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PLAINE DU LESSOUTO : « LES CHEMINS SONT SECS

Iéé

Au Sud de V Afrique.

D’autres fois les remarques sont moins poétiques; ainsi une grande paresseuse de notre voisinage s’écriait un jour d’un air de martyr : « Si je

n’avais ni mains ni pieds, comme je pourrais être tranquille sans qu’on y trouve à redire ! »

En revanche, notre ami le missionnaire Dieterlen disait un dimanche à la vieille Madichaba : Comment as-tu pu venir «à l’église, toi qui ne peux

De l’esprit des Bassoutos.

pas marcher? Elle mit la main sur son cœur et lui répondit : « Mes pieds sont là ! »

Les Bassoutos s’amusent aussi à faire des devinettes ; elles aident à passer un temps qu’on pourrait après tout plus mal employer :

— Deux princes qui n’arrivent jamais à se dépasser de deux pas ? — Les pieds.

— Des petits Bushmen qui mordent un homme, et celui-ci enfle ? — Des abeilles.

— Qui est-ce qui sort de la forêt pour se jeter dans un précipice ? — La rivière.

— Les pierres de mon père que lui seul peut compter? — Les étoiles.

— Qui est-ce qui appelle tout le monde aux réunions et n’y va jamais ? — La cloche.

Les proverbes bassoutos témoignent aussi d’une intelligence qui observe et réfléchit : les missionnaires Dieterlen et Jacottet ont réuni des centaines de ceux-ci. En voici quelques-uns comme échantillons :

— Le soleil fait sortir le crocrodile de l’eau. (Chez nous, c’est la faim qui fait sortir le loup du bois )

— Le singe ne voit pas la bosse qu’il a sur le front.

— Il n’y a pas de cheval qui ne bronche.

Au Sud de l’Afrique.

— La mort est dans les plis de notre vêtement.

— Le messager n’a pas de faute.

— La sueur du chien ne fait que mouiller ses poils. (C’est-à-dire ne lui sert de rien.)

— Deux chiens viennent à bout d’un chacal. (L’union fait la force.)

— Le potier cuit sa nourriture dans un vieux pot cassé. (Pour nous, le cordonnier est le plus mal chaussé.)

— Le tombeau du bœuf, c’est l’homme.

Les contes sont aussi très nombreux et souvent très amusants. Un de nos Bassoutos instruits en a même réuni un certain nombre, qui ont été imprimés à Morija, en sessouto, cela va sans dire. Heureusement qu’un livre récemment paru en français1 contient bon nombre de ces contes, ce qui me permet d’y faire un petit emprunt à votre intention.

« Jadis, il y eut une grande disette d’eau. Après bien des recherches, les animaux des champs trouvèrent une source qu’ils réussirent à creuser après beaucoup de peine.

« Comme le chacal n’avait pas voulu les aider

i. Contes populaires des Bassoutos, recueillis et traduits par E. Jacottet.

De V esprit des Bassoutos.

dans le travail, il fut décidé que celui-ci n’approcherait pas de la source, et le lapin fut chargé de monter la garde.

« QUI EST-CE QUI APPELLE TOUT LE MONDE AUX RÉUNIONS ET N’Y VA JAMAIS ? »

« Le chacal ne tarda pas à arriver et salua très amicalement le lapin, puis tout tranquillement tira

Au Sud de V Afrique.

de son petit sac des rayons de miel, qu’il se mit à manger. Le lapin « par l’odeur alléché, lui tint à peu « près ce langage » : Donne-m’en un peu ? Le chacal qui n’était pas bête lui en donna un peu, mais si peu, que le lapin mis en goût lui en demanda davantage. Le chacal lui dit alors: Je t’en donnerai encore volontiers, mon ami, si tu veux bien me permettre de t’attacher un peu les pattes. Le lapin, qui n’avait vraiment aucune idée du sentiment du devoir, se laissa faire, et vous devinez que le chacal alla boire à la source autant qu’il voulut.

« Vers le soir, les animaux revinrent et ne ménagèrent pas les gronderies au lapin gourmand.

« Le lièvre fut chargé de veiller sur la source le lendemain, et se conduisit exactement comme le lapin, son cousin.

« La tortue fut placée en sentinelle le jour suivant et agit tout différemment. Elle ne répondit rien aux amabilités ni aux menaces du chacal; rien ne put l’ébranler, pas plus le miel que les coups de pied. »

La fidélité... Voilà ce qu’il faut aux chrétiens, noirs ou blancs; savoir résister aux flatteries, aux

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moqueries, comme aux menaces ; rester fidèle à la devise que l’éminent homme d’Etat et écrivain Jules Simon traçait récemment d’une main mourante :

Dieu, Patrie. Liberté.

Un livre pour cinq Étudiants

Vous vous demandez probablement ce que peuvent bien faire les cinq personnages du dessin ciaprès, étendus à terre d’une manière si peu gracieuse. Je vais tout de suite vous tirer d’embarras.

Eh bien, ces cinq messieurs étudient un cantique favori, mais comme il n’y en a qu’un qui a le privilège de posséder un livre de cantiques, ils se sont installés de manière que chacun puisse en avoir sa part.

Si vous pouviez vous asseoir près deux, au lieu de ne voir que leur portrait en pied, vous entendriez qu’ils étudient sérieusement, chantant seulement les notes jusqu’à ce que l’air leur soit connu.

Mais vous pourriez plus facilement être fatigués de les entendre qu’eux de chanter. C’est pour eux

Au Sud de l’Afrique.

un délice presque égal à un bon plat de viande grillée...

Je me souviens d’un jeune garçon qui disait, en entendant un air de cantique qui lui plaisait : « Il y a de la graisse de viande dedans ! »

Rien ne dépasse un tel éloge, pour un Mossouto, bien entendu.

Les livres de cantiques avec musique coûtent 7 fr. 50 c. ; c’est un peu cher et c’est là une somme difficile à trouver pour nos chrétiens ; aussi ceux qui peuvent se procurer ce livre tant désiré, trouvent-ils très facilement des amis qui se joignent à eux pour étudier les cantiques, même les plus difficiles.

Vous seriez très certainement bien -étonnés de voir comment nos braves Bassoutos arrivent à apprendre ces cantiques; plusieurs sont, je suis sûr, sur les airs de vos cantiques préférés. Vous pouvez en juger par les exemples suivants, dont les paroles sont presque traduites mot pour mot du français :

Thlong, re éeng, a re éeng ka monyaka...

(Avançons-nous joyeux, toujours joyeux...)

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