‹ Au sud de l'AgriqueChapitre 71 sur 82 · M. PAUL KRÜGER · texte numérisé non relu

M. PAUL KRÜGER

Au Sud de l’Afrique.

les noirs. Ceux-ci, les anciens maitres du pays et de beaucoup les plus nombreux, n’y sont tolérés qu’en qualité de serviteurs ou de manœuvres.

C’est toujours, pour les indigènes, la mise en action de la fable de La Fontaine, La Lice et sa Compagne :

Laissez-leur prendre un pied chez vous,

Ils en auront bientôt pris quatre.

L’élevage du bétail et la culture des céréales s’étant fort développés, puis les mines d’or et d’argent, répandues dans toute la contrée, ayant amené de grandes richesses, le Transvaal dont la devise est : Eendragt maakt magt , «l’union fait la force»,

— l’union sans doute des blancs contre les noirs,

— arrondit aisément son territoire, plus grand déjà que l’Italie, et traite d’insurgés et de rebelles les tribus indigènes qui ne tiennent à être ni protégées, ni annexées par le susdit Etat.

La République Sud-Africaine, comme sa cadette la République de l’Orange, compte de fort nombreux protestants aimant leurs églises, qu’ils fréquentent assidûment, surtout les jours de nachtmaal , jours de communion. Ils sont bien la preuve

Un portrait.

qu’on peut être même protestant et arriver à négliger le premier devoir du chrétien : l’amour pour les pauvres et les petits.

Bien des sociétés de missions anglaises, allemandes, etc., sans oublier nos amis de la mission de la Suisse romande, travaillent dans ce pays, tandis que l’Etat ne fait absolument rien pour les indigènes. Ces derniers n’ont pas plus d’état que de droits civils, ne peuvent posséder en propre une bande de terrain, n’ont pas d’école, ne peuvent même pas entrer dans une église de Boers, pas un timbre-poste seulement marcher sur les trottoirs des rues de Prétoria, la capitale du Transvaal! En retour, les noirs paient des impôts de. toutes sortes, sans parler de nombreuses corvées et de vexations sans fin et ont facilement droit à la prison et au fouet !...

Pour Vespasien l’argent n’avait pas d’odeur; pour les Boers il n’a pas de couleur...

L’injustice des blancs envers la race noire devrait nous faire aimer cette dernière bien plus et bien

Au Sud de V Afrique.

mieux que nous ne le faisons, en vertu des mots gravés sur le socle d’une statue 3e la ville de Nantes et qui viennent en droite ligne de l’Evangile : « Aux plus déshérités , le plus d’amour ! » Les préférés du Christ, sachons-le bien, ce sont les pauvres, les lépreux de corps ou d’âme, et les méprisés de toutes couleurs et de toutes races : blancs, noirs, jaunes ou rouges !

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