Au sujet de l'évolution des infections expérimentales des petits Rongeurs
Au sujet de l’évolution des infections expérimentales des petits Rongeurs par Leishmania tropica
Par A. LAVERAN.
À plusieurs reprises j ai attiré l'attention de la Société sur la fréquence des accidents locaux chez les souris, et chez d’autres petits Rongeurs, qui ont été inoculés, dans le péritoine ou dans le tissu conjonctif sous-cutané, avec Leishmania tropica, sous la forme aflagellée ou sous la forme flagellée (cultures); j'ai insisté en particulier sur la fréquence, chez ces animaux, des tumeurs que J'ai appelées testiculaires, parce qu’elles englobent le plus souvent les testicules.
Les recherches faites par le D' Bouizziez à Fort-Archambault (1) confirment les miennes sur beaucoup de points; je désire présenter quelques remarques au sujet de l’évolution que notre collègue attribue, sous une forme d'ailleurs dubitative, à l'infection produite par L. tropica chez les petits Rongeurs utilisés pour ses recherches.
M. Bourzu1ez suppose qu'il se produit d’abord, chez ceux de ces animaux qui sont inoculés dans le péritoine, une infection générale et que les localisations à la périphérie du corps sont secondaires ; ces localisations pourraient continuer à se développer alors que l'infection viscérale entrerait en résolution.
Si cette opinion sur l’évolution de l'infection était exacte pour tous les petits Rongeurs, 1l paraît évident que, chez les animaux sacrifiés de bonne heure après l'inoculation, on devrait
(1) M. Bouurez. Rech. expérim. sur Leishmantia tropica, Bullelin de notre Soctété, t. X, p. 66.
SÉANCE DU 14 FÉVRIER 1917 (Eu
trouver une infection viscérale sans lésions périphériques, et que, chez les animaux sacrifiés tardivement, les lésions périphériques devraient être beaucoup plus marquées que les altérations viscérales, lesquelles pourraient faire complètement défaut. Or dans les recherches, déjà nombreuses, que j'ai faites sur des souris, j'ai observé exactement le contraire : chez les souris sacrifiées de bonne heure, après inoculation intra-péritonéale, je n'ai trouvé que des lésions locales (tumeur testiculaire), et c'est chez les souris sacrifiées tardivement ou ayant succombé à la leishmaniose, que j'ai observé les infections généralisées les mieux caractérisées.
L'expérience suivante me paraît très probante au sujet de l’évolution de l'infection produite par L. tropica chez les souris, et je pourrais citer beaucoup de faits qui témoigneraient dans le même sens.
Deux souris blanches, adultes, sont inoculées à 3 reprises, les 17 et 25 mars et le 11 avril 1916, dans le péritoine, avec des cultures de ZL. tropica. Le 19 avril, il existe chez les 2 souris des indurations de la région testiculaire. Le 21 avril, des ponctions faites au niveau des indurations donnent des Leishmania très nombreuses chez l’une des souris (n° 1), non rares chez l’autre (n° 2). Chez les 2 souris, les tumeurs testiculaires continuent à se développer.
La souris n° 1 est sacrifiée le 27 avril ; elle pèse 26 g.; la rate pèse 30 cg. On trouve des Leishmania nombreuses dans les 2 testicules, très nombreuses dans le tissu conjonctif voisin qui est épaissi et induré. Les frottis du foie, de la rate et de la moelle osseuse ne montrent aucune Leishmania.
La souris n° 2 est sacrifiée le 27 mai 1916 ; elle pèse 28 g. ; la rate très fortement hypertrophiée pèse 52 cg. La tumeur testiculaire a le volume d’une noisette, elle englobe les 2 testicules quisont méconnaissables. Leishmania en très grand nombre dans les frottis obtenus avec différents lambeaux de la tumeur. Leishmania non rares dans le foie ; très rares dans la rate ; un frottis de moelle osseuse ne montre pas de Leishmania.
De ces 2 souris, inoculées dans les mêmes conditions et ayant montré, 34 jours après la première inoculation, des tumeurs testiculaires bien caractérisées, l’une, sacrifiée 4r jours après la première inoculation, avait une infection bien localisée, l’autre, sacrifiée au bout de 7r jours, avait une infection généralisée.
Personne, je pense, n’admettra que la souris n° 1 avait eu déjà une infection générale, terminée par guérison, alors que, un mois plus tard, la souris n° 2 présentait une infection générale encore peu avancée.
M. Bouiurez cite des faits qui tendent à prouver que l'infec-