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MAISON MISSIONNAIRE A HERMON

J’ai là, sur ma table, tout un bataillon de bouteilles de diverses dimensions et contenant de l’ipéca, de l’alun, du sel anglais, du bromure de potassium, du laudanum, du sulfate de zinc et autres drogues que, à mon humble avis, il y a beau-

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coup plus de bonheur à donner qu’à recevoir. Il est rare de voir à Paris ou même à Genève un pasteur protestant arracher des dents à un de ses paroissiens souffrant ! Ici, cela se fait presque journellement sans étonner personne. Je me tiens même à votre disposition pour vous rendre ce service; je puis dire en toute franchise que je les arrache sans douleur (pour moi, bien entendu !).

Il faut faire un peu tous les métiers : vacciner, menuiser, faire le vitrier, le peintre en bâtiment, blanchir des chambres à la chaux, etc.; j’ai dû même un jour faire le métier de fossoyeur, pour lequel je me sens peu de vocation.

C’était lors d’une épidémie de petite vérole ; un pauvre Tembouki était mort dans les montagnes des alentours de la station de Béthesda que nous habitions alors. Le chef Makhube me demanda ce qu’il fallait faire. Les gens effrayés n’osaient plus passer par le sentier qui conduisait à un col assez fréquenté.

Naturellement je conseillais de procéder au plus tôt à l’ensevelissement, mais le chef ne put décider personne à m’accompagner; à peine un de ses fils consentit-il à me servir de guide jusqu’à une cer-

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taine distance... Les heures que je passais à faire le fossoyeur sont encore présentes à mon esprit.

L’étude de la langue sessouto n’a pas été une des moindres difficultés que nous ayons rencontrées. Que de temps il nous a fallu pour arriver à saisir les préfixes : sefate, arbre; difate, des arbres; motho, homme; batho, des hommes, etc. !

Les claquements de langue de certains mots nous ont aussi donné pas mal de peine, mais pour apprendre à compter, quelle histoire ! J’ai bien mis deux ans avant de pouvoir dire quatre-vingt-dixneuf sans me tromper : Mashume a robileng mono o h tnong a metso o robileng mono o le mong ! (Dix dizaines dont il manque une dizaine, plus une dizaine dont il manque une unité.)

Grâce aux moyens de transport devenus si faciles, le pays a fait de grands progrès sous le rapport de la civilisation et du confort.

Néanmoins, les indigènes viennent encore à nous, comme aux premiers temps de la mission, un peu pour tout et même aussi pour rien.

L’un vient parler de son âme ou de rêves qui le troublent, tandis qu’un autre arrive avec de longues affaires de famille. D’autres viennent acheter

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une bible, un livre de cantiques ou un ouvrage d’école, dont chaque station a un dépôt se rattachant à celui de Morija, ou bien demandent une feuille de papier à lettre et une enfolopo, ou encore apportent leurs lettres pour la poste — car nous sommes de plus un peu des employés de la poste, pour les indigènes.

Tel autre arrive demander l’explication d’un verset de la Bible, tandis qu’un cavalier accourt pour savoir le quantième du mois : il y a une dispute dans son village à ce sujet...

Parfois un paroissien embarrassé veut m’emprunter de l’argent, mais bien inutilement, car la différence entre missionnaire et millionnaire est si grande !

Ranyeo, le père d’un tel, vient emprunter l’échelle, ou une forme à briques, ou une scie; ou bien encore, c’est un de ses amis qui désire vivement me vendre son avoine qu’il ne sait où garder; tandis que des enfants envoyés par leurs parents nous apportent des œufs à vendre ou une pastèque, ou des épis de maïs, en échange d’un peu de sel.

Puis il faut aller voir un malade, envoyer un

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peu de soupe ou de thé à certaine pauvre vieille, visiter tel paroissien qu’on ne voit plus à l’église.

On doit aussi visiter fréquemment les annexes soit pour diriger des constructions, ce qui n’est pas récréatif, soit encore pour inspecter les écoles ou

l’annexe de ditsueneng

visiter les congrégations qui s’y rattachent. Je ne vous parle pas des deux services que chaque missionnaire a à tenir chaque dimanche, suivis quelquefois, comme c’est le cas à Hermon, d’une école pour les bergers dans la soirée et où souvent ces messieurs arrivaient à cheval... sur des veaux !

Dans la semaine il y a deux classes de catéchumènes, et, le mercredi, une réunion d’explications bibliques.

Vous voyez que le missionnaire n’a pas beaucoup de temps pour étudier et pour entretenir sa correspondance avec les parents et amis d’Europe,

car, outre cela, il faut s’occuper de l’évangélisation des villages païens, avoir une fois par mois une réunion avec les évangélistes et anciens d’église pour s’entendre sur la marche de l’œuvre. Il y a encore à présider des services de mariage ou d’enterrement, etc.

Mais ce n’est pas tout : le missionnaire doit

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aussi penser à ses enfants, ne pas trop négliger ceux-ci pour ceux-là , et ne pas perdre de vue ce que dit si bien un écrivain aimé, le pasteur O. Füncke 1 :

« Ces enfants ! mais ils sont la part de ce règne de Dieu que votre Dieu lui-même vous assigne avant tout et qu’il vous met sur la conscience. »

La maman se charge le plus souvent de leur éducation, mais le papa doit aussi s’en occuper. Nos quatre aînés savent lire plus ou moins bien et un peu écrire ; mais vous n’imaginez pas combien de patience et de volonté il a fallu à l’institutrice pour obtenir ce résultat.

Outre le ménage, dans les soins duquel des filles bassoutos l’aident de leur mieux, le vêtement et l’éducation de son petit monde, la femme du missionnaire a encore d’autres tâches. Par exemple à Hermon, il y a, entre les deux cultes, une petite école du dimanche qu’elle dirige ; de plus, chaque mois, Jujfrouw, mot hollandais qu’on prononce Jefrau , par lequel les Bassoutos désignent l’épouse du missionnaire, préside une réunion spéciale

x. Aux parents , traduction de A. Schroëder.

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pour les mères de famille ; chaque jeudi, il y a aussi une leçon de tricot; la couture étant dans nos pa-

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