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gouvernementales. L'État, en effet, malgré le chiffre colossal de nos impôts", ne trouve pas dans la poche du contribuable de quoi rétribuer d'une façon suffisante ses innombrables employés.
Cette préparation que le jeune Français n'a pas reçue, comme nos voisins d'outre-mer, pour les entreprises extérieures, il semble qu'elle lui fasse défaut dans les luttes morales et intellectuelles. — Même absence d^atidace intelligente contre l'erreur ou le vice, même timidité pour la défense de la vérité. — Il ne sait pas oser.
Aussi des personnes, qui jouissent d'une certaine réputation de bon sens, pensent que la formation morale, le développement du cœur et de la force de résistance aux passions qui sont le lot de notre humanité, font également défaut dans nos internats. Là le maître d'études et le surveillant ne sont en général pour l'enfant qu'une image très imparfaite du père et de la mère. La correction ou la récompense, l'éloge ou le blâme, d'un caractère tout administratif, a un effet artificiel sur le cœur de l'enfant, dont les aspirations, les tendances bonnes sont souvent faussées, et les mauvaises mal réprimées. En un mot, le cœur, d'où dépend dans l'homme la noblesse, la dignité et l'élévation du caractère, ne peut se développer normalement dans le milieu contre nature où il reçoit sa formation.
Cette éducation, donnée en masse à des centaines d'enfants à la fois, ne peut s'adapter évidemment à tous les caractères, pas plus que les méthodes et les programmes ne peuvent convenir à toutes les intelligences.
Il doit en résulter une lutte pour faire entrer toutes ces
âmes dans le même moule. Ce moule, établi pour la moyenne des intelligences et des caractères, crée un niveau d'une honnête médiocrité. Les natures mieux douées opposeront quelque résistance à la pression intellectuelle et morale qu'on leur fait subir. Le triomphe de cette éducation en masse sera d'étouffer au lieu de diriger tout ce qu'il y aura de trop noble ou de trop généreux dans ces ^mes, de les réduire à la médiocrité commune et d'obtenir des cœurs et des intelligences suivant la formule. Programmes universitaires, baccalauréat, discipline tout administrative, internat, voilà, suivant les adversaires du système actuel, les causes qui arrêtent l'expansion de toutes les énergies, de toutes les initiatives, de tous les élans, de toutes les forces de notre race. Et ces reproches, on les fait à l'enseignement confessionnel comme à l'Université. Les maîtres de nos écoles libres ont peut-être plus de souci de la formation morale, mais la méthode est la même. Au lieu d'assurer le libre développement des facultés de l'enfant, de les habituer à penser par eux-mêmes, à exercer leur volonté à faire un apprentissage gradué de la liberté, on les dispense de penser et d'agir par eux-mêmes. On réduit l'élève à un rôle passif. Quelle que soit sa nature d'esprit, il doit se plier aux méthodes, aux programmes, aux idées en cours, sous peine de ne devenir jamais bachelier et fonctionnaire. L'idéal de notre internat est le bon petit enfant, qui pense et agit comme on lui a dit de le faire.
Depuis l'heure où il se lève jusqu'à celle où il se couche, il ne pourra accomplir un acte bon ou indifférent en dehors de ceux prévus par la règle. — Le résultat est l'atropliie
de toute initiative — et Tenfant n'apprend pas à se servir d'un des plus beaux dons que Dieu ait fait à l'homme, la liberté.
Gomme formation morale, on compte uniquement sur la discipline extérieure dans les lycées; dans les collèges libres, on fait de la direction individuelle ; mais les vertus que l'on forme à l'abri des intempéries de l'air libre, dans une profonde ignorance des luttes morales et matérielles de la vie et des difficultés sans nombre qu'on y rencontre, ces vertus sont bien vite ébranlées quand elles n'ont plus leur abri protecteur.
Ces volontés qui n'ont jamais agi que sous une impulsion extérieure ne sont pas trempées. Elles seront souvent incapables de toute action vraiment personnelle. Habituées à subir l'influence du milieu ambiant, elles ne réagiront pas contre cette influence, surtout quand elle favorisera les mauvais instincts, et ne pourront surmonter les difficultés morales de la vie.
Nous avons cru au Rosaire que ces objections contre l'éducation française n'étaient pas sans valeur, et qu'elles s'appliquaient aussi bien aux enfants du peuple qu'à ceux de la bourgeoisie.
Aussi dans nos patronages, tous nos efforts tendent à diriger nos enfants j mais en les apprenant à penser et à vouloir par eux-mêmes. Nous cherchons à développer leur initiative et à n'étouffer quoi que ce soit des forces vives que Dieii a mises en chaque âme. Nous respectons dans chaque enfant la dignité de l'âme humaine et ce que le Créateur y a mis de personnel. Nous nous appliquons à ce que récompenses et punitions ne soient que des stimulants, jamais le motif
déterminant de l'accomplissement d'un devoir. Nous pensons aussi qu'il n'est pas bon que l'enfant soit retiré du contact du monde extérieur, et qu'on écarte toutes les difficultés morales de son chemin. Il faut qu'il apprenne à les surmonter, et s'il tombe, à se relever. 11 ne sera pas toujours auprès de nous^ il faut qu'il sache agir sans nous. Il faut qu'il fasse l'expérience de la lutte quand il nous a encore là pour le soutenir et le relever en cas de défaite. C'est au feu que se forment les meilleurs soldats.
Il est certain que la tâche de l'éducateur ainsi comprise présente plus de difficultés ; une discipline tout administrative est plus commode qu'une certaine liberté laissée à l'enfant, tempérée par la direction individuelle ; mais nous espérons que les résultats seront meilleurs.
L'organisation
M. i*abbé Boyreau vient de nous exposer les principes qui ont présidé et président encore à la vie de Tœavre qu'il dirige aujourd'hui et qui a été jadis fondée par M. Soulange-Bodin, le populaire curé de Plaisance.
Un de ses dévoués collaborateurs, M. Tabbé Kaichenger, a bien voulu nous tracer les grandes lignes de cette organisation : grâce à lui, nos lecteurs pourront connaître d'une façon [irécise le fonctionnement du patronage de Saint- Joseph-des-Ghamps.