ZOULOU
à payer cinq têtes de bétail pour avoir empêché la pluie de tomber !
J’ai probablement moi-même échappé de bien
Au Sud de ï’ Afrique.
peu à une condamnation pareille, car, chose grave, j’avais peint sur un rocher, près d’un sentier, les mots Molimo o lerato , « Dieu est amour », ce qui, au dire des païens des alentours, produisit une sécheresse persistante que la pluie vint heureusement terminer avant une accusation publique.
Les affaires se règlent ordinairement en pitso, le « Kabary » des Malgaches, assemblée de tous les hommes d’un district ou de toute la tribu, selon l’importance des questions à traiter.
Les principaux chefs jouissent du droit de convoquer des matséma, c’est-à-dire d’appeler en corvée les hommes pour labourer et sarcler leurs champs gratis.
Les Bassoutos ne sont pas des travailleurs acharnés, et l’on peut dire, sans leur faire tort, que les mots « travailler comme un nègre » n’ont pas été spécialement dits à cause d’eux; cependant ils ne ressemblent pas tout à fait aux Tartares, dont un voyageur disait dernièrement « qu’ils possèdent à fond l’art de ne rien faire ».
Les hommes d’un village, tant chrétiens que païens, n’étant pas pris par les travaux des champs, se tiennent le plus souvent au Khotla. C’est un
MASOLÉ ET SON « SESSIOU »
enclos de pierres ou de roseaux, qui correspond un peu au forum des anciennes villes romaines. C’est là qu’on rend la justice, qu’on arrange des mariages et qu’on bavarde à l’infini.
Dans d’autres moments, des païens y fument du chanvre, qui enivre un peu comme l’opium, ou bien y font leur méridienne; les gens adroits y vont coudre un pantalon de peau de bœuf ou une paire de chaussures appelées velschoen par les Boers.
En automne, chacun se fabrique des sessions, sortes de grands paniers d’herbes dans lesquels on garde le grain.
Enfin, c’est encore au Khotla que bien souvent l’on s’enfonce .dans un paganisme dont la parole de Dieu avait ailleurs démontré la laideur et l’insuffisance.
Les chefs et leurs conseillers qui y trônent sont les grands soutiens des coutumes païennes, qui sanctionnent leur polygamie et président à leurs fêtes bruyantes. Ce sont eux aussi les meilleurs clients du ngaka, médecin sorcier dont nous parlons ailleurs, et pour lequel, comme pour ses collègues du Japon, « le cas le plus grave en médecine
UN « PITSO » CHEZ LE CHEF LEROTHODI
Au Sud de V Afrique.
est, d’après un aimable écrivain1, celui où le malade n’a pas d’argent. »
Le paganisme actuel est certainement en décadence; il se transforme, devient pire peut-être h bien des égards ; néanmoins beaucoup de païens nous sont favorables, envoient leurs enfants à l’école, viennent à l’église et répéteraient volontiers ces mots de l’un d’eux à un de nos amis : Ke moedene oa Fora ! je suis un païen des Français, autrement dit : J’aime les missionnaires français et, sans suivre leurs enseignements, j’approuve ce qu’ils disent.
Les Bassoutos, comme l’ont constaté les premiers missionnaires, sont simples, vifs, communicatifs et possèdent une sorte de tact qui ne les abandonne jamais.
L’aménité de leur caractère rend l’évangélisation plus aisée dans leur pays que dans bien d’autres contrées plus civilisées. Les chefs qui nous témoignent ouvertement de l’hostilité et refusent de nous recevoir sont rares.
Bien souvent j’ai fait, pour ma part, l’expérience
i. J. Petit-Senn.
fj
'i'ti