‹ Au sortir de l'école: les patronages: aree une lettre-préface de S. Ém le Cardinal LecotChapitre 40 sur 143 · H. DE MELON ET LA SOEUB ROSALIE · texte numérisé non relu

H. DE MELON ET LA SOEUB ROSALIE

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dite dans leurs heures de découragement et d'ennui, que de premières fautes auraient été épargnées, suivies trop souvent d'une chute profonde et d'un amer repentir!

« C'est donc une œuvre nécessaire, un complément indispensable de ce qui a été fait pour les jeunes garçons, que d'accueillir les jeunes filles à la sortie des classes, des ouvroîrs et des manufactures, de les réunir le dimanche dans une maison de Sœurs, où elles trouvent une instruction religieuse et des récréations ; en un mot, de leur procurer tous les bienfaits, tous les appuis qu'assure aux jeunes ouvriers l'œuvre des apprentis, car il n'est pas de moyen plus sûr de préparer une génération d'hommes de bien et de travail que de purifier le foyer domestique, en élevant des femmes vertueuses et de bonnes mères de famille.

« Cette extension de l'œuvre des apprentis n'est pas difficile à organiser, disait en terminant M. de Melun. Les Sœurs, toujours avides de dévouement, qui ont appris dans leurs rapports avec leurs élèves à reconnaître la nécessité de s'occuper d'elles à l'âge où l'instruction et la protection les abandonnent, sont prêtes à se dévouer à l'œuvre... En vous proposant, Mesdames, de fonder le patronage des jeunes ouvrières, de l'associer à celui des apprentis, nous vous offrons plus qu'une bonne œuvre à faire, plus qu'un devoir de charité et de religion à accomplir; nous vous offrons un puissant moyen de contribuer au salut de la société*. »

Ce rapport porta la conviction dans tous les esprits; aussi, séance tenante, l'abbé de La Bouillerie donna-t-il

X. Cf. Vie charitable du çicomte de Melan, par M. Alexis Ghbya- LIER, p. i57 et sq.

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lecture d'un projet de statuts dont les articles, calqués sur le règlement de l'œuvre des apprentis, furent immédiatement adoptés par l'assemblée : l'œuvre du patronage des jeunes ouvrières était fondée.

Mais il fallait exécuter les résolutions prises : ce fut la Sœur Rosalie, de grande et populaire mémoire, qui eut le mérite d'employer toutes ces bonnes volontés.

Dans la délicate étude biographique que M, de Melun lui a consacrée, il a exposé en détail comment la sainte Fille de la Charité comprenait la formation des enfants du peuple, et comment elle sut réaliser l'idée des patronages des jeunes ouvrières*; nous ne pouvons mieux faire que de laisser la parole à cet homme de bien, racontant la pieuse entreprise d'une éminente chrétienne. « Depuis longtemps, a écrit M. de Melun, il en coûtait à la Sœur Rosalie de voir ses enfants d'adoption hii échapper après la première communion... La boutique ou l'atelier remplaçait la classe, et, trop souvent, le travail ou de coupables distractions, la prière. Quelques-unes reparaissaient de temps en temps à la maison de secours, quand la famille était éprouvée par la maladie, le chômage ou la misère; mais, pour le plus grand nombre, le lien qui les avait uni^s à leurs saintes institutrices était brisé...

« On avait souvent conseillé à la Sœur de fonder un de ces asiles qui reçoivent les jeunes filles à l'âge de sept ou huit ans, les gardent pendant le temps de l'école et de l'apprentissage, et ne les rendent à vie commune qu'à l'âge

u Vie de la Sœur Rosalie, Fille de la Charité^ par M. le vicomte DB Melun. Ouvrage couronné par l'Académie, lo* édition. Paris, Poussielgue, éditeur. Cf. pages 69 et sq.

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OÙ, devenues ouvrières, elles doivent être en état de se défendre contre le monde et de suffire à leurs besoins.

<( La Sœur Rosalie n'avait jamais voulu établir dans sa maison une institution de ce genre ; la dépense était à ses yeux la moindre des objections^ mais elle redoutait pour les enfants de son faubourg les douceurs, les facilités et jusqu'aux soins maternels des orphelinats : « Les internats, « disait-elle souvent, ne conviennent pas à un quartier où « la vie est si pénible et si rude. »

« Les jeûnes filles, entourées de soins dévoués^ objet d'une si pure affection, à qui la vie aurait été rendue si aimable et si douce, ne pourraient plus se résoudre aux humbles et fatigants devoirs qui les attendent dans leurs familles. Les faire ainsi passer par un régime si opposé à leur avenir, ce serait encourager le mouvement qui entraine la jeunesse au dédain de la condition originelle, vers la recherche d'une situation supérieure à celle de leurs parents... L'excellence même de l'éducation dans les internats paraissait à la Sœur Rosalie un danger pour les jeunes tilles du faubourg Saint-Marceau. Élevées pieusement à l'ombre du sanctuaire, elles n'y respireraient qu'un air pur, n'entendraient que d'édifiantes paroles, n'auraient sous les yeux que des exemples de vertu. Gomment, à la sortie d'un milieu si contraire à celui de leurs maisons, supporteraient-elles l'inconvenance du langage, le sansfaçon des manières dans cette atmosphère corrompue, dont l'habitude émousse la contagion, maïs où tout efl'arouche la délicatesse et scandalise la piété ? La Sœur citait de tristes exemples à l'appui de sa répugnance...

« Elle préférait pour ses enfants, dès leur début dans

la carrière du travail, la condition qui devait être celle de toute leur vie : à la maison le lit dur, le dîner imparfait, la chambre nue, les pénibles, les grossiers devoirs du ménage, et, pour se préparer à l'ouvrage de la journée et s'en reposer, les soins qu'il faut donner, le matin et le soir, au jeune frère et à l'aïeule ; puis l'apprentissage avec ses exigences, les caprices de la maîtresse, les taquineries des compagnes, le mouvement et môme les dangers du monde, mais d'où l'on sort ouvrière habile et exercée. Seulement, elle aurait voulu, au milieu de ces actions si variées, placer le bien à côté du mal, opposer la prière aux paroles malsonnantes, les bons conseils aux mauvais exemples. Elle cherchait depuis longtemps un moyen de ne pas briser violemment les rapports delà jeune fille avec l'église et la maison des Sœurs, et d'étendre à son apprentissage l'influence qui avait protégé son enfance : le patronage des jeunes ouvrières fut la réalisation de sa pensée. Cette œuvre laisse les jeunes filles dans leur atelier et dans leur famille pendant toute la semaine, et ne prend de leur temps que les heures qui n'appartiennent pas au travail. »

Aussi la Sœur Rosalie accueillit-elle avec empressement le projet de M. de Melun : ne se laissant arrêter par aucune des difficultés qui faisaient hésiter dans d'autres maisons, elle résolut de mettre immédiatement à exécution ce qu'on lui proposait.

« L'œuvre est bonne, dit-elle la première fois qu'on lui en parla; Dieu la fera réussir, et nous commencerons dimanche prochain. »

Pendant la semaine, son admirable activité prépara tout.

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