‹ Au sortir de l'école: les patronages: aree une lettre-préface de S. Ém le Cardinal LecotChapitre 7 sur 143 · En 185^, il y avait plus de cent cinquante membres · texte numérisé non relu

En 185^, il y avait plus de cent cinquante membres

3. Cette œuvre était spécialement destinée à la classe ouvrière, tandis que ceUe de M. AUemand s'adressait plutôt à la bourgeoisie.

M. Tabbé Timon-David, adopta et ^propagea* la méthode de son éminent compatriote.

Voici comment, dans une lettre publiée en avril 1857 dans le Jeune Ouvrier, M. l'abbé Timon-David raconte les origines de son œuvre : « En 1835, après l'affreux choléra qui ravagea Marseille, un prêtre, pieux et zélé, voulut étendre aux jeunes ouvriers le bien que M. Allemand avait fait aux jeunes gens des classes moyennes de cette ville. Son oeuvre, d'abord florissante, cessa bientôt d'exister, au moins avec sa fonne primitive. Quelques autres essais se sont continués jusqu'ici. Le plus considérable de tous est celui de M. l'abbé JuUîen: Ce prêtre, plein d'ardeur et de zèle, se lança dans d'incroyables entreprises, pour créer un immense local, une chapelle qui était une église, pour réunir les ouvriers de tout âge. Mais sa mort subite livra tout à coup son héritage à de nombreux créanciers qa'il eût peut-être satisfaits en vivant plus longtemps... Son œuvre cessait donc d'exister à son début. Une circonstance fortuite m'avait rendu son collaborateur (2 février 1846)... La mort de M. Jullien, après ces quelques mois d'essai, m'imposait l'obligation de continuer son œuvre... » Et M. l'abbé Timon-David résume ainsi qu'il suit ses longs et courageux efforts : « J'ai réuni quelques jeunes gens pour les former à la piété ; Dieu a multiplié les obstacles pendant quelques années; il nous semble aujourd'hui que

I. M. Tabbé Timon-Dayid a publié un ouyrage que peut consulter avec froit quiconque s'occupe de jeunes gens. U a pour titre : Méthode de direction des Œuçres de Jeunesse (deux volumes, deuxième édition, 1875. MarseiUe, imprimerie Saint-Joseph, rue def Siffleurs, 3).

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nous sommes assez solidement établis, et tout est dit ^ »

Toutes ces œuvres sont yéritablement des créations spontanées, elles sont dues à quelques prêtres dont le zèle apostolique fut excité par l'exemple et plus souvent par le simple souvenir de M. Allemand.

Mais à c6té de ces fondations quelque peu isolées, il en est d'autres, très nombreuses, comme nous Tavons dit, qui ont été inspirées et établies à cette époque par une association : ce sont les patronages créés par la Société de Saint-Vincent de-Paul, d'abord à Paris (quelquefois avec le concours d'une Congrégation issue de cette même chari- ' table Société), puis ensuite en province, dans les principales villes et jusque dans plusieurs gros bourgs ruraux.

Il nous faut donc voir maintenant comment des réunions de charité organisées par Ozanam sont sorties un si grand nombre d'œuvres de jeunesse et même un institut religieux, les Frères de Saint-Vincent-de-Paul, particulièrement consacré à l'apostolat du monde du travail.

« L'Œuvre du Patronage est aussi ancienne que la Société de Saint-Vincent-de-Paul », disait }/[. Bourlez, dans son rapport à l'assemblée générale de la Société, le 25 juillet 1847. Moins d'une année, en effets après la fondation de la première conférence, c'est-à-dire en 1834, trois pauvres enfants furent recueillis sous le toit hospitalier de la maison de la rue des Fossés-Saint-Jacques, 11, qui devint ainsi le berceau de « l'Œuvre du Patronage » en même temps que celui de la Société de Saint-Vincent-de-Paul •.

I. En 18S7, rOSavre comptait deux cent dix membre*. Le conseil manicSpal de ManeiUe et le conseil général da département des BoQcbes-du-Rhône lui donnèrent des subrentlons.

0. C'est à la très intéressante monographie : Histoire da Patro-

Dès Tannée suivante, le nombre des premiers patronnés augmenta : « En 1835, des décès survenus dans les familles visitées avaient mis à la charge des conférences quelques jeunes orphelins; le nombre s'était accru jusqu'à vingt, et ils avaient été réunis dans une maison où les membres de la Société venaient tour à tour leur donner des leçons*. » Un peu plus tard, quatre mois après la fondation, le 21 février 1836, la Société de Saint-Vincent-de-Paul tenait sa première assemblée générale : un rapport était présenté sur r « Œuvre des orphelins apprentis ». Pour apprécier l'importance que, dès le début, Ozanam et ses premiers collaborateurs attachèrent aux œuvres de jeunesse, il est bon de ne pas oublier qu'alors le nombre des conférences était de quatre, réunissant trois cents membres et disposant d'un budget d'environ 3500 francs ; c'est sur cette somme relativement minime que les « confrères » prélevèrent ce qui était nécessaire pour l'entretien de vingt apprentis orphelins.

Un mois après la première assemblée générale de la Société, et sans doute en exécution des résolutions qui y avaient été prises, une commission était formée pour le patronage des enfants adoptés par la Société, sous le titre de Conférence de Saint-Vincent-^e-Paul {orphelins apprentis). C'est du moins la mention qui flgure en tête du cahier des procès-verbaux. La première séance est datée du 17 mars 1836; on y a fait la répartition des différents services entre

nage des apprentis et jeunes ouvriers de Notre-Dame de Nazareth^ éditée en i^3 (typographie Firmin-Didot et G'% Paris) en souvenir du cinquantième anniversaire de sa fondation, que nous empruntons plusieurs détails de cet historique.

I. Cf. Manuel de la Société de Saint- Vincent-de-Paul^ p. 999.

les membres de la réunion qui s'assemblent, chaque mardi, après la « conférence de charité » ; tel confrère fut chargé de l'enseignement de l'arithmétique, tel autre dut professer l'histoire sainte, et un troisième expliquer l'Évangile ; Ozanam, quelques jours plus tard, proposa d'apprendre le latin à trois ou quatre jeunes gens pour en faire de bons correcteurs d'imprimerie.

La « maison de famille » des apprentis orphelins fut installée rue Copeau, au coin de la rue de la Clé ; au mois de juillet 1836, un des jeunes confrères, M. de Kerguelen, assuma l'entière direction de la maison et y prit son domicile. i< M. de Kerguelen, gentilhomme de Bretagne, gouvernait ses eiifants, a dit M. Maurice Maignen, selon les mœurs patriarcales de sa province. Après la prière du soir, dite en commun, chaque orphelin venait recevoir de son père adoptif la bénédiction traditionnelle du chef de la famille bretonne, c'est-à-dire le signe de la croix tracé sur le front*. »

A ces orphelins adoptés par les jeunes membres de la Société de Saint-Vincent-de-Paul vint se joindre, chaque dimanche, un nombre croissant d'apprentis externes, enfants des familles visitées par les conférences nouvellement fondées. Il y en eut bientôt une centaine. Ce fut là vraiment, quoique très rudimentaire, le premier des patronages parisiens*.

I. Rapport présenté à Rassemblée générale des Conférences de Saint- Vincent-de-Paul de Paris, le 20 Juillet 1882.

a. V Histoire du Patronage de Notre-Dame de Nazareth nous fournit des détails (pp. 5 et suiv.) sur cette œuvre naissante : c On donnait aux apprentis une collation dans la journée, afin de les garder le plus longtemps possible. La tradition s'est conservée de

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et ses jeunes amis avaient remarqué ce consommateur discret et singulièrement charitable envers les pauvres qui venait frapper à la porte du logis. M. Le Prévost distingua bientôt, lui aussi, l'union qui régnait entre ces jeunes gens, leur cordialité. On ne tarda pas à faire plus ample connaissance. Entre chrétiens, on se devine aisément. M. Le Prévost inspira assez de confiance aux jeunes fondateurs, très jaloux, d'ailleurs, de l'intégrité de leur petit cénacle, pour qu'ils n'hésitassent pas à lui parler de leur entreprise (les réunions de charité) et à lui proposer d'y participer. »

M. Le Prévost eut donc l'honneur d'être un des premiers compagnons d'Ozanam ; ce fut d'ailleurs dans les conférences de Saint-Vincent-de-Paul qu'il trouva sa vocation religieuse, comme ce fut également grâce à elles qu'il conçut l'idée féconde qui devait orienter sa vocation en lui faisant reconnaître la nécessité d'un Ordre spécialement destiné à l'apostolat des travailleurs.

« Depuis longtemps, écrit M. de MaroUes*, M. Le Prévost nourrissait dans la méditation et la prière le dessein de fonder un institut religieux composé d'hommes voués aux ' œuvres charitables. Sans doute le zèle des excellents laïques des conférences de Saint-Vincent-de-Paul était digne de tout éloge, mais le développement des œuvres, surtout de celles du patronage de la jeunesse, exigeait cette fixité, cette complète indépendance des choses du monde que donne seule là vie religieuse. » Et de tout cela, M, Le Prévost entretenait son jeune disciple et ami, M. Mau-

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