‹ Au sortir de l'école: les patronages: aree une lettre-préface de S. Ém le Cardinal LecotChapitre 8 sur 143 · I. Cf. Maurice Maignen, pp. 43 et sq · texte numérisé non relu

I. Cf. Maurice Maignen, pp. 43 et sq

LES PBBMIERS FONDATEURS ^23

rice Maignen, tandis qu'ils pérégrinaient ensemble, le dimanche, dans les bois de Ghaville. « Cependant, ajoute le biographe de M. Maignen*, M. Le Prévost ne manifestait pas le désir de travailler à la restauration des anciens Ordres, dont Tinstitution lui paraissait ne plus répondre suffisamment aux besoins du temps. Voyant la défiance que le prêtre inspirait parfois au peuple, aveuglé par l'ignorance et les préjugés, il pensait que l'action laïque était nécessaire pour pénétrer dans les masses; d'où la nécessité de créer un institut qui tint le milieu entre le moine et l'homme du monde, ainsi qu'au temps de la chevalerie on avait su fonder des ordres de moines-soldats : « Il faudrait, disait-il à son jeune ami, que Dieu fit surgir dans son Église, pour le salîit des pauvres et des ouvriers, une société nouvelle de religieux entièrement consacrés à ces œuvres dont nous voyons la puissance et que Dieu a manifestement bénies. Ils garderaient^ le dehors des gens du monde, et rempliraient néanmoins toutes les obligations de la vie religieuse. Ce seraient là les vrais moines du dix-neuvième siècle. » M. Le Prévost nous paraît avoir eu une juste conception de ce que réclame impérieusement la société contemporaine : son idée était juste et opportune, mais il fut longtemps avant de pouvoir la réaliser dans une fondation.

Tout d'abord, vers le milieu de Tannée 1844, il avait réuni chez M. l'abbé Ferrand de Missol, alors laïque et président de la « Conférence des Missions », quelques jeunes gens animés d'une sincère ardeur pour le bien et

I. Cf. p. 44* Voir aussi VU de M, Le Prévost, pp. 86 et suiv.

24 PATBONAOBS GATHOUOUES DES ÉCOLES LAIQUES

désireux de créer la future Congrégation populaire ; parmi les six ou sept membre^ de la Réunion intime — c'était le nom que s'était donné la petite conférence ^-- se trouvait M. Olivaint, qui, plus tard, devait entrer dans la Compagnie de Jésus et mourir martyr sous la Commune. Mais, lorsque M. Le Prévost proposa à ses jeunes compagnons, « les choses étant avancées », de se donner désormais entre eux le nom de « Frères », il y eut un silence glacial caractéristique : ce n'étaient point là les ouvriers que Dieu destinait à la grande œuvre.

Les ouvriers, du moins le premier d'entre eux, vinrent à M. Le Prévost d'où il ne les attendait guère.

Un membre de la conférence Saint-Vincent-de-Paul d'Angers, M. Myonnet, avait eu, de son côté, la même pensée de fonder un Ordre religieux consacré à l'apostolat populaire sous l'habit laïque. L'Évoque d'Angers, M"^' Angebault, avait vivement encouragé M. Myonnet dans son dessein. Celui-ci, informé par un ami commun des projets de M. Le Prévost, était venu le voir à Paris. « Dès la première entrevue, sans se connaître, sans aucun concert préalable, ils se trouvèrent d'accord sur tous les points. Cette parfaite communauté leur parut être une indication formelle de la Providence; ils n'avaient plus qu'à attendre, en priant, l'heure favorable... Elle ne tarda pas. Trois mois plus tard, les Frères des Écoles chrétiennes ayant demandé à être déchargés de la direction -du patronage de la rue Saint-Étienne-du-Mont*, à cause des difficultés que leur

I. Les conférences de Saint- Vincent-de-Paul avaient été obligées d'abandonner leur « maison de famme pour les apprentis orphelins », instaUée, ainsi que nous l'avons dit plus haut, rue Copeau.

causait leur habit religieux, la Société de Saint- Vincentde-Paul jugea nécessaire' de faire appel à des directeurs laïques. M. Myonnet, averti par M. Le Prévost, vint se mettre à sa disposition, et les membres de la Réunion intime promirent de se joindre à eux. Le 1er mai 1845 fut fixé pour le commencement de la vie en commun et l'entrée en fonctions dans la direction du patronage, installé rue du Regard, no 16. Quelques jours avant cette date, les mem-

Le Manuel de la Société le constate en ces termes : c Cette œuvre était restreiote à un petit nombre, et le bien opéré, si consolant gu^il pût être, n'était pas en proportion avec les charges qui en résultaient pour la Société. On convint d'adresser à la Société des Amis de Tenfance, spécialement établie pour l'éducation des enfants pauvres, tous les orphelins qu'il faudrait complètement entretenir. Les orphelins jusque-là élevés par la Société furent placés, dans le courant de iS4i, dans une maison d'apprentissage interne qui se fondait sous les auspices de M'' l'Archevêque de Paris, et sous la direction des Frères des Écoles chrétiennes. » Ce fut M. le vicomte de Melun qui fut le président de cette nouveUe œuvre (Cf. Vie de M, de Melon, par Ms' Baunard, Poussielgue, éditeur) ; mais comme à la maison de la rue Saint-Étienne-du-Mont on recevait les apprentis externes patronnés par les diverses conférences, la Société de Saint-Vincent-de-Paul exerça, elle aussi, une part de direction. L'accord ne dura pas longtemps : c Le dissentiment, écrit le biographe de M. de Melun, s'étant bientôt produit entre ~ ces autorités, M. de Mehin n'hésita pas ; et, laissant désormais à Salnt-Vincent-de-Paul ses patronages particuliers, il projeta de constituer une œuvre semblable, mais plus vaste, avec le seul concours et sous la seule direction des Frères des Écoles chrétiennes. »

C'était au commencement de i845 ; désormais la Société de Saint- Vincent-de-Paul entreprit de donner à l'Œuvre du patronage des apprentis une organisation plus complète, en même temps qu'elle en prenait toute la charge : dans sa séance du i8 mars i845, le conseil de Paris arrêtait sous le nom d^Acte constitutif de l'Œuçre du Patronage une c organisation nouvelle de l'Œuvre du patronage des écoliers et apprentis », instituant une commission administrative auprès de chacun des trois patronages dépendant de la Société, rue du Regard, n* i6, rue de la Roquette, n« 8i,-et à Montmartre*

bres de la Réunion intime se retirèrent isuccessivement, et M. Myonnet resta seul avec M. Le Préyost. L'épreuve était dure, mais n'abattit pas leur courage. Le lendemain, M«r Ângebault vint dire la messe à la chapelle des Lazaristes pour la communauté naissante. »

L'épreuve fut d'autant plus dure que les deux premiers Frères de Saint-Vincent-de-Paul n'aimaient guère le bruit des enfants, et que leur patience fut mise à bout par l'espièglerie tapageuse et pillarde de nos jeunes Parisiens : ces petits gavroches ne s'avisèrent-ils pas, pour les débuts, de démolir de fond en comble une cabane de briques qui se trouvait au fond du jardin de l'Œuvre ! Aussi l'on comprend le véritable dégoût qu'éprouva M. Maignen, le second des collaborateurs de M, Le Prévost, lors de son arrivée à la rue du Regard : a Le spectacle de ces enfants de douze à sçize ans, mal vêtus et malpropres, grossiers et gouailleurs^ a-t-il dit plus tard S était le plus répugnant qu'on puisse imaginer. Aussi lorsque celui qui vous parle pénétra pour la première fois, par un jour d'hiver, dans la maison du patronage de la rue du Regard, il éprouva pour ces enfants la plus vive répulsion et se promit bien de ne jamais s'occuper d'œuvre pareille. » Mais heureusement M. Maignen ne tint pas sa promesse. Il va lui-même nous dire pourquoi : « Pressé de venir en aide à M. Myonnet, qui seul ne pouvait suffire à sa tâche, je commençai à donner quelques leçons de dessin à ces enfants, qui, pris en masse, m'avaient paru si désagréables. Quand je les vis en particulier, mes préjugés tombèrent... Leur situation

I. Cf. Rapport de V Assemblée générale des Conférences de ^SainJt" Vincent-de-Paul (iSSa). Cf. également Vie de M, Le Préçost, cb. vu.

malheureuse me toucha. Alors surtout, l'apprenti était victime de la cupidité des maîtres et de la brutalité des ouvriers. Le courage et la gaieté de ces enfants, au milieu de leurs peines, m'attachèrent bientôt à eux, leurs manières affectueuses achevèrent de me gagner, et je me jetai corps et âme dans cette œuvre, qui me parut plus intéressante à mesure que j'en connus l'importance et les difficultés. »

Ces difficultés, elles furent grandes pour les jeunes fondateurs : il faut lire la Vie de M. Le Prévost pour avoir une idée, une faible idée, de tout ce qu'eurent à souffrir les premiers Frères de Saint- Vincent-de-Paui. Mais leur persévérante énergie sut triompher de tous les obstacles que les circonstances apportèrent, soit à leur vie en communauté, soit au développement de leur institut : ne pouvant refaire, en ces quelques pages, l'histoire de cette vaillante et populaire Congrégation, nous indiquerons seulement les dates et les faits marquants de ce qu'on pourrait appeler la « période héroïque », qui s'étend à peu près jusqu'à la guerre de 1870.

Le 2 mars 1845, les Frères de Saint- Vincent-de-Paul avaient ouvert, nous avons dit dans quelles conditions, la maison de la rue du Regard, qui devait donner naissance au patronage de Notre-Dame-de-Nazareth, établi aujourd'hui boulevard Montparnasse ; le lef mai 1847, pouvant enfin vivre en communauté, ils étaient venus s'établir à Grenelle, rue du Commerce, où ils organisèrent plusieurs œuvres : conférences de Saint-Vincent-de-Paul, catéchisme des retardataires, bibliothèque populaire, et enfin un patronage; en 1850, la communauté reçoit son premier

28 PATRONAGES GATHOLtQUES DES ÉCOLES LAÏQUES

prêtre S M. Tabbé Planchât, qui avait été un des plus dévoués confrères de la rue du Regard, et qui, plus tard, sous la Commune, fut fusillé avec les otages; le 8 octobre 1852, les sept Frères qui constituaient alors la Congrégation prononcent leurs vœux solennels; leurs œuvres deviennent de plus en plus nombreuses, ils ouvrent un orphelinat rue de l'Arbalète, et un patronage à Vaugirard, rue de Dantzig ; puis les œuvres de la rue du Regard sont t]*ansportées au boulevard Montparnasse,, au coin de la rue Stanislas; en juillet 1855 est fondé le patronage Saint- Charles, et en 1861 l'ancien patronage de la rue de la Roquette (patronage Sainte-Anne) est confié par la Société de Saint-Vincent-de-Paul aux fils spirituels de M. Le Prévost, ainsi que celui de Saint-Jean du Gros-Caillou. À peu près à la même époque, 1' « Association des jeunes ouvriers de Notre-Dame de Nazareth », fondée par M. Maignen, obligée de quitter son local de la rue Montparnasse, trouve dans ce changement môme l'occasion d'un nouveau progrès, et devient le « Cercle de jeunes ouvriers » qui, au lendemain des tristesses de la guerre franco-allemande et de la Commune, devait donner naissance à l'Œum^e des Cercles catholiques d'ouvriers.

Tel est le rapide historique de la Congrégation fondée

I. L*entrée du premier prêtre dans la Congrégation aUait amener les Frères de Saint- Vincent-de-Paul à trancher la question délicate de la direction de Tinstitut. Le Supérieur devait-il être un prêtre ou un laïque ? Longtemps M. Le PréVost et ses compagnons hésitèrent, consultèrent, prièrent... Puis ils Unirent par décider que la direction devait être exercée par un ecclésiastique, et, en iSSg, M. Le Prévost recevait les ordres, après avoir été préparé par le vénérable abbé Icard.

par M. Le Prévost; mais tandis que les Frères de Saint- Vincent-de-Paul développaient ainsi leur action, les confrères qui portaient le même nom glorieux rivalisaient de zèle avec eux dans la création de patronages, soit à Paris, soit en province. C'est ainsi que, de 1840 à 1870, très nombreuses furent les œuvres de jeunesse établies, organisées et entretenues par les membres des conférences. Outre les patronages parisiens, citons, parmi les principaux et les plus anciens, ceux d'Orléans*, de Rennes*, du Mans*, de Saint-Brieuc*, de Bordeaux*, de Lille*, de Besançon % de Gharleville, de Saintes*, de Rodez*, de Saint-Mihiel, de

I. Fondé en 1841 ; en 1857, il comptait deux cents à deux cent ▼ing^ membres. Il y a maintenant huit patronages à Orléans.

a. En 184a, la conférence de Saint-Vincent-de-Paul de Renn«s fonde Fœuvre des apprentis, sous la direction de M. du Gretay et de M. Tabbé Bourdon. Le maire de Rennes met aussitôt les salles de la mairie à la disposition de Pœuyre, et attribue, le dimanche, une aUée de la promenade du Thabor exclusivement aux jeunes gens du patronage.

3. Fondé en 1843. ActueUement, U y a quatre patronages au Mans.

4. Gréé en i844* Sain^Brieuc compte maintenant deux patronages.

5. Fondé en septembre 1849, P<^ M. Tabbé Hirigoyen, avec le concours de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Bordeaux possède aujourd'hui dix-huit patronages.

6. En 1849, lin® commission composée de membres de la Société de Saint-Vincent-de-Paul organisa ce patronage. En 1857, celui-ci réimissait cent quatre-vingts membres. Depuis, le mouvement s^est développé, et actuellement dix-sept patronages ou œuvres de jeunesse groupent plusieurs centaines de patronnés.

7. Date de fondation, 1849; cinquante membres en 1857. Aujourd'hui huit patronages.

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