‹ Au sortir de l'école: les patronages: aree une lettre-préface de S. Ém le Cardinal LecotChapitre 71 sur 143 · I. Cf. PŒuvre des catéchismes. {Univers, i8 juin · texte numérisé non relu

I. Cf. PŒuvre des catéchismes. {Univers, i8 juin

h^t OEUVBES^ CATHOUQUBS 193

dans toutes les paroisses. Depuis l'année dernière, on compte 523 nouvelles dames catéchistes. Cette œuvre si opportune n'est pas spéciale à Paris : elle est en pleine activité et prospérité dans vingt-six diocèses.

Ce sont là conslatations réconfortantes; nous avons la conviction, résultant de Texamen des faits, qu'il serait possible d'en faire beaucoup d'autres analogues; malheureusement, nous le répétons, les éléments statistiques font actuellement défaut.

Mais si, en étant dans l'impossibilité de citer des résultats numériques, nous avons le regret de ne pouvoir rendre manifeste l'activité pratique des catholiques en ce qui touche à l'enseignement post-scolaire, du moins pouvonsnous faire connaître à nos lecteurs le mouvement d'idées qui, relativement à ces questions, s'est produit depuis une année dans les milieux chrétiens.

Il n'est pas, on peut le dire, de congrès religieux qui se soit réuni sans traiter ou tout au moins sans aborder cette question : à Lille* et à Elbeuf*, les délégués de la jeunesse catholique ont consacré une journée à ces débats; à Plaisance, à l'assemblée des œuvres sacerdotales', tout comme à Saint-Brieuc, au congrès organisé par l'Union des Associations ouvrières catholiques de France, on s'est occupé des problèmes relatifs aux patronages. De plus en plus, on reconnaît la nécessité des groupements de jeu-

I. Cf. Compte renda du quatrième Congrès National des Œuvres de Jeunesse f tenu à LiUe les lo, ii, la et i3 mars 1898; LiUe, imprimerie H. Morel, 1898.

a. Cf. Reçue de la Jeunesse catholique, décembre 1897, p. 6a6 et seq.

3. Cf. comptes rendus dans V Univers des 3i août, i«' et a septembre 1898.

nesse : prêtres et laïques, unis dans un même zèle, ne discutent plus que sur les meilleures méthodes d'apostolat.

Mais, dans ce grand mouvement d'idées, la première place revient assurément à la Commission des Patronages ; elle a compris les nécessités de l'heure présente, et, forte de l'approbation et de l'appui des autorités religieuses*, cette association de « jeunes » a organisé à Paris, sous le nom de « Journées des Patronages », des réunions où se rencontrent les catholiques dévoués aux œuvres de jeunesse.

Déjà trois Journées ont été tenues avec un succès marqué, sous la présidence de M«' Péchenard, Recteur de l'Institut catholique.

La première de ces Journées (2 juin 1897) a été plus particulièrement consacrée, ainsi que nous l'avons déjà dit^ à la formation sociale et professionnelle dans les œuvres de jeunesse : on y a applaudi et discuté les rapports de M. Griffaton sur le mouvement Après V école , de M. l'abbé Boyreau « sur les relations à établir entre les œuvres de jeunesse et la paroisse », de M. l'abbé Ackermann « sur l'instruction professionnelle dans les patronages », de M. le comte de Vorges « sur les cours du soir », et de M. E. Védie « sur l'enseignement social et civique dans les patronages' ».

I. Dans des lettres adressées à M. Griffaton, président de la Commission des Patronages, LL. ÉÉm. les Cardinaux Richard, Langénieux et Couilié ont approuré l'initiative prise par la Commission des Patronages.

a. Cr. page 7Q.

3. Cf. La Journée des Patronages (a juin 1897); Paris, à la Commission des Patronages, 7, rue Coëtlogon.

LES OECVRES CATHOUQUES 195

La seconde Journée (!*' décembre 1897) a obtenu un vif succès : elle s'est tenue d'ailleurs en même temps que le congrès national catholique, dont elle formait une des sections. On y a décidé Torganisation de fêtes corporatives (saint Eloi pour les métiers de métaux, saint Jean Porte-Latine pour les industries du livre); on y a annoncé la fondation, par la Commission des Patronages, d'un cours supérieur professionnel pour les ouvriers et apprentis en bâtiment, et exprimé le vœu que Ton multipliât dans les œuvres ce genre d'enseignement; sur le rapport du docteur Michaux, on a résolu la création d'un concours de gymnastique entre tous les patronages catholiques de Paris ; puis avec M. l'abbé Mayet, des Frères de Saint-Vincent-de-Paul, directeur du patronage Saint-Sauveur à Lille, on a étudié les moyens de développer l'initiative et l'énergie individuelles dans les groupements de jeunes gens; enfin, à la dernière séance, on a entendu M. de Pitray, prêtre de Saint-Sulpice et directeur du patronage Olier, qui a préconisé la création des mutualités scolaires dans les œuvres catholiques.

La troisième Journée (22 juin 1898) a été presque exclusivement occupée par l'examen de la mise en pratique des vœux formulés dans les deux premières assemblées*.

A notre tour, nous allons rapidement faire cet examen, ce sera une occasion de rechercher sur quels points devraient désormais porteries efforts*.

I. Le Patronage (août, septembre et octobre) a publié le compte rendu de cette troisième Journée, avec le texte in extenso des rapports. .

a. En dehors de ces sujets, nous signalerons la question des

Le concours de gymnastique entre les patronages du département de la Seine qui, conformément aux résolutions adoptées, a eu lieu à Issy, au parc des Oiseaux, le dimanche 24 juillet, a été remarquablement réussi : vingt-cinq associations y ont pris part, représentées par environ cinq cents concurrents*.

Cette fête, et c'est pourquoi nous en parlons, présentait un intérêt général : c'était, ainsi que l'avait déclaré le président de la Commission des Patronnes, « le premier pas sérieux fait en avant, dans la voie de l'extériorisation de nos œuvres ». « La Commission, ajoutait M. Griffaton, veut montrer aux jeunes gens de nos associations qu'ils n'ont rien à envier à toutes ces sociétés de gymnastique qui les sollicitent au dehors ; elle tient à montrer que le patriotisme n'est pas le monopole de ces sociétés, et que les patronages catholiques ne sont pas plus en retard au point de vue de la formation physique de leurs adhérents qu'au point de vue de leur instruction professionnelle. »

Le concours d'Issy a fait la démonstration; nul doute (lu'elle ne soit renouvelée chaque année avec le même entrain*. La chose, au point de vue patriotique, n'est d'ailleurs pas indifférente; un chiffre l'établira : en France, il n'y a que 863 sociétés de gymnastique, réunissant 30.000 adhérents^ tandis qu'en Allemagne on en compte

« colooies scolaires », qui est étudiée actueUement par la Gommission des Patronages. Celle-ci a même déjà organisé, le 8 septembre 1898, à Boulogne-sur-Mer, le premier « voyage de vacances ».

I. Pour les détails et conditions du concours^ voir une brochure spéciale publiée chez Firmin-Didot.

a. Déjà, en certaines villes de province, à Bordeaux par exemple, les patronages catholiques ont organisé des concours analogues.

LKS CEUVRES CATHOUQUES 197

5547, groupant 544.000 adhérents. On ne saurait donc trop encourager l'initiative prise en pareille matière par la Commission des Patronages.

Au point de vue professionnel et social, les vœux émis aux précédentes Journées entrent peu à peu dans la voie de la réalisation pratique. Nous avons déjà signalé le cours supérieur institué à Paris par la Commission pour les ouvriers et apprentis du bâtiment. Au Syndicat des employés de commerce et de l'industrie, les conférences d'enseignement sont également très suivies. Il en est ainsi d'ailleurs dans pas mal de groupements de jeunesse.

En ce qui concerne les cercles d'études sociales, on est presque unanime maintenant pour en reconnaître la nécessité ou tout au moins la grande utilité. Dans beaucoup d'œuvres, on ne s'est pas contenté de constater ce besoin, et l'on s'est appliqué à lui donner satisfaction. Nous devons noter cependant une certaine lenteur à se mettre en marche...

Aux retardataires, nous recommandons la lecture attentive de la page suivante, publiée par le Patronage; nous sommes heureux d'y retrouver des idées qui nous sont chères et que nous nous efforçons de répandre.

« L'abandon des pratiques et des vertus chrétiennes, n'est assurément pas le seul danger que l'expérience nous apprenne à redouter chez les grands jeunes gens sortis des patronages. Il y en a pour eux un autre qui grandit tous les jours : c'est ce que l'on peut appeller leur C(mversion au socialisme. Elle s'opère de deux manières. Tantôt ils soiit captivés par les théories séduisantes qu'ils entendent sans cesse propager autour d'eux ; tantôt, sans

s'occuper des doctrines, ils se laissent, guidés par Tintérêt matériel, embrigader dans des formations sociales, corporations^ syndicats, etc., qui sont aux mains des propagandistes du collectivisme. Ils courent de ce fait un premier danger, c'est de subir l'influence du milieu et d'abandonner leur foi religieuse; ils en courent surtout un second, c'est de donner dans leur esprit, par une singulière inconséquence, à la fois asile ài des principes chrétiens et à des théories subversives. Et qu'on me permette de le dire ici, d'après une enquête sérieuse faite auprès de nombreux directeurs de patronage, ce dernier cas n'est pas une exception ; jusqu'à ces dernières années c'était presque la règle. Si nous ne nous rendons pas souvent compte, à première vue, de cet état d'âme si fréquent parmi les aînés de nos œuvres, c'est que nous avons fréquemment perdu un intime contact avec eux. Ils vivent éloignés de nous, et ne se rapprochent du centre commun qu'à intervalles éloignés ; c'est aussi que, fiers de penser enfin par eux-mêmes, ils se gardent bien de nous communiquer leurs réflexions et de nous faire part de leurs théories. « Cela ne regarde «pas le patronage », se disent-ils. Mais qu'on vienne à leur ofl'rir l'occasion d'extérioriser leurs idées, qu'on fonde un cercle (Tétudei, qu'on engage avec eux une simple discussion, fort amicale du reste, et l'on ne tardera pas le plus souvent à être largement édifié. » Quiconque s'est occupé de la jeunesse ouvrière a certainement eu maintes fois Toccasion de constater le danger et le mal qui sont ici signalés; nous souhaiterions que le remède excellent, également indiqué, soit encore plus en faveur qu'il ne l'est : nous avons tellement de temps perdu à rattraper !

LBS OEUVBES CATHOLIQUES . 199

Que les hésitants se mettent donc en marche 1 L'époque des discussions stérilement byzantines est passée.

Mais c'est surtout pour les mutualités scolaires que le retard est marqué ; la question pourtant a été amplement examinée aux Journées précédentes, des rapports développés ont été présentés par MM. de Pitray et Loin ; quelques expériences ont même été tentées avec succès, notamment à Beauvais, mais il faudrait maintenant que le mouvement se généralisât : Ja loi du 1®' avril 1898 donne toutes les facilités indispensables, et les catholiques n'ont qu'à mettre à profit lejs nouvelles dispositions légales. A quand nos « Petites Gavé »?

Enfin, si l'on nous permet d'exprimer toute notre pensée, nous signalerons une seconde catégorie d'œuvres complémentaires de l'école pour laquelle les catholiques semblent s'être laissé distancer : nous voulons parler des cours d'adolescents et d'adultes, des lectures et conférences populaires.

Sans doute, de louables efforts ont été faits et sont faits encore dans ce sens : à Paris, sous la direction du comte de Vorges, les « professeurs des écoles chrétiennes du soir »S en province, un peu partout, les membres des Congrégations enseignantes ont ouvert des cours du soir. Malheureusement nous n'avons pas de statistiques générales que nous puissions rapprocher de celles de l'enseignement post-scolaire quasi officiel ; mais une enquête personnelle nous a convaincu de l'infériorité numérique des catholiques pour cet ensemble d'institutions.

I. Cf. Écoles chétiennes du soir, compte rendu; Paris, J. Merscli, imprimeur.

La constatation de cette infériorité, si regrettable qu'elle soit, ne doit pas être une source de récriminations ou de plaintes éloquentes, encore moins une cause de découragement. On connaît le mal, il n'y a qu'à appliquer le remède, et le remède, ici^ c'est un actif dévouement.

D'ailleurs, pour dispenser cet ensignement, les catholiques disposent d'autant de ressources que leurs concurrents : ils ne manquent, que nous sachions, ni d'orateurs, ni de professeurs, ni n'étudiants qui, si l'on faisait appel à leur compétence, consentiraient avec une fierté joyeuse à devenir, un soir par semaine, les éducateurs du peuple. Et pourquoi même, lorsque les circonstances le permettraient, ne pas utiliser la bonne volonté des élèves des classes supérieures pour faire la lecture devant les auditoires ouvriers, ou pour enseigner aux illettrés les premiers éléments? Il faut de plus en plus associer les jeunes gens à la vie des œuvres : à ceux qui douteraient de la possibilité et de l'efficacité de cette participation de la jeunesse, nous opposons le remarquable rapport présenté, à la dernière Journée des Patronages, par M. l'abbé Leber, censeur du collège Stanislas : ils y trouveront réponse pour leurs objections et réconfort pour leurs timidités.

Dans cette œuvre de l'éducation populaire, les membres de l'enseignement supérieur libre ont donné l'exemple et payé de leur personne; sur l'initiative intelligemment généreuse de M. Eugène Duthoit, avec l'active collaboralion de leur éininent Recteur, les maîtres de l'Université Catholique de Lille ont fait k Roubaix, à Tourcoing et à Armentières une série de leçons-conférences. « Ce dont il s'agissait dans notre conception de la chose, a dit

Page 1