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Les griots sont en quelque sorte les bardes du Soudan

2. Les finankés sont des marchands ambulants, marchands qui jouissent, avec les griots, du privilège d'inviolabilité en temps de guerre.

temps des très grandes chaleurs, ils en nouent les côtés derrière la tête.

Le pantalon, jusqu'au Niger, a l'apparence d'une îupe de zouave raccourcie jusqu'au-dessus du genou.

L'ampleur des vêtements dépend de la richesse du propriétaire ; et j'ai vu consacrer jusqu'à vingtcinq mètres d'étoffe à leur confection. A cela près, peu de différence entre le riche et le pauvre. Ce dernier se fait seulement remarquer par un rapiéçage pittoresque et par une saleté dont les chefs eux-mêmes ne sont pas toujours exempts.

La chaussure se compose uniformément d'un cothurne fait d'un morceau de peau de bœuf découpé d'après la forme du pied et de lanières qui le retiennent au cou-de-pied et au talon. Quelques élégants font agrémenter leur chaussure de mosaïques en cuir de couleurs heurtées, d'un assez joli effet.

Si les femmes sont vêtues de la façon plus que sommaire que nous avons décrite, les jeunes filles ajoutent parfois aux pagnes qui leur couvrent les reins une pièce d'étoffe blanche jetée sur la tête, et retombant sur les épaules et sur les seins en forme de voile de première communiante. La pudeur n'a rien à voir dans ce supplément de vêtement; il n'est là qu'à titre d'ornement. J'ai vu souvent de ces vierges noires, gênées par les mouches fort agaçantes dans le Soudan, enlever au cours d'une conversation le pagne qui cachait

leurs performances et l'employer, — sans honte aucune, — à chasser leurs minuscules assaillantes.

La coiffure, pour les hommes et pour les femmes, est de temps à autre l'objet de soins tout particuliers. Elle se compose le plus souvent, pour le beau sexe, d'un haut cimier semblable à celui des casques de dragons. Cet échafaudage, construit après un sérieux labeur de plusieurs heures, dure habituellement un mois. Pendant ce temps, jamais on n'y touche, sauf pour l'oindre de beurre de karité non épuré ; son odeur est celle décuplée du beurre rance. C'est le new moon haij des élégants des deux sexes.

Les hommes tressent leurs cheveux en plusieurs petites nattes, autant que le permettent les tonsures variées qui marbrent leurs têtes de larges taches couleur de chocolat. Le suprême du bon genre est de porter sur les joues deux longs accroche-cœur raidis par une épaisse couche de graisse. En somme, le bonnet élevé, ces deux virgules sur les joues, la grande blouse blanche pendante jusqu'au-dessous des genoux donnent aux jeunes fashionables malinkés une apparence réjouissante d'Alphonses de barrière.

La barbe leur vient tard ; on ne la voit guère apparaître sur le visage des Malinkés que vers l'âge de trente ans. Peu ou point de moustaches; du poil surtout au menton et très clairsemé sur les joues. Cette barbe blanchit de bonne heure; elle donne alors aux indigènes d'un certain âge

un aspect fort vénérable. Les pipes Jacob consciencieusement noircies ou jaunies par l'usage, et dont la barbe est restée blanche grâce à un vernis spécial, représentent le type très fidèle de la majeure partie des chefs bambarras ou mandingues.

Si les vêtements, surtout pour les femmes, sont d'une simplicité exemplaire, en revanche les bagues, les bracelets, les morceaux d'ambre, les verroteries de toute sorte font une large compensation à la légèreté du costume. Anneaux aux bras, aux poignets, aux doigts, aux jambes, aux pieds, aux oreilles : anneaux partout. Ce sont souvent des tiges de métal commun, parfois d'argent, rarement d'or, rivées aux membres à grands coups de marteau. Plus ils sont gros et nombreux et plus celle qui les porte est fière de cette parure métallique. Un beau bijou ne remplace nullement la quantité et le poids.

Quelques bracelets sont ouvragés; ils sont en argent massif, ovales, de la forme du poignet, auquel ils s'adaptent par une interruption du métal suffisante pour qu'en forçant légèrement sur les chairs le bras puisse s'y introduire ; deux boules ornementées terminent l'ouverture aux deux branches. Quelques cabochons à facettes et des coups de pointeau donnés un peu au hasard en sont les grands ornements ; les orfèvres forgerons des pays de Kita et de Niagassola sont très au-dessous, comme habileté, de leurs confrères de Médine ou

du Ouassoulou qui font, presque sans outils, de si fins et si ravissants bijoux d'or et d'argent.

Les amulettes sont beaucoup plus rares que sur le Sénégal et sur le Niger, où la religion musulmane est dominante; beaucoup d'hommes n'en portent pas ; et ceux qui en font usage les considèrent plutôt comme un ornement que comme un préservatif efficace.

Les griots qui, entre deux médisances ou deux chansons, sont les agents d'affaires du village, ont au bras, enroulé comme un bracelet, un chapelet à grains noirs séparés de dix en dix par un grain de couleur claire. Il leur sert, non à prier, car la prière leur est inconnue, mais à faire les comptes des indigènes qui ont recours à leurs lumières.

L'armement se compose d'un fusil à pierre à un coup ou à deux coups; c'est souvent un fusil de munition de nos anciennes armées. Les Malinkés préfèrent ce dernier et à juste titre, car les fusils de traite fabriqués à Liège, que leur vendent les Anglais, sont souvent d'un usage plus dangereux pour leur propriétaire que pour ses ennemis. Us apprécient fort nos nouvelles armes et en reconnaissent la supériorité; mais la difficulté de se procurer des munitions fait qu'ils en demandent peu au commerce. De plus, une arme à feu ne leur plaît véritablement que lorsqu'en la chargeant démesurément elle produit un bruit de tonnerre, au risque d'éclater ou de jeter bas celui qui la porte. Un homme libre ne sort jamais de son village

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sans son fusil qu'il porte, triomphant, sur l'épaule, la crosse en arrière, le canon dans la main droite. C'est cependant souvent une arme bien peu dangereuse, sauf pour celui qui s'en sert, mais s'il était rencontré sur la route les bras ballants et armé du sabre seulement, il courrait risque d'être pris pour un captif ou pour un homme de rien.

Aux grands jours de fêtes, pendant lesquels on tire d'interminables salves de mousqueterie, en signe de réjouissance, on cherche à économiser la poudre, et, à cet effet, on y mêle une notable quantité de bouse de vache séchée, puis pilée. En guerre ou à la chasse le projectile est une chevrotine en fer doux martelé, d'un calibre quelconque, qui atteint rarement celui de l'àme du fusil ; dans tous les cas la charge comporte deux ou trois de ces chevrotines auxquelles on ajoute souvent, pour faire mitraille, des débris de fer de toute sorte. Lorsque les munitions s'épuisent, le guerrier les remplace par des cailloux ferrugineux ronds dont la densité est considérable; on en trouve à fleur de terre un peu partout dans le Soudan.

Amorce et projectiles sont portés dans des étuis en cuir ouvragé, mais bien moins curieux que ceux des régions du Sénégal et du Niger ; la poudre est renfermée dans une énorme corne de bœuf sauvage longue parfois de 70 centimètres à un mètre. Tout cet attirail auquel s'ajoutent les gaines d'autant de couteaux que le Malinko en peut acheter, sont suspendus à des banderoles en

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cuir passées à l'épaule ou à la ceinture, et quelquefois à un morceau d'étoffe roulée placé de la même façon. Le sabre, compagnon inséparable de l'indigène, est courbe, en forme de yatagan et renfermé dans un fourreau de cuir ornementé de houppes flottantes de lanières de cuir et d'appliques en mosaïque; il est porté en sautoir par un baudrier fait de mille tresses rouges ou d'un solide pagne du pays.

Il faut encore signaler une sorte de bicorne en cuir noir agrémenté de pompons et de peau de fauve dont se coiffent, avec assentiment du chef, les chasseurs émérites, connus pour leur adresse au tir.

Somme toute, cet accoutrement ne laisse pas que d'être assez pittoresque, mais il est loin d'égaler en originalité ceux que nous verrons plus tard dans les Etats de Samory. Là, en effet, un drapé habile de vêtements superposés et de couleurs vives, une grande recherche du fini dans les motifs d'ornement, donnent une note vraiment saisissante à la foule qui se presse aux cérémonies publiques ou aux grands jours de marché.

La race cependant est la même avec des instincts identiques ; mais l'étude du Coran et les nombreuses descriptions qu'il renferme a donné aux habitants de la rive droite du Niger une certaine recherche du beau oriental que leurs richesses leur permettent de satisfaire en partie, en modifiant parfois très heureusement et d'une façon artistique les erremeuts de leurs ancêtres. Nos Malinkés, au

contraire, ruinés de fond en comble depuis un demi-siècle par des guerres incessantes, arriérés et primitifs comme tous les fétichistes, étaient restés dans un état de stagnation morale absolu, très voisin de la sauvagerie, jusqu'au moment où nous nous sommes implantés dans leur pays.

A cette époque ils vivaient en paix sous l'autorité très débonnaire du sultan de Ségou, Amahdou- Cheïkou, dont ils sentaient à peine le joug. L'ère des guerres était close, et ils savouraient délicieusement, dans une oisiveté physique et morale parfaite, leur pauvreté profonde. Ils avaient cessé toutes relations avec leurs voisins plus riches et plus glorieux, etles diulhas, sachant leur dénuement profond, avaient oublié le chemin de leurs villages. Sans désirs, sans causes pour les faire naître, leurs yeux ne s'arrêtant plus sur aucune chose nouvelle qui leur montrât par comparaison leur état misérable, ils étaient parfaitement heureux.

A notre arrivée, nous fûmes fort étonnés de leur paresse et des difficultés que nous éprouvions à secouer leur torpeur, même en leur faisant espérer une rétribution très élevée du travail que nous leur demandions. Cependant, les causes de cette apathie étaient facilement visibles.

A la façon dont ils envisageaient la vie, ils n'avaient plus rien à désirer lorsqu'ils possédaient une case, une ou deux femmes, un fusil, quelques captifs, une vache, de rares moutons et assez de mil dans leurs greniers pour préparer le couscous

quotidien, et de temps à autre une calebasse de dolo1. Leur grand luxe était un morceau de guinée ou de calicot transformé en boubou* et jeté pardessus les vêtements que les captifs leur avaient tissés à leurs moments perdus; une couverture légère dans laquelle ils se roulaient la nuit, et avec laquelle ils paradaient aux grands jours constituait le summum du confort.

Les Européens de même que tous les peuples civilisés cherchent à amasser beaucoup d'argent pour acheter ou construire une demeure somptueuse, acquérir un riche train de maison et se donner toutes les jouissances que les grandes villes réservent aux riches ; ou bien encore ils veulent arrondir leurs domaines et faire que leur vue se repose partout sur leurs terres ; d'autres enfin rêvent gloire, honneurs ou pouvoir. Bien peu se contentent de ce qu'ils ont et vivent pour vivre, sans désirer d'améliorer sans cesse leur situation.

Mais les jouissances de la civilisation, les besoins qu'elle crée sont inconnus du Malinké. La maison est parfaite lorsque, comme toutes les cases voisines, elle se compose d'un cylindre de terre battue couvert d'un chaume pointu. Sa domesticité comprendrait, à son grand plaisir, de nombreux captifs qui lui éviteraient toute peine; mais, justement, nous cherchons à lui enlever les moyens

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