands séminaires, et dont la plus ancienne est cependant de création relativement récente, puisqu'elle a été fondée à la fin del871,àSaint-Sulpice'.
Le but de ces conférences d'œuvres est double : voici comment il est résumé dans des « Notes » publiées par l'Union des Associations ouvrières* : 1» Produire dans l'âme
fournir, dans un délai de six à neuf mois, des renseifcnements précis sur le patronage qu'ils ont fondé ou qui existait déjà dans leur paroisse.
I. Cf. Comptes r endos du Congrès de Poitiers, p. Sig, et du Congrès d? Angers, p. ai5. Ces deux comptes rendus contiennent la monographie de la « Conférence d*Œuvres » de Paris.
a. Cf. Congrès du Mans, 17 et a3 octobre 187g, p. dSx : Notes sur les Conférences établies dans les grands séminaires pour Vétude des œuvres ouvrières. Ces Notes font l'historique du mouvement, montrent l'utiUté des conférences, exposent en détail leur organisation et répondent aux objections. — Sur cette même question si intéressante pour l'avenir de l'Église en France, on peut encore consulter les comptes rendus des autres congrès de l'Union des Asso-
des séminaristes une conviction très profonde de la nécessité des œuvres ouvrières catholiques à notre époque; 2o examiner en commun les moyens pratiques de fonder les œuvres ou de les maintenir si elles existent déjà. » M. Tabbé Le Conte, dont nous avoris déjà eu Toccasion de citer le nom et les travaux, va nous montrer comment fonctionne cette conférence de séminaristes, dans laquelle il reconnaît une institution éminemment propre à préparer les directeurs de patronages * : « Ces conférences, dit-il, dont le personnel est exclusivement composé de volontaires, et dont les règlements peuvent varier dans les détails, tiennent séance une fois par semaine, soit dans une salle du séminaire, soit à la maison de campagne, les jours de promenade; un rapporteur traite verbalement la question qui lui a été confiée et que Ton discute ensuite avec l'entrain et Tanimation de la jeunesse. Il en résulte que les futurs ministres du sanctuaire s'initient à la connaissance des œuvres, en prennent le goût, et se préparent merveilleusement à réaliser un jour ce qu'ils ont non seulement caressé de leurs rêves, mais sérieusement étudié pendant les années de leur formation sacerdotale. En effet, loin d*ètre isolés dans leurs travaux, ils sont aidés des sages conseils de leurs directeurs, et font appel aux lumières des hommes d'œuvres, qu'ils invitent souvent à s'asseoir parmi eux. L'expérience des dernières années, ajoute M. l'abbé
dations ouvrières; presque tous contiennent une ou plusieurs monographies de ces conférences, notamment les comptes rendus des congrès de Poitiers, Nantes, Lyon, Angers, Bordeaux et Grenoble.