‹ Au sud de l'AfriqueChapitre 52 sur 77 · TRAVERSÉE D’UNE RIVIÈRE · texte numérisé non relu

TRAVERSÉE D’UNE RIVIÈRE

elle descend, et elle était devenue un vrai torrent ; comme il n’y a au Lessouto guère plus de bateaux que d’omnibus, cela devenait fort embarrassant.

Paris , mon brave vieux cheval, est un peu peureux ; avec cela il a une forte dose de paresse; puis son cavalier n’était pas trop rassuré. J’esseyai de le faire entrer dans la rivière sans le faire avancer d’un pas; pensant avoir plus de succès, j’ôte mes chaussures et j’entre moi-même dans l’eau, mais mon coursier n’est nullement touché de mon zèle. Son idée fixe est de ne pas m’encourager dans cette voie, qui probablement lui paraît un peu trop humide. Je commence à croire qu’il faudra passer la nuit dans un village proche la rivière. Cela réjouit peu le papa, la station est si près ! Déjà nous prenions une direction rétrograde, quand j’entends des voix, et vois deux hommes venir en courant vers moi. L’un deux m’est bien connu, c’est mon ami Cosetabole, qui fiait de si jolies cuillers en bois. Il m’avait vu du haut de la montagne, sur le penchant de laquelle son village est situé, et était venu avec un de ses amis pour m’aider. Tout essoufflé, presque sans me parler, il saisit la bride de mon cheval et entre résolument

Incident de voyage.

dans l’eau, pendant que son camarade encourageait ma bête du geste et de la voix.

Une fois de l’autre côté, Cosetabole me laisse à peine le temps de dire : Kayeno lie bone motsualle oa ha! (aujourd’hui, j’ai vu mon ami !) que déjà il était à traverser le torrent pour son propre compte.

Vous voyez, chers amis, voilà un ennui comme il peut en arriver chaque jour; vous voyez aussi que, s’il n’y a ni ponts ni bateaux, il y a encore de braves garçons au Lessouto.

La vie missionnaire

Hermon, 24 janvier.

11 vous sera peut-être agréable que je vous donne quelques détails sur notre vie dans ce pays, car vous vous doutez bien qu’elle diffère quelque peu de la vôtre.

D’abord, puisque nous sommes entre nous, je vous avouerai tout bonnement que certaines choses m’ont désagréablement surpris à mon arrivée au Lessouto.

Mon étonnement a eu le temps de se calmer après quatorze ans de séjour, mais il m’en a coûté d’apprendre par expérience que le cheval constitue ici la manière ordinaire de voyager. J’aurais volontiers dit comme l’autre : « Ce n’est pas tout de monter en grade, il faut encore monter à cheval ! » Je ne veux pas médire de cette « noble conquête »

Ait Sud de l’Afrique.

tant vantée par Buffon ; mais combien de fois, en faisant de longues courses pour visiter mes annexes, n’ai-je pas pensé aux omnibus de ma ville natale ! Vous qui en usez, avec ou sans correspondance, vous ne connaissez pas votre bonheur! Qui aurait imaginé que, pour être missionnaire, il fallait être presque aussi bon cavalier qu’un cuirassier, et cela dans des chemins qui effraieraient certainement les élégants cavaliers du bois de Boulogne ?

Les missionnaires doivent être jardiniers, encore une chose que j’ignorais. C’est une vaste erreur de croire qu’il y a partout des fruitiers et des maraîchers.

Il faut semer soi-même des choux, des carottes, des tomates, des salades, etc., si l’on tient à en avoir. Quant à moi, j’aime toujours beaucoup les légumes, mais après tant d’années de vie africaine, je ne me sens pas plus de vocation pour les cultiver que par le passé.

Nous sommes aussi nos boulangers, nos laitiers, blanchisseurs, et, de temps à autres nos bouchers, charcutiers, etc.

Les missionnaires doivent être aussi un peu

La vie missionnaire. 201

docteurs; si la Faculté de médecine n’est pas contente, elle n’a qu’à venir me... donner des conseils.

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