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20 marées st SR DE AE LA
les paniers sont promptement allégés, les estomacs visiblement lestés. Il est rare qu'une joyeuse bande de Canadiens s’embête mème dans les cas les moins réjouissants. Aussi en très peu de temps on
allume un grand feu de joie autour du- |
quel on fait cercle. C'est le temps de chanter, de conter des histoires. Les meilleurs gosiers s’en donnent gaiement, Pour se moquer de la Minerve qui persiste à ne pas arriver, on chante :
Il était un vaisseau
Le plus beau des vaisseaux
Qui n'avait qu'un défaut
C'était de s'arrêter sur l'eau
Lai tou tra la la la !
Lai tou tra lalala!!
Dix heures sonnent. C’est le temps de la priere. La caravane est convoquée sur le quai. Personne ne manque à l'appel. Mgr Lorrain récite la prière en anglais et en français, et tous répondent pièusement, Nous sommes là de tous les rangs, confondus dans un même sentiment, une iaôme inspiration, Nous demandons à Dieu sa protection et pour nous et pour ceux qui nous sont chers. La prière dite, nous gitones un peu partout, Une vingtaine de sacs de farine sont entassés dans le hangar : c'est là que nos évêques vont aller se reposer. Je w'installe sur le quai, au bruit des flots qui y clapotent doucement, avec uu rondin pour oreilier, n'ayant qu’une simple cuuverture,les yeux fixés sur la grandeourse, jusqu’à ce que, de guerre lasse, il me faille roupiller.
Peu à peu les feux de la cambuse s’éteignent faute d’aliment, la dernière lanterne ne jette plus que quelques lueurs, la seule lumière qui nous reste tombe de la voûte étoilée, le silence se fait partout, les dormeurs ronflent à leur aise. Mais
minuit sonne à peine que ce silence est | troublé par le cri strident d’un bateau. Il
n'yapas à se tromper, Au milieu des ténèbres se dessine bientôt la forme allongée de la Minere qui s’avance clopin clopant vers nous. On dirait un oiseau blessé sous l'aile par un chasseur,
ue.
ment. Une des palettes de sa roue s’est brisée sur un rocher, ce qui imprime au bateau un mouvement saccadé, désayréable : de la la cause de son retard.
Eu moins de temps qu'on ne pourrait le croire, les dormeurs sont éveillés, sur pied, installés même au bateau. leur baga-
| La Minerve à ét5 en effet atteinte griève-
ge compris. Aux évèques et aux dames les cabines et à d’humbles mortels comme moi un matelas sur le plancher pour lit.
Cela vaut encore mieux que les pièces noueuses du quai. Mon voisin immédiat l'est le P.Gendreau et à nos piéds ronflent une demi-douzaine de squaws pendant qu’un bébé quelconque rafraichit nos souvenirs d'enfance. Mais nous sommes si las
que le sommeil ne tarde pas à s'emparer de nous.
—-Lève! lève! crie M. Loughrin à cinq heures du matin. (C’est une heure un peu matinale, aui n’est pas dans mes habitudes, mais on ne vient pas tous les jours au Témiskaming. Donc me voilà sur pied faisant l'inspection du bateau et contemplant la grande nature qui nous environne.
Le panorama est aussi varié que granose Ici une succession de montagnes | qui paraissent grimper l’une sur l’autre.
Là des mamelons aux formes les plus arrondies laissant voir d'énormes rochers dénudés. Aux pieds, des vallons sur lesquels le pin, le sapin, l’épinette, le cèdre, le bouleau, le tremble marient leur feuillage sombre, En plein lac, des ‘’ots rocheux qu’'ombragent quelques arbres élancés. Sur nos têtes des volées de goëlands et de canards qui entreprennent sans doute nn voyage de long cours. Dans des éclaircies, sur les bords du lac, quelques cabanes (log houses) de hardis défricheurs qui, dans leur parfait isolement, ne doivent guère se soucier de ce qui se passe sur la machine ronde.
La Minerve n'est pas le premier ui le seul vapeur qui sillonne les eaux du lae, Mon ami M. Olivier Latour, d'Ottawa, qui a été l'un des pionniers du
Pa
commerce de bois dans cette région, fut le premier à y introduire la navigation à vapeur. M. Lumsden, aussi d'Ottawa, est actuellement le propriétaire de l’Argo, un joli gros bateau qui marche irrégulièrement, quand il est nolisé Pour être venue la dernière, la Minerve les éclipse tous. Elle a été construite l'hiver dernier seulement, sous la direction de son capitaine, M. Morin, un vrai
| marin, initié depuis longtemps à tous les secrets du lac. Sa coque qui ne compte pas moins de 104 pieds de longueur, est l'élégance même, On doit ajouter une nouvelle rangée de cabines sur le pont, mais pour en profiter il faudra revenir l’an prechain.
La Minerve est un fin marcheur, 12 à 15 milles à l'heure, Son vée est toujours un événement dans
arricolonie. Ilest rare qu’elle n’amène pas quelques voyageurs, colons ou touristes, €t une fois par semaine elle fait le service de la poste. Si vous saviez avec quelle impatience sont accueillis lettres | et journaux ! Une
fois par semaine, | ce n'est pas assez, on en conviendra. | Aussi le département des postes cèderait à un vœu général en doublant au moins!
le service. En hiver, c'est différent, la | malle devant être transportée en traîneaux | ou à la raquette, cela coûterait trop cher.
Au reste, la période de la navigation est le | temps des affaires,de l’activité, D ‘ja même on prépare l’pprovisionnement de l'hiver. | Vous pouvez facilement le deviner par le nombre considérable de barils de lard et | de sacs de fleur qui prennent la route du | lac.
Les pionniers du Témiskaining méritent fasse
assez de la patrie pour que l'on
même des sacrifices pour eux.
Nous venons de saluer la pointe à lu barbe, ainsi nommée parce que les anciens voyageurs avaient l'habitude de s'y raser, de faire toilette avant d'aborder le fort. | Le sifflet de la Miner» crie avec per- |
qui répand la lumière.”
C'est que nous allons bientôt nous trouver en
sistance. Il est près de neuf heures.
face du fort et de ia mission qui fait vis-àvis, au retrécissement que l'on appelle les narrows, Si vous voulez parler sauvage, vous direz opatchionnang, ce qui signifie détroit. La mission est située du côté d'Ontario et le fort ou poste de la Compagnie de la baie d'Hudson dans Québec. Mais à distance on pourrait croire que le lac est complètement fermé à cet endroit et que ces habitations ne forment qu'une chaîne continue. Cet effet de mirage se reproduit sur maints autres points.
Les deux rives sont couvertes de tentes blanches qui sont remplies d'Indiens, de squaws et de papooses. Pourquoi ce concours extraordinaire des enfants des bois qui sont venus d’un peu partout, de la tête du lac, fe Kipawa, de Mattawan, de Matawagaman? C’est qu'ils célèbrent aujourd’hui leur grande fête annuelle, leur Saint-Jean-Baptiste à eux. Ils sont moins nombreux cependant que d’ordinaire. On remarque, par exemple, l'ab-
sence des Indiens d’Abbitibi, &'Albany, | ete.
L'eau est tellement profonde que nous pouvons atterrir sans le secours d’une embarcation. Il suftit de jeter la passerelle
sur la grève. Déja la cloche de la
mission jette dans les airs ses notes argentines, les Indiens groupés sous les
arbres font entendre une mousquetade
| retentissante ; ils viennent saluer le grand
Homme de la Prière depuis si longtemps attendu, Mgr Duhamel porte parmi eux le nom imposant de Wiasechkang, ‘celui C'est ainsi qu'ils l'ont baptisé lors de son voyage en 1881, Myr Lorrain est devenu depuis, leur per-
nier pasteur, il les bénit, tous s'agenouillent, puis ils se dirigent vers la mission,
[est bon d'ajouter que lui aussi a été reçu sauvage, À sa première visite, en
1885, ils l'ont baptisé Kapapaminoirases-
kang, *“ celui qui porte partout la belle | lumière.” Déjà la petite chapelle de Téiniskaming
st Ÿ . qui est coquettement décorée de festons | la dernière fois qu'il la célèbre sur cette + et guirlandes de fleurs, est trop petite | pointe légendaire, A l'automne, les Oblats de pour contenir tous les fidèles. Il y a là! vont émigrer à la Baie des Pères, et il est es non seulement plus d'Indiens qu'il nefaut probable que la mission indienne sera e, pour la remplir, mais aussi beaucoup de | transportée plus au nord, à la tête mêine ie Canadiens venus des confins de la colonie, | du lac. L'homme des bois aurait à se h- du fond des bois. Ils ont dû faire le tra- | plaindre de la civilisation qui raccourcit ie jet en canot. D’ordinaire la grande messe | constamment son domaine et le refoule is est dite pour eux à la Baie des Pères, cinq | devant lui, s’il ne lui devait ce bien înac milles en amont, da côté est du lac, mais comparable, sans lequel il serait encore et cette fois elle est célébrée à la mission. | plongé dans la nuit de l'erreur, et qui ne Sa Grandeur Mgr Lorrain chante la messe | s'appelle la vérité révélée. se et prononce le serimon en français, Sa &
Grandeur Mgr Duhamel faisant l'allocution | re es en anglais et le Révd P. Nédelec en al-| La mission de Témiskaming date déjà to gonquin. L'harmonium jette des flots | de bien des années. M, Bellefeuille, un n- d'harmonie et les Indiens chantent des | véritable apôtre, y fit une mission dés is hymnes en français et en latin. La scène | 1835 qu'il renouvela les trois années suila ÿ est des plus impressionnantes. Puis apres | vantes C’est lui qui éleva la petite chan, ! l'office divin se déroule une longue pro- | pelle, aujourd’hui en ruines, que l'on voit hé | cession, formée d'environ cinq cents per- | de l’autre côté du lac, près du fort, Il fut e, | sounes, qui se rend à l’oratoire que l’on à suivi en 18539 de M. Poiré, un autreprêtre nt | depuis bien des années construit sur la de Montréal, futur supérieur du collège li- + colline, au milieu d'un massif de verdure. | de Sainte-Anne la Pocatière, et en 1841 b- { Voici l'ordre dans lequel elle s'avance : | de M. Moreau, devenu plus tard vicairey, une bannière de la sainte Vierge, les pe-| général. Plus d'un de nos curés de cam-
tites filles, les femines, une bannière du | pagne à inauguré son sacerdoce par ce us Sacré-Cœur, les petits garçons, les hom- | rude apostolat. n° mes, Sa Grandeur Mgr Lorrain et le cler- | Mais le premier Oblat missionnaire fut le ué, Sa Grandeur Mgr Duhamel portant | en 1844 le célébre Père Laverlochère qui la le Saint-Sacrement sous un dais qui est |fondait en même temps la mission de la \r- soutenu par deux Canadiens, un Métis et | baie d'Hudson. Il a laissé un souvenir les un sauvage, La route est jonchée de fleurs | ineffaçgable de son zele, de ses vertus, de de et balisée jusqu'à l'oratoire, où la bénédic- | son dévouement apostolique. Je le renconnd tion du Saint Sacrement est donnée. Tout | trai en 1868, à Plattsburgh, où j'étudiais ps se passe avec un ordre, ne régularité, un le droit américain. Sur l'ordre de ux recueillement parfait. ses supérieurs, il était venu se relui " Je conçois qu'une pareille fête commen-! poser de ses longues courses de misile à cée dans une modeste chapelle et couron- | sionnaire qui, du reste, l'avaient paralysé 1. iée sous la voûte des cieux, en présence en partie, Sa pensée se reportait sans er- de cette grande nature, avec toute | cesse vers ses sauvages du Nordqu'il avait il- la pompe, tout l'éclat que l'Eglise sait | convertis à la vérité, et il révait d'aller »n. mettre, touche, émeuve fortement l'en- | mourir au milieu d'eux. Que de fois n’a-tété fant des bois, le raffermisse dans saiil pas dit avec l'accent le plus senti : en foi, Je conçois qu'il y tienne, qu'il en‘ Après avoir passé la plus grande partie g= parle longtemps et souvent sous le wig- ‘de ma vie au milieu de mes chers sau- Ile … wa, et qu'il en salue chaque aunée le | 6 vages, il est bien juste que, après ma
renouvellement avec un enthousiasme, une ardeur nouvelle. Mais c’est peut-être
‘ mort, je vienne dormir et reposer avec | ‘6 eux.
C’est le 4 octobre 1884 que le bon Père Laverlochère a rendu sa belle âme au Dieu à qui il avait tout sacrifié, son pays, la France, sa famille, ses amis, pour s’exiler dans la forêt, au milieu de ses farouches habitants. Le sacrifice était d'autant plus grand que le Père Laverlochère était l’une rare valeur intellectuêlle, Il avait le don de l’éloquence à un haut degré, et l’on raconte que lorsqu'il visita la France pour demander des secours pour ses missions, les églises n'étaient pas assez vastes pour contenir les foules qu'attiraient ses étonnants récits, et ses appels à cette croisade d’un nouveau genre, Son dernier désir a été rempli : il repose aujourd'hui dans le petit cimetière qui domine le fort, à l’ombre d’une toufle de petits pins. Les eaux du lac dont il à tant de fois bravé les fureurs viennent pour ainsi dire mourir à ses pieds Je suis allé m'agenouiller sur la tombe du bon Père que l’on entretient avec beaucoup de soin : surmontée d’une modeste croix en bois, elle était couverte de fleurs aromatiques qu’une main amie et reconnaissante y avait dépos'es. Louis Veuillot demandait que l’on gravât sur sa tombe ces simples mots que j'y ai lus :
‘J'ai cru, je vois.” Qui a plus mérité de voir l’éternelle lumière que ce saint religieux qui fut l’un des premiers à la répandre dans toute cette immense région,
jusque même sur les glaces de l'Hudson ? |
Dormez en paix, bon Père Laverlochère, Vous avez reçu votre récompense là-haut :
vous ne serez pas oublié ici tant qu'une vague agitera le grand lac.
Son œuvre a été continuée par d'autres religieux remplis du même dévonement :
les Pères Deléage, Pian, Lebert, Mourier, Guéguen, Nédelec, Poitras et Provost.
C'est au Père Pian que l’on doit la construction de la première maison que l’on éleva en 1863 pour recevoir les missionnaires. ‘‘Le 12 octobre, écrivait-il, est ‘le jouroù noussommes entrés dansnotre ‘nouvelle demeure. Pour tout meuble ‘nous n'avions qu'un banc ; nous cou-
‘* chions sur le plancher, les yeux tour- ‘“ nés vers la cheminée, sans crainte de ‘faire une chute. Si sainte Thérèse ‘éavait visité notre maison, elle n'y au- ‘ryait certainement trouvé rien de con- ‘‘traire à la pauvreté.” tard, deux révérendes sœurs Grises, les Sœurs Raisenne et Vinceut, venaient s’y installer pour prendre soin des malades, recueillir les orphelins, instruire les jeunes sauvages. Il est rare que dans les pays d'en haut on ne trouve pas à côté de la robe noire du Père Oblat la cornette blanche de la Sœur Grise. Tous deux se
Trois ans plus
complètent dans leur œuvre admirable, La sœur Raisenne est encore au poste remplissant son dur labeur avec le zèle de la première année. C’est
une de nes payses : tous deux nous avons poussé sur les bords enchanteurs de la rivière à la (Grraisse.
Les missionnaires actuels sont le Père Therrien, supérieur, les PP. Mourier et Fafard Le P, Therrien est un vieil apôtre de la colonisation, C’est un patriote, non pas nouveau modèle, mais tel que j'aime à me le représenter. A la grande convention canadienne de Montréal, en 1874, il prenait une part active à ses travaux toujours au point de vue | colonisateur, C’est ui: croyant passionné du Témiskaming. Pour lui c’est le plus beau pays du monde. Il se désole de
voir tant de Canadiens s’atrophier dans les lusines américaines, y préparer peut-être | l'abâtardissement de la race, quand il leur
la vraie liberté, de devenir leurs maitres, de secouer le joug de patrons qui les estiment comme autant de machines. Le P.
Therrien a vécu pendant plusieurs années à Loweil, à Plattsburg et autres centres américains : il a pu voir de près les danwers qui menacent cette branche de la famille canadienne, J'ai fort discuté avec | lui ce que sera la seconde, la troisième génération française aux Etats-Unis.
| Tous denx nous voyons bien des Canadiens |oublieux de leur langue, baragouinant la
ave si facile de s'établir ici, d'acquérir | (|
LE
>uays
avr name 5 ape PR Be Va es ere te
langue de l'étranger.
Le salut française !
Le P. Mourier est 1n de ses collaborateurs.
missionnaires du Nord.
noir,
c'est un poëte algonquin? Si vous l'ignorez, laissez-moi vous citer les strophes suivantes qui ont été recueillies par l'abbé Proulx :
Ninawanigodita
Nikamotawata
Genawabaminang
Apitchi daiakiang,
Kije Manitowin
Minotawicinam,
Kawenim, Kiwenim,
Wenidjanisiminang,
Ape dach gaie Kin
Monjak menawasin
Aking gaie wakwing
Ki misa wen minimin,
Pour qui n’a pas compris, voici la traduction mot à mot :
** Réjouissons-nous, chantons celui par qui nous sommes bier. gardés, que nous aimoës beaucoup. —Grand-Esprit, écoutenous favorablement ; bénis, bénis celui qui nous a pour enfants.— Plaise à Dieu que toi-même tu sois toujours heureux sur la terre et dans le ciel, nous le désirons.”
Passons maintenant au P. Nédelec qui a fait le sermon algonquin à la grande
fête indienne,
tache de vin Ce bon missionnaire se rapproche beaucoupdu mouvement perpétuel.
C'est le zèle, l’activité, le dévouement en personne. [1 a quitté la France, voilà déjà
vingt ans, pour venir s’ensevelir dans la!
sauvagerie, Il à évangélisé à peu près toutes les peuplades qui errent depuis le
Labrador jusqu'à la baie d'Hudson. L'été |
parmi les sauvages, l'hiver dans les chantiers, se transportant d’un point à un autre avec une rapidité étonnante, on le dirait un peu partout. Du reste, ce n’est pas l’espace qui manque au zèle dévorant de ces apôtres de la vérité. Le champ qu'ils ont à cultiver emvrasse une étendue de 1800 milles, dont la largeur n'est pas moins de 600. Citons parmi leurs
Nous broyons du | l'école catholique et!
C’est aussi l’un des plus anciens | Savez-vous que |
On l'appelle le père brûlé | parce qu'il porte sur s& figure une forte!
principales missions le haut du Saint- Maurice, Abbitibi, la baie d'Hudson, le | fort William, Golden Lake (Bonne Chère), | Keepawe, Timagoming et Matawagamang.
Le P. Nédelec est encore l'annaliste de toutes les missions du nord, les fragments de son journal que publie l'abbé Proulx A la baie d'Iudson sont bien tournés, très piquants, très précis.
Le P. Fafard esc l'administrateur de la mission.
dans son superbe livre :
Ce n’est pas une besogne bien facile. Il s’agit de faire beaucoup avec | peu, de parer à maints besoins pressants, | d'escompter l'avenir. Je n'en ai enten- | du que des éloges. Il vient de partir pour ie Collège d'Ottawa dans le but de retremper son courage dans la retraite annuelle,
Parmi leurs aides, je ne saurais oublier le frère Moffat qui est seul toute une institution. Trapu, forte carrure, figure ouverte, barbe vigoureuse, tel il nous apparaît au physique. On sent l’homme habitué aux rudes travaux, aux fortes résolutions. Mais on ne vit pas seulement de la parole de vérité. C’est ce qu'il a compris. Aussi pendant que les Pères semaient le grain de senevé de l'Evangile, le frère Moffat surveillait la marmite, présidait aux premières constructions, à des défrichements considérables,
| faisait pousser des épis d’or entre les sou ches, à la baie des Pères. C’est ainsi que l'en a nommé l'emplacement de la future
ville.
Ces défrichements ont pris assez d'extension pour qu'il ait aujourd'hui 150 arpents de bonne terre en culture, qui | donnent une abondante récolte de grains, Le frère Moffat est très préoccupé depuis quelque temps, il
[foin et léguumes.
veut à tout prix avoir une chaloupe à vapeur pour ses nombreuses courses sur le lac. Mais comment arriver à acheter la machine sans argent? Le frère Mof.
fat n'a pas tardé à résoudre le probléme, On lui a donné une montre d'argent, qu’il estime à $49 et qu'il est à rafler, Le | nombre des billets à 50 cents est illimité,
Dm
Er en
di
J'ai acheté le numéro 155, Et la ratle se continue. Donc le frère Moffat aura une chaloupe à vapeur pour nous promener à la prochaine excursion, et à l’ardeur qu’il déploie, au succès qu'il obtient, je lui prédis un surplus mirobolant, La mission actuelle ne se compose guè-
re que de l’église, de la résidence des | Pères, de la maison des sœurs et de quelques bâtiments. Le style en est aussi simple que primitif. Mais si l'architecture est modeste, l'hospitalité qu'on y exerce est aussi large qu'elle peut être. A certains jours, on pourrait se croire à l’hôtellerie du mont Saint-Bernard, Dans les environs on cultive quelques arpents de terre le, long du lac. En face de la maison des | missionnaires, se trouve un jardinet où
croissent melons, concombres, fêves et citrouilles. Comme une centaine &’Indiens | campent tout près, j'ai demandé au Père | Therrien s'ils ne venaient pas y faire quel- |
que incursion pour varier le menu de la tente, vu que tous ces légumes sont à leur portée. Nous n'avons aucune crainte à
cet égard, m'a-t-il répondu. Nos sauvages sont l'honnêteté même, ils se feraient scrupule de toucher à quoi que ce soit. | Cette même honnêteté les accompagne | jusque dans les bois et leur fait respecter | les caches de vivres qu'ils sont obligés de faire au cours de leurs chasses, Si vous redoutez quelques déprédations, ils ne manqueront pas de vous dire : Ne craignez rien, il ne passe pas ‘le blanes ici ! !
On m'avait déjà dit que l’Indien se considérait supérieur, plus parfait que le blanc. Ce trait l'indique suffisamment, | C'est un pauvre compliment qui n'est |
malheureusement pas immérité pour notre civilisation.