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WEPENER, ARC DE TRIOMPHE DRESSÉ POUR LE PRÉSIDENT DE L’ÉTAT LIBRE

Au Sud de l’Afrique.

se tenait le président, auquel j’ai eu l’avantage d’être présenté par le « Landdrost » ou maire de Wepener 1.

Moyela Letsié, chef de la plus grande partie de mon district, était aussi présent avec un bon nombre de ses hommes; il était venu saluer le président, qui s’est entretenu un bon moment avec lui, ce dont le chef était tout glorieux. Moyela portait son beau costume doré sur toutes les coutures, qui lui donne l’air d’un amiral péruvien !

Outre les six ou sept cents Boers, soldats d’un jour, il y avait l’armée régulière venue de la capitale, qui se compose d’abord d’un capitaine en beau costume lui aussi, avec un casque à pointe et un grand sabre, puis encore d’une vingtaine d’artilleurs et de deux vraies pièces de canon... Il n’y a pas à dire, une armée a bien meilleure tournure avec un peu d’artillerie !

A un moment donné, les Boers se sont divisés en deux bandes ennemies, qui ont fait la petite guerre avec force galopades et coups de fusils, tirés

i. M. Reitz, qui a dû se retirer des affaires, a été remplacé dernièrement par M. Steyn, qui comme son prédécesseur s’est montré fort aimable envers nous et sympathique à notre oeuvre missionnaire.

Une fête nationale.

à poudre, bien entendu. Les canons semblaient assez impartiaux, bornant, j’imagine, leur gloire à dominer le tintamarre des guerroyeurs.

UNE BOERINE

Mais ne vous attendez pas, je vous prie, à ce que je vous décrive en détail cette petite guerre, car bien qu’ancien troupier, je ne suis pas fort du tout

Au Sud de V Afrique.

sur la tactique militaire, et la stratégie me laisse froid. Ceux qui voudraient en savoir plus long làdessus n’ont qu’à chercher dans le Friend of the Free State1 ou dans De Express, les deux journaux anglo-boers publiés à Bloemfontein.

A la nuit tombante, les deux papas, M. Keet et moi, sortirent, suivis de leurs garçons, pour aller voir les « humiliations », comme disait une bonne alsacienne, que nous avions dans ma jeunesse, lorsqu’elle voulait parler des illuminations.

Il y eut une sorte de marche aux flambeaux à laquelle il ne manquait que la Marseillaise ou quelque chose pour la remplacer.

Vers 8 heures, le feu d’artifice commença avec accompagnement de cris d’enthousiasme et de frayeur.

Enfin un peu de musique se fit entendre, mais accompagnée d’une grosse caisse qui me parut bien grande pour un si petit pays; puis, vers io heures et demie, « chacun s’en fut coucher ».

Ce n’est pas pour vous distraire, croyez-le bien, que je vous raconte tout ceci, mais bien plutôt pour

i. L’Ami de l’État libre.

Une fête nationale.

intéresser vos coeurs à des frères et soeurs inconnus.

Les Boers du sud de l’Afrique descendent en partie des huguenots chassés de France lors de la révocation de l’édit de Nantes. Parmi ceux de l’État libre d’Orange1, il arrive fréquemment de rencontrer des Dutoit, Leroux, Marais, Faure, de Villiers, Hugo, Malan, Duplessis, etc., ce qui nous vaut parfois de leur part une certaine sympathie à cause de notre double qualité de Français et de huguenot.

Les Boers sont, en général, fort attachés à leur Eglise, pour laquelle ils savent s’imposer de grands sacrifices; celle-ci est sœur de la nôtre, puisqu’elle est l’Eglise réformée hollandaise.

L’État dit Oranje Vrij Staat compte, d’après le dernier recensement, 207,503 habitants, dont 77,716 blancs, parmi lesquels l’Église réformée a 68,940 membres.

Les Boers sont, pour la plupart, fermiers; l’éle-

1. Notons en passant que ce nom d’Orange donné par les premiers colons à leur pays, pour honorer la maison princière de Hollande, vient luimême de la principauté d’Orange, dans le département de Vaucluse, qui relevait de la maison d’Orange.

Au Sud de l’Afrique.

vage du bétail constitue leur grande richesse. Pensez ! il y a près de six millions de moutons dans ce pays, dont on évalue la superficie à la cinquième partie de la France !

La civilisation fait des progrès dans cette petite république. Pendant longtemps les Boers ne voulaient pas de chemin de fer, le wagon à bœufs leur semblant la plus noble conquête de l’homme ; aujourd’hui Bloemfontein, la capitale, est reliée à la colonie du Cap par une ligne de chemin de fer construite par une compagnie anglaise; et d’autres sont encore à l’étude, l’une entre autres qui rattacherait Wepener à Bloemfontein et pour laquelle, cela va sans dire, nous faisons les meilleurs vœux !

Ces dernières années, on a bâti des ponts; un qui vient d’être terminé près d’ici, sur le Calédon, coûte à l’Etat la jolie somme de 825,000 fr.

Les écoles sont nombreuses, bien installées et bien dirigées..., mais pour les enfants blancs seulement.

Le point faible, c’est de constater combien peu les Boers comprennent leur devoir vis-à-vis des indigènes, qui forment, après tout, la grande majorité de la population de l’État.

Une fête nationale.

La plupart des pasteurs s’occupent avec zèle des noirs habitants des « locations », endroits où sont parqués les indigènes demeurant près des villes;

plusieurs de leurs paroissiens les secondent auprès des noirs établis sur leurs fermes, mais combien de Boers qui ne savent traiter ceux-ci que de « Schepsels », créature sans âme !

LES ABORDS DE l’ÉGLISE PROTESTAS

ijRÉTORIA UN JOUR DE COMMUNION

Au Sud de V Afrique.

Les noirs ne jouissent d’aucun des privilèges des citoyens blancs, ne sont pas électeurs, ne peuvent pas posséder un lopin de terre, n’ont pas d’école, cependant ils paient de très nombreuses taxes et surtaxes.

La devise des Boers de l’État libre est : Geduld en Moed (patience et courage), mais eux, comme nous aussi du reste, ont besoin de se souvenir qu’il y a quelque chose de plus fort que ces deux vertus: c’est l’amour, l’amour immense et sublime qui, comme le dit quelque part Chateaubriand, « fait du chrétien de la Chine un ami du chrétien de la France » et, chose tout aussi étonnante, du nègre méprisé et dédaigné un frère du blanc instruit et honoré.

Un portrait

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