COLLABORATION DU PRATICIEN ET DE L'HISTOLOGISTE ° F
Un diagnostic histologique est affaire de spécialiste, il s'agit d’une véritable consultation médicale. L'histologie peut, à cet égard, être comparée à a radiologie ; comme elle,-elte a ses procédés d’investigation particuliers’ et ses données doivent être interprétées. « L'examen d'une biopsie comporte un histo-diagnostic tout comme les examens radioscopiques et radiographiques comportent un radiodiagnostie » (Rubens-Duval).
C'est donc à un médecin, que l’on doit envoyer les
pièces destinées à être examinées, et à un médecin spécialiste. Et ici, nous mettons le praticien en garde contre nombre de soi-disant laboratoires qui poussent un peu partout dans les grandes villes, officines où opèrent de pseudo-spécialistes, chimistes, pharmaciens, bactériologistes, tous plus ou moins pourvus de diplômes variés, entreprises commerciales et qui n'ont trop souvent de scientifique que le nom. Il ne suffit pas d’avoir un microtome pour être histologiste. L’histologie pathologique est une science encore à ses débuts, des acquisitions nouvelles se font chaque jour, de nombreux points restent encore à élucider, et, seul, un médecin pourvu de connaissances cliniques étendues, ayant derrière lui un long passé d’études, de recherches et une grande pratique de cette spécialité, peut être à même de résoudre ou tout au moins d'étudier avec fruit, les problèmes parfois très difficiles que peut poser l'examen microscopique de certaines lésions. Très souvent l'histologiste aura à faire appel à ses connaissances en pathologie générale ou à ses souvenirs cliniques. Comment pourrait-il interpréter, par exemple, certaines tumeurs des os, s'il ne sait pas que certaines tumeurs du sein, du corps __ thyroïde, du rein, donnent souvent des métastases -dans le squelette. Il y a plus : il arrive parfois que ce soit Fhistologiste qui mette sur la piste d'une affection primitive qui était restée jusqu'alors insoupçonnée. Leroux (r) a rapporté récemment Fob-
LA - (r) In Journal Médical Français, novembre 1922.
servalion suivante : une volumineuse lumeur de la jambe a détruit le tiers supérieur du tibia d’un malade ; le premier diagnostie porté fut celui d'ostéosarcome, mais l'examen histologique révéla lexistence d’une tumeur épithéliale à celluies claires qui ne pouvait être évidemment que secondaire. La ressemblance morphologique des éléments nécplasiques et des cellules d’un épithélioma rénal étaient frappantes : un examen clinique plus complet permit alors de découvrir dans le flanc gauche | du malade la tumeur rénale primitive qui étañt restée jusque-là méconnue. É
L'histologiste est done bien comme un radiologiste, un médecin consultant appelé à apporter ses lumières spéciales sur certains cas douteux. C'est donc à la fois l'intérêt du médecin traitant et du inalade de choisir pour cette consultation quelqu'un de compétlent. :
Mais puisqu'il s'agit d'une consultation, il est bien évident que le médecin consultant doit êire informé de tout ce qui concerne le cas sur lequel il est appelé à se prononcer. Bien qu'il en soit capable, comme le montre l'observation que nous venons de citer, « un histologiste à mieux à faire que de trouver des devinettes » (Rubens-Duval). Le médecin trailant devra donc fournir au spécialiste ous renseignements utiles, observations complètes du malade, et même, si cela est possible, inviter à assister au prélèvement, de même qu'un médecin assiste à l'opération d’un de ses malades. 1 ne
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faut pas être négligent, ou méfiant, vouloir éprouver la science du collaborateur que l’on a choisi, ou - craindre d'influencer son diagnostic. Si le praticien envoie simplement un fragment biopsique au laboratoire avec ce seul renseignement : « pièce à exaiiner », Comme cela arrive encore trop souvent, il recevra une réponse bornée aux constatations de fait, qu'il sera peut-être dans l'impossibilité d'interpréter lui-même.
INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS Ce serait le plus sûr moyen de discrédiler la biopsie et de diminuer sa valeur réelle que d'en attendre plus qu’elle ne peut donner et de lui demander dans tous les cas une réponse catégorique. Dans les mains de l’histologiste, un microscope n’est pas une machine à faire des diagnostics !
Certes, dans Ja grande majorité des cas, le diagnostic de cancer établi par la biopsie est un dyagnostic ferme et non un diagnostic de probabilité il y a ou il n’y a pas cancer. Mais il faut prendre gardé ; si l’histologiste dit : pas de cancer ; qu'en conclure ? Simplement ceci : l’histologiste n’a pas vu de cellules cancéreuses sur les coupes qu'il a examinées : mais il ne s'ensuit nullement que le malade n’est pas atteint de cancer. Sans que l’on puisse dire que le prélèvement ait été mal fait, il a pu por: tér sur des parties encore indemnes du cancer ; nous avons vu, à propos des tumeurs du rectum et du
sein, combien il était difficile, et même impossible, . de faire une détermination clinique du pointd'origine d’un processus malin ; il peut en être de même : pour toutes les tumeurs ; aussi, en cas de doute, il faut multiplier les examens et s’en rapporter plutôt à la clinique qu’au laboratoire, la temporisation pouvant, en Cas de cancer, être désastreuse.
D’autres fois, beaucoup plus rarement, il est vrai, il peut arriver que l’histologiste ne donne pas de réponse catégorique ; certaines lésions sont très difficiles à interpréter, il y a encore des points fcrt obscurs en histo-pathologie. La phase du pré-cancer est encore absolument inexplorée ; il a été démontré, à propos du cancer du goudron, qu’à un certain moment de son évolution, une tumeur histologiquement bénigne donne par greffe un cancer : donc à ce stade de l'évolution lhistologie se trouve en défaut et peut répondre tumeur bénigne alors que déjà le processus cancéreux est latent. Certains éléments histologiques peuvent, il est vrai, faire pencher le diagnostic dans un sens ou dans l’autre, il ne s’agit plus alors de certitude, mais de présomplions, parfois même seulement d'impression. La
Dans d’autres cas, l'histologiste pourra hésiter entre plusieurs diagnostics ; les réactions inflammatoires peuvent masquer de rares éléments cancéreux. L'observation n° I montre bien que même un histo-
logiste averti peut se tromper sur la nature d’une néoformation.
Enfin, certaines affections rares des tissus lym-
phoïdes ou conjonctivo-vasculaires sont encore très mal connues et n’ont pas encore trouvé de place bien définie dans la nosologie.
Dans tous les cas, chaque fois que le doute subsisle, c'est à la clinique que reste fa parole ; c’est elle qui dictera au praticien la conduite qu'il doit suivre, et si, tout bien considéré, il ne peut conclure, il se rappellera qu'en matière de cancer, il vaut mieux se tromper en trop qu'en pas assez.
Les réserves que nous avons cru bon de formuler sur l'emploi parfois inconsidéré de la biopsie en pratique médico chirurgicale n’enlèvent rien à la valeur et à l'élégance du procédé ; Mais nous avons voulu montrer par ces considérations sur la biopsie la place que doit tenir, selon nous, cette méthode dans l’ensemble des moyens d'exploration qui nous permettent d'établir un diagnostic, et nous avons cherché à montrer que l'acte biopsique lorsqu'il est légitime ne doit pas être le premier maillon de la chaîne qui nous conduit au but, mais bien ïe dernier : quand on veut faire un diagnostic de pleurésie, il faut percuter et ausculter le malade, avant de l'envoyer à la radioscopie. Un examen clinique minutieux, méthodique, est et restera la base de toute la science diagnostique.