‹ Au sud de l'AfriqueChapitre 2 sur 77 · COUVERCLE D’UN PLAT EN BOIS SCULPTÉ · texte numérisé non relu

COUVERCLE D’UN PLAT EN BOIS SCULPTÉ

riques, l’homme n’apparaît que par exception : il est possible que des idées superstitieuses, dont l’écho a persisté che ^ bien des peuplades actuelles, soient la cause de ce fait. Les végétaux n’en sont pas totalement absents, mais ils sont rares. C’est l’animal qui

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sollicite le plus souvent le burin de l’artiste primitif. Il ne faut donc pas nous étonner si les ba-Rotsé se plaisent en premier lieu à la représentation de l’animal. Un manche de cuiller, que j’avais naguère entre les mains, est hérissé de poissons qui se suivent à la file. Sur le couvercle d’un plat chemine béatement un crocodile. Dans les dessins de M. Christol, il faut regarder un autre plat qui a son couvercle surmonté de deux gnous dont les cornes sont très caractéristiques, mais dont le corps rappelle plutôt celui d’un porc ( p . 2yyj\ peut-être faut-il attribuer cette œuvre au roi Lewanika lui-même.

Les ba-Rotsé ont un autre motif d’ ornementation qu’ils multiplient sur leurs armes, leurs parures ou leur poterie; ce sont des combinaisons géométriques de lignes droites ou courbes . C’est là un genre de décoration dont n’usent jamais les ba-Souto, lesquels se trouvent ainsi inférieurs, non seulement aux Bushmen, mais encore aux Zambégiens . Il ne faudrait pas, cependant, exagérer cette supériorité des derniers. Si les combinaisons de lignes droites et courbes sont l’application d’une véritable géométrie, elles révèlent un haut degré de développement intellectuel ; mais c’est là une hypothèse fort contestable. D’abord

Au Sud de l’Afrique.

rien ne prouve que les ba-Rotsé aient un développement intellectuel supérieur à celui des ba-Souto ; ils peuvent être plus industrieux que ceux-ci ; ils sont au-dessous d’eux sous d’autres rapports. Ensuite il n'est point malaisé d’expliquer l’origine de ces figures triangulaires, carrées ou rondes, de ces sortes d’entrelacs, qui produisent parfois de si jolis effets .

Semper, dans ses études sur les débuts de l’architecture, a montré que le vannier, le tisserand et le potier, en travaillant les matières premières de leur industrie, ont créé, par le seul jeu des procédés techniques, des combinaisons de lignes et de couleurs, des dessins, dont l’ornemaniste s’est emparé, dès qu’il a eu à décorer les murs, les corniches et les plafonds des édifices. Reprenant cette idée et la poussant plus loin, je suis convaincu que les décorations de la poterie et de la plupart des autres industries dérivent très souvent de celles de la vannerie. Voye parmi

BOUTEILLE A PARFUM EN PEAU DE CHAMEAU (Algérie)

Introduction.

les gravures de M. Christol, celles qui représentent des vases en bois , sculptés par les ba-Rotsé (p. 277) : les lignes qui les ornent imitent à merveille l’osier ou le jonc tressé' . Tous les faits confirment celte hypothèse. Voye 1 dans l’ouvrage classique de RatyeT et dans l’album de Schweinfurth les spécimens de vases des Zoulou , des Dinka, des Bongo , des Niam- Niam : tous sont couverts de dessins qui rappellent, à s’y méprendre, la vannerie. Autre exemple. Le peigne primitif était sans nul doute composé de lamelles de roseau, réunies par des joncs tressés. Le peigne des Bongo, que Schweinfurth met sous nos yeux, n’est pas autre choses. Regarde celui des ba- Rotsé que M. Christol a reproduit ( p . 2Sqj : a l’endroit où, dans le peigne primitif, se trouvent les

1. Ratçcl (Vcelkerkunde, tome II, p. 114 ) reproduit un vase en bois des ba Rolsé qui présente exactement le même caractère.

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