‹ Au sud de l'AfriqueChapitre 20 sur 77 · DITAOLA » OU OSSELETS DIVINATOIRES · texte numérisé non relu

DITAOLA » OU OSSELETS DIVINATOIRES

C’est pourquoi on voit tant de gens vivre dans

la crainte, avoir peur de la vie, peur de la mort, et qui, pour se garantir de malheurs ou de maladies, mettent une main sur leur porte comme les Arabes, ou vont chercher le ngaka et ses ditaolas comme nos Bassoutos, ou bien encore, comme beaucoup de nos compatriotes, craindront de se mettre en route un vendredi, ou d’être treize à table ; consulteront les cartes ou s’en iront prendre conseil de soi-disant voyantes.

Les Bassoutos ne sont pas idolâtres, ni même fétichistes, mais ils croient aux médimo, aux esprits des ancêtres et à leur pouvoir mystérieux. De plus, les indigènes ont un sentiment inné de l’immortalité. On mettra, par exemple, dans la tombe un peu de grain, afin que le mort trouve quelque nourriture à son réveil, coutume qu’on rencontre, comme vous le savez, chez les anciens Égyptiens et chez bien d’autres peuples, ce qui correspond tout .à fait à une parole du vieux livre de YEcclésiaste : « Dieu a mis dans le cœur des hommes la pensée de l’éternité. » (Chap. III, v. 2.)

Nos chefs Bassoutos

Il y a fort longtemps que j’avais le désir de vous montrer un portrait de Letsié, chef des Bassoutos, mais ce dernier avait toujours répondu aux demandes que je lui avais fait adresser en refusant absolument de poser. Tout ce que j’avais pu faire, c’est un croquis de dos, peu digne par conséquent de vous être présenté. Aujourd’hui, grâce à un ami médecin et photographe, je puis vous offrir un petit dessin un peu plus complet du roi des Bassoutos. L’expression de roi est un peu grandiose, tout de suite Louis XIV et sa cour s’offrent à la pensée, ou bien encore le shah de Perse et son aigrette...

Disons donc que Letsié, fils de Moshesh, était un grand chef ou un petit roi. Il est mort ces derniers temps, mais vous pouvez vite voir qu’il n’avait rien de bien imposant et constater en même

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temps que si sa figure n’est pas bien distincte, il n’y a pas de la faute du photographe ni de la mienne. Le même ami me fournit une vue de Matsieng , c’est-à-dire du village qu’habitaient le chef Letsié et la plupart des nombreuses femmes de son harem.

Ce village est l’un des plus grands du Lessouto, il est situé à trois quarts d’heure, à cheval, de la station de Morija. C’est seulement depuis quelques années qu’une annexe de Morija est établie à Matsieng, Letsié ayant refusé pendant longtemps l’autorisation de l’établir.

Il y a là un groupe de chrétiens et une école assez fréquentée ; mais malgré cela on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que ce village était l’une des forteresses du paganisme dans ce pays. La belle maison que vous voyez au centre du dessin a été bâtie par des ouvriers européens. Elle est plus belle, du moins comme apparence, que la plupart de nos habitations missionnaires.

Mais... le ramage ne répond pas du tout au plumage ; elle est bien la preuve que le désordre n’est pas toujours un effet de l’art.

Nos pauvres chefs Bassoutos, tant dans leurs

PORTRAIT DU CHEF LETSIÉ (D’après une photographie du D« G. Casalis )

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maisons que dans leur vie, ont encore bien des améliorations à faire. La civilisation et ses avantages ne leur ont pas fait faire jusqu’à présent de grands progrès sous le point de vue moral, il s’en faut de beaucoup.

Le peu de décorum des chefs n’empêche pas cependant leurs sujets de les traiter avec beaucoup de considération. Ils prennent même parfois des expressions orientales pour leur parler.

J’entendis un jour un de nos chrétiens dire en public à Lerothodi, fils aîné de Letsié : « Il n’y a personne qui puisse paraître devant le lion sans trembler ! »

Un autre disait: «Devant toi, chef, nous ne sommes que des paquets de vêtements ! »

Nos potentats, somme toute, de Lerothodi au moindre chef de village, ne sont pas fiers, et cela est un grand avantage, car on peut leur parler et leur dire quelquefois des vérités sans qu’ils se fâchent par trop ; bien supérieurs en cela au puissant empereur Charlemagne qui, nous dit Eginhard, détestait ses médecins qui avaient eu le courage de lui dire que la viande rôtie était nuisible à sa précieuse santé.

MATSIENG, VILLAGE DU CHEF LETSIÉ (d’aPRÈS UNE PHOTOGRAPHIE DU Dr G. CASALIS)

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Envers nous, leurs missionnaires, les chefs font assez souvent de leur mieux pour nous montrer de la déférence ; mais, hâtons-nous d’ajouter que ce bon vouloir n’est pas général, de plus il est bien intermittent.

Je me souviens de la cordiale salutation de bienvenue que m’adressait, lors de ma première visite à Tha'ba-Bossiou, Masoupa, le frère de Letsié : Ponchoure, mocheux! Son français n’était pas très brillant, mais ce chef faisait ce qu’il pouvait pour être aimable. Son portrait vous le montre en grande tenue avec des épaulettes de capitaine de pompiers qui lui donnent tout à fait grand air.

J’avais convoqué un certain jour le chefPotsane Mohale à une réunion dans la chapelle qui est près de son village. J’eus peine à le reconnaître à son arrivée; je ne pouvais me figurer que le monsieur si bien mis et ganté de frais (!) qui s’avançait vers moi fût le même que je voyais habituellement attifé de très pitoyable façon.

Un des chefs de Bahlapis, établis au sud du Lessouto, allant un dimanche à l’église, vêtu d’une grande couverture rouge, était suivi de ses principaux hommes, dont l’un portait au bout d’un

PORTRAIT DU CHEF MASOUPA (D’après une photographie de M. Gribble.)

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bâton le pantalon du chef qui, un peu à l’écart, se hâta de l’enfiler pour aller saluer son missionnaire !

Mais je ne vous parle pas de tout cela pour vous amuser, croyez-le bien, mais pour vous faire un peu plus connaître et aimer ceux qui nous entourent, chefs et sujets.

Tous les chefs, à part de rares exceptions, sont païens ou renégats — et polygames — et les soutiens du paganisme et de ses coutumes coupables, augmentées de l’influence des ngàka, médecins-sorciers qui les entourent.

Avant de les juger, pensons à la triste éducation qu’ils ont reçue, et de quels conseillers ils sont entourés depuis leur enfance !

Aussi quoi d’étonnant si la plupart du temps la justice qu’ils rendent est non seulement boiteuse, mais aveugle, et si les fêtes de bière enivrante et d’eau-de-vie trouvent en eux de si fervents auxiliaires ?

Parfois ils réfléchissent, mais trop tard, comme bien d’autres gens pas africains du tout, ni le moins du monde nègres. Je me souviens du chef Ramakhéma qui, mourant, m’avait fait appeler et qui me disait : « Je regrette tant d’avoir vécu comme

Nos chefs Bassoutos.

je l’ai fait, la terre et tout ce qu’elle donne ne vaut rien sans Dieu ! » Peu après, il convoqua ses enfants et les gens de son village, pour leur dire solennellement la même chose, en ajoutant : « La circoncision, la polygamie, nos fêtes, etc., sont des péchés devant Dieu. »

La Femme au Lessouto

Il n’est pas juste de vous parler toujours des Bassoutos et de vous répéter que ces messieurs font ceci et puis encore cela sans jamais vous rien dire de leurs dames. Aussi, aujourd’hui je veux vous entretenir de ces dernières.

D’abord vous vous doutez bien de la grande différence qu’il y a entre les Bassoutoses selon qu’elles sont chrétiennes ou païennes. Ce n’est pas seulement le vêtement qui est autre; c’est surtout l’éducation et la manière d’être.

La jeune fille païenne est élevée dans le paganisme; cela va de soi, mais il est peut-être bon de le rappeler.

Jamais on ne parle à cette jeune païenne de son Père céleste et de son âme immortelle. Heureux quand on ne lui défend pas de fréquenter l’école

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de l’annexe du voisinage. Elle soigne le bébé pendant que sa maman travaille dans les champs ; elle

« BALÉ »

va à la fontaine; elle s’enduit de graisse et d’ocre rouge; assiste aux disputes journalières de son polygame de père ; prend part à toutes les supers-

La femme au Lcssouto.

titions qui, en tous pays, sont le partage de ceux qui n’ont ni Dieu, ni espérance, et enfin elle se

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