‹ Au sortir de l'école: les patronages: aree une lettre-préface de S. Ém le Cardinal LecotChapitre 39 sur 143 · LES ORIGINES : M. DE MELUN ET LA SCEUR ROSAUE · texte numérisé non relu

LES ORIGINES : M. DE MELUN ET LA SCEUR ROSAUE

Les patronages de garçons appelaient comme complément indispensable les patronages déjeunes filles.

Les catholiques de France le comprirent, et, il y a bien près de cinquante ans, M. de Melun, qui avait eu l'idée des œuvres de jeunesse pour les élèves des Frères, conçut le projet de créer pareille institution pour les enfants des Sœurs. Il s'ouvrit de son dessein à M. l'abbé de La Bouillerie« alors vicaire général de Paris. Celui-ci, séduit par la proposition de son ami, accepta de convoquer une réunion de dames charitables dans le salon de sa mère, afin de permettre à M. de Melun d'exposer les grandes lignes de l'œuvre à créer, et, en même temps, de recruter des adhérentes, des collaboratrices.

La réunion eut lieu le 3 février 1851. Après avoir fait ressortir les services rendus par les associations chrétiennes d'apprentis, M. de Melun continua en ces termes :

« Cette œuvre, si profitable aux jeunes gens, est-elle moins nécessaire aux jeunes filles? On serait tenté de le croire, à la vue de ces nombreuses maisons de charité, de cette multitude d'ouvroirs qui les recueillent et les instruisent. Toutefois, dans ces asiles de la piété et du dévoue- ] ment, la jeune fille grandit à l'ombre du sanctuaire, loin

112 PATR0NA6BS DE JEUNES HLLES

du contact du monde et des impressions de la vie matérielle et commune ; une instruction pieuse développe tout ce qu'il y a dans son âme de délicat et d'élevé ; elle ne connaît des devoirs de sa condition qu'une obéissance rendue facile par la reconnaissance ; son éducation, ses habitudes, ses espérances, ne sont pas de ce monde ; elle ne compte qu'avec Dieu et n'a guère de rapports qu'avec ce qu'il y a de plus pur et de plus angélique sur la terre.

« Mais quand il faut rentrer dans une famille pauvre, dans une chambre délabrée, souffrir du froid, de la faim, et plus encore de tout ce qui froisse la délicatesse des sentiments, cette vie rude, ces mœurs grossières, cette préoccupation des nécessités physiques, cette inquiétude du lendemain, tout effraie et répugne ; l'excellence nxème de l'éducation a développé dans leur âme et leur intelligence des besoins qu'on ne peut plus satisfaire et qui rendent plus difllcile la résignation. »

C'est à ce moment, comme le montre M. de Melun, qu'une bonne influence et un sage conseil seraient nécessaires pour retenir les pauvrettes dans le droit chemin. « D'ailleurs, ajoute-t-il très justement, un grand nombre de jeunes filles qui ont suivi les écoles les quittent après leur première communion pour apprendre un état. Que deviennent-elles, privées de guide et d'expérience ? Beaucoup se placent au hasard, sans aucune garantie pour leur avenir; beaucoup perdent leur âme et leur corps, au contact impur des ateliers et des manufactures, et font l'apprentissage du vice avec celui de leur profession.

« Si une main tutélaire les avait soutenties dans ces moments difficiles, si une parole affectueuse leur avait été

Page 1