I.’ hiver au Lessouto
devant moi mon homonyme — le petit Crisetaule — qui, pour me faire honneur, porte mon nom arrangé à la sessouto; — le gaillard ne semblait pas trop souffrir du froid, il n’avait cependant que son costume d’été : la peau que Dieu lui a donnée, sur laquelle il en avait jeté une de mouton...
Ce rigoureux hiver n’est pas seulement un ennui pour les indigènes, il est aussi une cause de pertes sérieuses, le bétail souffre de ces pluies et de ce froid et meurt en quantité. Aussi tel qui était riche en été, peut se trouver, à la fin de l’hiver, être un pauvre sire n’ayant ni sou ni maille, c’est-à-dire ni bœufs ni moutons.
Une autre difficulté sans cesse renaissante : c’est la question du charbon en usage dans le pays.
Quand je dis «charbon », c’est, chers amis, par pure politesse, car on trouve le nôtre partout où le bétail passe... Puis il faut le faire sécher — pas le bétail; le charbon — et bâtir soigneusement en tas ce précieux combustible à l’abri, dans un endroit sec, tout à fait comme si l’on avait peur qu’il ne s’enrhume.
Heureux ceux qui ont du disou! Ceux qui en manquent essayent d’en acheter, ce qui coûte de
Au Sud de l’Afrique.
quinze à vingt francs la charge. Par un hiver humide comme celui que nous avons, le « disou » n’est pas facile à avoir, aussi brûle-t-on ce qu’on peut : vieilles ou neuves caisses, rafles d’épis de maïs, etc.
Je me suis souvent dit, en manière de consolation (lauréats du Conservatoire de musique, voilezvous la face !), qu’il était heureux que nous n’ayons pas de piano, car, qui sait? la tentation d’avoir une tasse de café chaud peut parfois pousser bien loin...
Sur ce, chers amis, excusez-moi, je vais aller tâcher de me réchauffer.
Que celui qui mesure le vent à la brebis tondue se tienne près de vous et de nous !
L'Été au Lessouto
Herrnon, 26 décembre.
Le grand agrément de l’été, chacun sait cà, c’est qu’il fait chaud, mais ici il fait très chaud, quelquefois trop, à notre avis. La moyenne de la température est de 34 degrés centigrades.
Vous aimeriez probablement avoir un peu de notre soleil, car, pendant que vous grelottez en décembre, ici nous sommes en plein été. Au Sud de l’Afrique, on 11’a jamais vu une fête de Noël avec de la neige et des engelures !
Au moment où je vous écris, on moissonne les blés; notre petit jardin, qui commence à nous donner des légumes, a un riant aspect ; nous avons aussi quelques fleurs : des roses, des lis, ainsi que des dahlias, des passes-roses, etc.
Il y a certaines fleurs dans les champs qui sont
Au Sud de l’Afrique.
assez jolies : quelques-unes de la famille des iridées, d’autres de celles des liliacées, dont l’une, appelée par les indigènes « lehutla », est une grande plante ayant beaucoup de ressemblance avec le lis, à part qu’elle n’est pas si blanche, ni si belle, et qu’elle a une odeur désagréable.
Quant à la campagne, qui est sans arbre comme vous savez, elle essaie d’être aussi agreste que ses moyens le lui permettent. En temps de sécheresse, elle a une teinte jaunâtre, tandis que peu après de bonnes pluies elle est d’un vert d’épinard qui ne semble pas naturel, et qui du reste dure peu.
En cherchant bien, on peut arriver à découvrir des coins pittoresques qui respirent une fraîcheur qu’on ne s’attendrait pas à rencontrer dans ce pays, et surtout pas à Hermon.
Par exemple : le chevet de l’église d’Hermon se reflétant dans le petit étang de la station...
Mais, malgré tous ces avantages; l’été a peutêtre en quelques manières des inconvénients plus grands que ceux de l’hiver. Heureux quand les sauterelles ne nous rendent pas visite pour détruire en quelques instants, comme elles ont fait l’an dernier, des récoltes impatiemment attendues.