CHAPITRE IV
L'ASSOaATION PROFESSIONNELLE, œURONNEMENT DU
Faire des chrétiens, dans la forte acception du terme, voilà donc le but essentiel et constant des Ghers Frères, celui qu'ils se proposent avant tout autre.
Mais dans le chrétien il y a lectto^^. Et les disciples du bienheureux de La Salle sont de trop bons éducateurs pour l'oublier.
Aussi, les premiers parmi les directeurs d'œuvres (si Ton excepte peut-être deux ou trois présidents de patronages laïques)^ les Frères, se préoccupant de la formation sociale de leurs anciens élèves, les ont nettement dirigés dans la voie de l'organisation professionnelle.
La loi du 21 mars 1884 était, en effet, à peine promulguée que le Frère Hiéron, dont on ne saurait trop louer l'heureuse initiative, réunissait quelques jeunes gens et les amenait à former le Syndicat des employés du commerce et de Vindu^strie^. La tentative réussit pleinement : cette association compte aujourd'hui près de onze cents membres*.
I. Le siège social du syndicat est établi à Paris, i4i rue des Petits-Carreaux.
a. Voici les chiffres exacts au mois de mai 1896 : membres actifs, 770; participants, i5i ; aspirants, 1S7.
On trouvera plus loin (livre V, chapitre in) les chiffires les plas récents, qui montrent les progrès réalisés durant Tannée écoulée.
l'assocution pbopessionnelle au patronage 105
Au congrès démocratique qui s'est tenu à Reims en 1896, durant les fêtes de la Pentecôte, elle s'était fait officiellement représenter, et i'un des délégués. M. Verdin, lut un rapport fort complet, très documenté, sur ce groupement professionnel dont l'originalité consiste surtout en ce qu'il se recrute presque exclusivement dans les patronages des Frères : par sa nouveauté, cette œuvre nous a paru mériter qu'on l'étudié avec attention et que l'on en parle avec quelque détail.
C'est d'abord une association résolument chrétienne : pour y être admis, « il faut déjà faire partie d'une œuvre de persévérance ». Ce n'est pas un syndicat mixte : il ne comprend, comme membres actifs, que des employés. Il y a quelque temps, il fut question, il est vrai, de transformer le caractère de cette société; mais la majorité de ses adhérents se montra très attachée à la primitive conception, et le syndicat, sans manifester d'ailleurs aucun esprit d'hostilité à l'égard des patrons, continue à n'être composé que des seuls salariés.
Les services rendus aux adhérents sont de nature très diverse. Ainsi « le syndicat procure du travail à ses membres par le placement, leur permet de faire des économies grâce à la coopération, les garantit contre les suites de la maladie à l'aide d'une société de secours mutuels, et les met à même d'améliorer leur position en augmentant leur valeur personnelle par un enseignement professionnel et social* ».
I. Le Syndicat des employés da commerce et de Vindustrie : historiquêf organisatiofi, Jonctionnement ; Rapport présenté par M. Verdin au congrès de Reims (a5 mai i8g6) ; Paris, L. Maretheux,
Le placement est une œuvre assurément difficile ; mais cependant, grâce à ses bons rapports avec plusieurs associations patronales, comme TUnion fraternelle ou la Fraternité commerciale, le syndicat a pu en 1894 a caser » 495 employés et 540 en 1896.
Pour la coopération, les syndiqués ont adopté le système des escomptes obtenus dans quelques bonnes maisons, mais ils en sont encore à leurs débuts (la confection seule est bien organisée) : le chiffre de leurs affaires s'est cepen^ dant élevé en 1895 à 99.421 francs, ce qui a permis de rembourser aux associés plus de 8000 francs.
Les secours mutuels sont garantis par une société, la Fraternité commerciale, qui s'est formée à cette intention.
L'enseignement professionnel et social est assuré par des cours de comptabilité, d'anglais et de sténographie qui sont faits au siège du syndicat, ainsi que par un cercle d'études, où l'on discute les questions « qui agitent le monde du travail* ».
« Ces services sont généraux et s'adressent indistinctement à tous les syndiqués, écrit M. Verdin ; nous avons voulu faire plus, ajoute-t-il, et nous avons essayé d'établir des relations plus personnelles entre les syndiqués... Aussi bieii, en augmentant en nombre, il devenait impossible à chacun de nous de se mettre en relation avec tous les
imprimeur de la Cour d^appel, i, rue Cassette, i8g6. On peut consulter également le Bulletin publié par le syndicat.
I. D'autres avantages sont assurés aux membres du syndicat, ainsi ils ont à leur disposition un comité judiciaire ; une visite de malades a été organisée par quartier; < enfin un restaurant très fréquenté a été installé, par les soins des Ghers Frères, au siège social, pour le plas grand bien moral et matériel de nombreux employés occupés dans le quartier commerçant qui Tenvironne ».