‹ Au sud de l'AfriqueChapitre 19 sur 77 · I. }. Petit-Senn · texte numérisé non relu

I. }. Petit-Senn

Au Sud de l’A frique.

de ce bon vouloir des indigènes et de leurs chefs, soit pendant des courses dans les environs de la station accompagné des enfants de l’école, soit par la manière dont étaient reçues les remontrances que je devais présenter à ceux-ci ou bien à ceux-là.

La façon de réunir un auditoire est fort simple, pas besoin d’affiches ni du « tambour de ville ».

Après avoir parlé avec le chef du village, on met les deux mains à sa bouche en manière de porte-voix et l’on crie : Thapelong ! — à la prière ! — Peu à peu on voit, de-ci de-là, des têtes apparaître, et bientôt un petit auditoire est devant vous.

Quelquefois cela est encore plus simple : visitant une fois le village de Nkoro, j’arrive au Khotla et ne trouve personne qu’un homme en train de faire un session. Après les salutations que se doivent les gens bien élevés, et sans doute aussi après quelques questions sur le temps et les prochaines récoltes, je me mis à faire un croquis dudit vannier. A peine avais je fait quelques traits qu’arrivait l’un, puis l’autre, si bien que le portrait de Masolé était à peine esquissé que tout le village ou à peu près était autour de nous !

Coutumes des Bassoutos.

Par modestie je ne vous parle pas des cris d’admiration du cercle de critiques d’art qui m’entouraient et qui auraient sans doute ravi par leur pittoresque mes anciens maîtres, les éminents peintres L. Gérôme et Paul Flandrin ; du reste je trouvais mieux : une occasion de parler à un auditoire tout yeux et tout oreilles.

D’autres fois un grossier dessin sur un mur m’a servi de point de départ pour parler de Celui qui a créé l’homme à son image...

Superstitions des païens Bassoutos

Voyageant en Palestine il y a plusieurs années, il m'est arrivé souvent de voir une main grossièrement dessinée ou peinte au-dessus d’une porte; fort intrigué, je tâchai de savoir ce que cela pouvait bien signifier et j'appris que cette main devait empêcher la maladie d’entrer ou la mort d’approcher de la maison.

Les païens Bassoutos ont aussi des superstitions dignes de celles des Arabes : on ne doit pas aller dans les champs lorsqu’il y a des nuages, cela attire la grêle; pour éloigner celle-ci, il suffit de planter en terre de petits piquets arrangés de certaine façon près des champs.

En temps de sécheresse, que ne font pas les

païens ! Les ngaka ea pula, médecins faiseurs de pluie, déploient dans cette occasion toute leur science qui se résume dans leurs costumes, leurs osselets divinatoires et des boniments de charlatans. Si les incantations ne réussissent pas dans la plaine, c’est qu’il est nécessaire d’aller chercher la pluie sur la montagne...

Il y a des médecins contre les épidémies, il y en a d’autres très utiles pour aller à la guerre. Je me souviens avoir vu un chef du nord du Lessouto, lors d’une échauffourée, s’en aller à l’ennemi le visage enduit d’une certaine médecine, devant détourner les balles de sa personne.

Les médecins indigènes ne ressemblent pas du tout à leurs collègues de France qui ne sont que docteurs en médecine — ceux d’ici sont sorciers, — c’est-à-dire qu’ils peuvent soi-disant guérir d’abord toutes les maladies, mais en plus découvrir les objets perdus, éloigner la foudre et la grêle, dévoiler l’avenir, indiquer la personne qui a jeté un sort à une autre, etc.

Pour cela le bagage scientifique n’est pas grand ; le petit collier d’osselets ou « ditaola » représenté ci-après suffit amplement; la confiance des ma-

Au Sud de l’Afrique.

lades doit cependant avoir une certaine limite, puisqu’on donne en sessouto le même nom de lefu à la maladie et à la mort !

La manière dont lesdits osselets sont tournés quand on les jette indique l’endroit où se trouve le cheval ou le bœuf égaré ou volé, ou le coupable de sorcellerie, etc. Le plus clair de tout cela, c’est le mouton ou le bœuf qui sont le paiement du « docteur ». Tout ceci n’est pas exagéré; combien de païens qui, dès qu’ils sont malades, se croient ensorcelés ! Il n’y a pas longtemps qu’un chef est mort après une vie déréglée, mais plutôt que de reconnaître cela on a accusé plusieurs personnes de l’avoir ensorcelé et elles ont été obligées de déguerpir au plus vite, de peur qu’on ne leur fasse un mauvais parti.

Les Bassoutos, sans être aussi cruels que leurs frères du Zambèze, ont encore bien des points de contact avec eux.

Sans Dieu il est naturel que l’homme ait peur, car celui qui, blanc ou noir, ignore l’amour de son Père qui est dans les cieux et ne sait pas que selon que le dit si bien le proverbe oriental : «Dieu voit la fourmi noire qui, dans la nuit noire.

Superstitions des païens Bassoutos. 67

marche sur la pierre noire », doit être effrayé de tout ; pour lui la vie est un voyage fait dans la nuit sans lumière et sans guide.

Page 1