I. — Genèse du Patronage
Il ne saurait être question de l'historique détaillé des patronages. M. Max Turmann l'a traité excellemment dans la Quinzaine et depuis dans son beau livre : Au sortir de l'école. Je toucherai simplement à ce qui me paraît expliquer le rôle d'abord effacé, puis plus apparent de la paroisse dans le patronage.
Après la Révolution, les paroisses sont reconstituées autant que possible suivant les formes anciennes. Un curé, des vicaires, et, pour administrer le temporel de concert avec le curé, les fabriciens.
La réaction contre les excès de la Révolution, puis les missions, ramènent nombre de familles à la vie chi*étienne. Autour de chaque clocher se trouve un groupe imposant ; il absorbe la sollicitude pastorale, qui s'attache à organiser les catéchismes, à reconstituer les écoles, les confréries de filles, de femmes, d'hommes quelquefois.
Mais peu à peu, séduits par l'attrait d'un bien-être trom-
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peur, les habitants des campagnes envahissent les grandes villes, où les exigences de Tindustrie et du commerce, les facilités des relations désagrègent la famille et lui enlèvent toute influence chrétienne ; nombre d'enfants échappent à Faction du pasteur. Le noyau paroissial, la chrétienté, suivant rheureuse expression de M. Soulange, console le zèle du curé, mais autour de la chrétienté s'étend le cercle d'une vraie gentilité.
Dès les premiers jours, l'un des survivants de l'œuvre du Sacré-Cœur de Marseille, l'abbé Allemand, a fondé, pour les jeunes gens des classes moyennes, une œuvre admirable de préservation. On y trouve une élite à vie chrétienne intense, sorte de famille privilégiée. Dans les grandes villes, des prêtres zélés, se rattachant ou non à la paroisse, trouveront dans une œuvre semblable les consolations et les fruits que le noyau paroissial apporte au curé. A Marseille même, au prix de vingt ans de lutte, cette œuvre rencontre en Timon David non seulement un émule, mais un législateur qui sur bien des points forme la doctrine des patronages. Avec lui l'œuvre de jeunesse exerce sur l'apprenti, l'ouvrier, la plus chrétienne influence.
Les conférences de Saint- Vincent-de-Paul, suscitées de Dieu pour répondre aux besoins nouveaux, inaugurent l'apostolat à domicile. Les confrères par leur habit n'inspirent aucune défiance, leur charité gagne les cœurs, le contact quotidien avec l'ouvrier leur dévoile les misères morales du peuple, surtout de l'enfant, parfois orphelin, toujours livré à lui-même ; ils voudraient pour ces pauvres abandonnés une sorte de famille spirituelle. Ce sera le patronage. Pas plus que les familles, il n'est en principe
extrinsèque à la paroisse, mais facilement, famille collective, il pourra, comme le collège, Thôpital, se créer une sorte de vie à part ; le curé verra peut-être en lui un établissement antagoniste, ou du moins un concurrent. Les confrères administrent ; le prêtre, simple aumônier, dit la messe, absout, donne la communion. S'il est sympathique, on sera heureux de lui demander des conseils ; au fond, si cette forme de patronage a sa chapelle, la vie paroissiale est diminuée. A ce type de patronage, nombre d'ouvriers doivent la conservation de l'esprit chrétien ; il est une des gloires des conférences de Saint-Vincent-de-Paul, qui ont ainsi contribué largement à ramener l'action chrétienne vers le peuple.
L'organisation d'un patronage de ce genre trouve son plein épanouissement dans un Ordre religieux, les Frères de Saint-Vincent-de-Paul, les spécialistes du patronage. Avec eux l'association religieuse prête sa force au dévouement individuel, elle a fait converger l'action sacerdotale, celle des frères laïques, celle des confrères séculiers, vers le but si noblement réalisé dans les beaux patronages de Nazareth^ Gharonne, Grenelle et tant d'autres.
Issue des conférences de Saint-Vincent-de-Paul, la Société des Frères de Saint-Vincent-de-Paul a fini par former une bouture indépendante qui a pris racine et constitue dans le jardin de l'Église un arbre vigoureux.
D'autres religieux non spécialistes ont à leur tour cultivé avec grand zèle, et cela fort utilement, ce genre d'œuvres ; ils ont rendu féconde cette semence, là où elle n'avait pas encore germé ou ne faisait que végéter.
Mais au milieu de tous ces efforts qui lui sont souvent
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étrangers, le clergé paroissial prend conscience de la modification profonde introduite dans la vie et dans l'esprit des familles, par contrecoup dans la vie chrétienne de la paroisse. Il en gémit longtemps, cherche des moyens capables de satisfaire à des besoins nouveaux.
Cette âme de Tenfant, conquise au prix de tant de labeurs dans le catéchisme, où le prestige persistant de la première communion Ta fait envoyer, il faut la conserver. Conduisons-le au catéchisme de persévérance, du même coup resserrons les liens établis par la première communion entre nous et les parents. Ils connaissent la soutane, essayons de la leur faire aimer.
Mais à quatorze ans, le travail, l'industrie, le commerce, vont jeter le jeune apprenti dans un milieu hostile à sa foi, à sa vertu ; moi, curé, qui par le baptême ai donné la vie chrétienne à cet enfant, qui l'ai nourri avec tendresse du lait de la doctrine, vais-je l'abandonner? Ouvrons-lui le patronage, remplissons ce patronage d'attraits variés... C'est la logique du zèle. Le patronage paroissial sera le tuteur spirituel du jeune homme. Heureux les petits frères accueillis depuis sept ou huit ans dans cette nouvelle famille ! les exemples, la charité des grands, dont les plus expérimentés et les plus dévoués deviennent dignitaires, les attachent à cet asile béni. Les parents se félicitent de trpuver des coopèrateurs et des suppléants dans un clergé qu'ils apprennent ainsi à connaître, à apprécier ; ces rapports plus étroits serviront à les ramener eux aussi à la pratique chrétienne.
Déjà avant la loi scolaire, les instituteurs chrétiens des écoles communales ont aidé le curé dans cette œuvre de
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préservation. Frères et Sœurs se prêtent à fournir aux enfants ^près le catéchisme et en dehors des classes, abri, jeux, cours d'adultes, représentations, etc. Ici encore Taction personnelle du prêtre doit trouver un concours précieux dans la collaboration des instituteurs religieux, plus dévoués encore lorsque, en conséquence de la loi,scolaire, ^ récole congréganiste est devenue école libre fondée et entretenue par le curé. Mais que vont devenir les enfants ' des écoles communales, dont se compose en grande majorité la population scolaire ? Pour un grand nombre d'entre eux sera plus que jamais rompu tout lien familial et social avec l'Église. Gomment sera comblé l'hiatus formidable ouvert entre la première communion et le mariage, à l'âge où l'esprit se fausse, où le cœur se pervertit ? Les patronages libres sont insuffisants, ils sont trop peu nombreux, et ne serait-il pas avantageux d'ajouter partout à l'action apostolique de chrétiens fervents cette influence profonde que la grâce sacerdotale appliquée individuellement dans une sorte de direction peut seule rendre pleinement efficace ?
Le patronage paroissial fondé, dirigé par le clergé paroissial, s'appuyant sur un centre naturel, la paroisse, comme le patronage municipal s'appuie sur l'école, devient ainsi un organe de plus en plus important, s'il est assez multiplié pour répondre à tous les besoins, assez puissant pour rendre au prêtre responsable des âmea (c'est-à-dire au curé) son influence nécessaire, et dans les agglomérations populaires, le centre même où on verra converger et d'où pourra rayonner toute l'action sacerdotale dans la paroisse de l'avenir. Ainsi le curé qui a baptisé et nourri l'enfant
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soutiendra la vie spirituelle du jeune homme à son entrée dans la vie, il continuera à le connaître, à Taimer, à mériter sa confiance et sa reconnaissance jusqu'à la caserne, et au delà, jusqu'au jour où, par le mariage contracté à l'église, il fondera un foyer chrétien.
C'est pendant la dernière période que les ouvriers pourront, et ce doit être l'espoir de l'avenir, s'initier aux œuvres sociales qui, groupant les hommes et les formant à la vie civile, infuseront l'esprit chrétien dans cet immense effort de nos sociétés vers un ordre nouveau. C'est là que nous guide, avec la haute portée de son esprit si clairvoyant, assisté de la lumière divine, le grand Pontife qui préside aux conquêtes pacifiques de l'Église.
Dans cette œuvre éminemment évangélique, n'est-ce pas le curé qui doit être pour ses paroissiens l'écho le plus prochain des doctrines du Pape ?
Voilà, ce semble, quel devra être le couronnement du patronage paroissial vers lequel l'Eglise de France s'est acheminée par les autres formes de patronages.
Que ceux-ci, vraies familles collectives privilégiées, contimienty de préférence dans les centres populeux, à exercer, auprès de leurs heureux enfants, l'influence chrétienne la plus bienfaisante. Considérés par le clergé paroissial comme de précieux auxiliaires, ils aimeront à tourner le regard^ le cœur et parfois les pas de l'enfant vers l'église où préside celui qui a été constitué père de la paroisse, le curé.
Si le patronage a sa chapelle particulière, qui empêche de la faire considérer à l'enfant comme une sorte d'expansion de l'église paroissiale? Le pati'onage paroissial n'a-t-il
pas souvent besoin lui-même de posséder Notre-Seigneur, au moins à l'heure du divin sacrifice, dans une chapelle paroissiale où on dirait que TËglise, vraie mère des âmes, a étendu ses bras vers ses enfants comme pour mieux les embrasser î
Elle existe, telle paroisse bénie où le patronage, confié aux Frères de Saint- Vincent-de-Paul, garde avec Tégllse, le curé et le clergé paroissial des liens si étroits qu'ils vont jusqu'à établir l'unité. Là un prêtre, spécialiste des patronages, est presque un vicaire chargé d'un service particulier, le service religieux, âme de tous les autres services confiés aux Frères et aux dignitaires du patronage. Ne serait-ce pas un idéal réalisé ?
Voyons maintenant les éléments du patronage paroissial.