‹ Au Témiskaming, lettres de voyage [microforme]Chapitre 4 sur 5 · TROISIEME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIEME LETTRE

Fort Témiskaming, 24 août, Nous avons consacré l'après-midi du dimanche à une excursion jusqu’à lo tête du lac. C’est un voyage superbe. A peine avons-nous quitté le détroit que le lac

s'élargit graduellement jusqu'à même atteindre huit milles de largeur,

Nous nous arrêtons en face de la baie des Pères pour permettre à Leurs Grandeurs et à plusieurs Oblats qui les accompagnent, d’embarquer dans les chaloupes

| qui doivent les transporter sur le rivage. I

ne serait pas prudent pour la Minerve de s’aventurer plus loin, car pour avoir voulu se rendre au quai, dimanche matin, elle s’est échouée dans un lit de terre glaise dont elle n’a pu s’arracher qu'après quatre heures d’un travail pénible. A propos a-ton bien choisi le meilleur endroit pour le superbe quai que l’on y a construit ? J'en doute beaucoup, étant donné le peu de profondeur de l’eau. J'aurais plutôt opté pour certain point au nordÿ presque visà- vis, là où un bateau peut manœuvrer sans craindre les battures.

Un peu plus loin, nous apercevons une ile superbe que les uns ont baptisée l’île du Collège. Le regretté Père Tabaret rêvait d’y installer une grande ferme, qui aurait été la ferme modèle de toute la région, Mais comme cette île est superbement boisée, M. Bryson, député de Pontiac, est d'avis qu’il vaut mieux, en attendant, abattre les rois de la forêt qui y élèvent leur tête altière, 1len est résulté une contestation assez compliquée. Mais le département des Terres a donné raison apparemment à M. Bryson, car j'apprends qu'il va faire chantier l'hiver prochain

| dans l’île, et qu’il a même donné des com-

mandes considérables à cet effet.

Parmi les excursionnistes, j'ai été heureux de saluer M. l'abbé Bloën, curé de North Bay, lac Nipissing. C’est un prêtre d’origine hollandaise, fort distingué, pour qui les langues française, anglaise et allemande n’ont œuère de secret. Ses sympathies sont toutes françaises, Sa paroisse n’est pas encore très populeuse, quoiqu'elle se développe rapidement, mais il lui faut en outre visiter chaque hiver environ 27 chantiers, 11 n’a qu’à selouer de la façon dont le prêtre est accueilli par les bfûcherons. Les sissionnaires

Rares et

s'accordent du reste sur ce point L'écorce est rude mais le cœur est bon.

Nous avons aussi à bord plusieurs arpenteurs du gouvernement d’Ontario, Ils devront débarquer à la ferme de M. Farr.

L'arpentage de six townships leur est confié, et la besogne devra s’exécuter promptement, Cette diligence contraste avec la lenteur des gouvernements dans notre province. A Ontario, l’arpentage devance la colonisation ; à Québec, on attend jusqu’au dernier moment, alors qu’on est

véritablement forcé par la marche des |

défricheurs, pour ordonner l’arpentage vainement demandé, souvent depuis des années. Aussi les squatters pullulent, De

a , | là des diflicultés avec les commerçants de

bois comme celles qui malheureusement sont aujourd'hui devant les tribunaux.

Arpentages et chemins : là est le secret de la colonisation. L'argent public ne saurait être mieux dépensé qu’à cette double fin. Quand nos ministres sauront-ils le comprendre effectivement ?

Ces six townships d'Ontario sont enclavés entre la rivière Montréal et la rivière

dans le Témiskaming.

pirait la marche ascendante de l'élément français qui fait souche un peu partout, dans les 92 comtés d'Ontario. —Mais pourq'oi vos gens ne vont-ils pas s'établir au Nord, à côté des nôtres ? observa le Père Gendreau.—Ah !ils ne veulent pas y aller, répondit-il, d’un ton découragé. John Bull n'aime à se fixer que là où il peut régner en maître. Il est d’instinct dominateur, Quand le contrôle lui échappe il déménage.

Pa

(Quoique blessée sous l'aile, la Minerve

| avance rapidement, et comine le soleil va

se cacher derrière les montagnes nous nous trouvons en face de la fameuse mine d’argent. Cette mine est la propriété de MM.

Wright, Goodwin et Brophy, d'Ottawa, Elle est en pleine opération et si tout ce que l’on en dit se réalise, les nouveaux acquéreurs vont bientôt battre monnaie.

Plus loin, nous apercevons la Pointe à Piché. Elle porte le nom d’un vieux Canadien qui est veuu planter sa tente ici vingt ans passés. [1 lui fallait aller un peu

loin pour voisiner, le plus proche habitant Blanche, qui toutes deux se déversent | se trouvant à vingt-cinq milles. 11 s’est sur-

La rivière Blan- | tout enrichi dans la traite en opposition à

che seule arrose une contrée de 600 !!a Compagnie de la baie d'Hudson, Sa

milles carrés dans lesquels on peut tailler aumoins douze townships de 32,000 acres chacun. Le sol au fond de glaise est réputé très fertile. Il est couvert d'érables, de chênes, de noyers et d'ormes, Si nous savions comprendre nos intérêts, nous ne serions pas lents à nous en emparer, Nous avons planté notre drapeau sur la rive québecquoise du grand lac, pourquoi ne flotterait-il pas Sur l’autre rive également, D'où sortira le premier essaim? Notre race est admirablement adaptée à ce climat froid et sain du Nord, peut-être même estelle seule capable d'y prendre promptement racine. Tout dernièrement le Père Gendreau se trouvait à Toronto

pour régler certaines affaires avec le dé-

femme n'a pas peu contribué à sa fortune, elle sait convaincre comme pas un les peaux rouges qui ont de la loutre ou du vison à vendre. Leurs enfants ont reçu une bonne instruction, deux de leurs filles sont mème devenues Sœurs Grises,

Voyez plus loin cette ile pittoresque qui à l'air d’une corbeille de fleurs jetée en plein lac. Elle porte un nom bien connu dans le monde scientifititique, le nom d’un grand ingénieur qui a du sang napoléonien dans les veines, le nom aussi d'un partisan bien sympathique, bien éclairé de la cause franco-cana dienne, M. Bonaparte Wyse. Notre distingué ami a poussé ses courses jusqu'ici avec sa famille il y a deux ans, Ilya acheté des terres et il a voulu avoir son

partement des Terres. L'un des officiers | île à lui, quitte à s’y réfugier un jour de ne put lui cacher les craintes que lui ins- | tourmente politique. On ne sait jamais ce

qui doit arriver demain en France ! C’est l'un des nombreux croyants que l’abbé Labelle a su endoctriner durant son séjour à Paris.

A côté de lui, les Reclus etbien d’autres

ont et ils ont déjà mis cent mille francs entre

acquis des terrains considérables,

les mains du P. Gendreau pour les défrichements.—Ils lui en offrent cent autres | mille qu'il hésite à accepter: festina lente. —I1 n'y a Canadiens, qui sachiez tenir tête aux An-

que vous autres, glais, me disait Onésime Reclus, en présence de M. Rameau, nemine contradicen- | te. Voilà qui explique tout l'intérêt qu'il nous porte, car Reclus n’est pas catholique, ce quine l'a pas empêché de donner cinq cents francs pour la construction de l’église de la baie des Pères.

Ici viennent se jeter trois grandes rivières, à gauche la Blanche, à droite la Loutre, ev au milieu la rivière Outaouais.

Celle-ci cesse à ce point d’êtie la ligne de démarcation entre les deux provinces, qui se continue en droite ligne jusqu’à la hauteur des terres.

Le Témiskamiug a une longueur de 75 milles et il ne nous resterait plus que

quelques milles à franchir pour atteindre la ‘Tête du lac où une familles ont commencé des Géfrichements.

M. l'abbé Proulx, qui les a visités, qui a parcouru tout ce pays jusqu'à la baie d'Hudson, dit que ces défrichements donnent à l'endroit un petit air de civilisation. A ce sujet il cite un joli mot: ‘‘ La ‘# civilisation,

trentaine de |

la civilisation, disait un PA d'Abbitibi qui n’était jamais sorti de ses bois épais.

qu est-ce ‘ que la civilisation,”

Un sauvage de Témiskaming, fier des progrès de son pays, lui répondit :

‘: C’est quelque chose comme la Tête du ‘lac, où l’on voit tant de maisons qu'on ‘‘ne sait plus comment marcher, ni se

‘# comporter.”

#4 | Connaissez-vous le plan du Père Paradis pour supprimer les rapides du Téimiskaming et rendre le lac navigable jusqu'aux Erables ? Je laisse la parole à l'abbé

| lions.

Proulx :

moins, le niveau du lac Témiskaming de

Il s'agirait de Laisser ni plus ni

22 pieds, en abattant les battures de cailloux rouiés qui forment les deux premiers rapides du Long Sault et de hausser le

niveau de l'Outaouais de 32 pieds en éle-

ant une digue aux rapides des Erables, Ce qui resterait du Long Sault et le rapide de la Montagne se trouveraient noyés, et l’on aurait un cours de navigation non interrompu depuis les Erables jusqu'a la tête du lac Témiskaming. Sept milles de chemin de fer relieraient les dites Erables au Pacifique Mattawa, et ouverts à la colonisation les millions d'acres de terre

Canadien, à ainsi se trouveraient arable qui, maintenant, gisent inutiles autour du lac Témiskaming.

Aux objections qu'on lui a présentées, P. Paradis a répondu qu'il n'y a pas de danger de tarir ie lac qui a des centaines de brasses de profondeur, que les murailles de l'Outaouais sont trop hautes et trop solides pour détourner le cours d’autres rivières et submerger le pays circonvoisin, Le gouvernement a ordonné une étude de ce projet sous la direction de M. Guérin, ingénieur, mais le rapport a été défavorable, en ce sens que le projet, praticable cependant, coûterait des mul- Un chemin de fer vaudrait mieux

| indubitablement, et le jour n’est pas éloi- | gné où ii sera construit, En attendant, le | système actuel, mi-chemi: de fer, mi-na- | vigation, est ce ou’il ya de mieux. Le

projet du Père Paradis a eu cependant un bon effet. Il a à attirer l'attention publique sur le Témiskaming, et le gouvernement à montré son bon vouloir en subventionnant généreusement la compagnie qui a donné à cette région les communications qu’elle possède aujourd'hui, A la dernière session, il a même été voté 56,000 pour construire des quais aux postes les plus importants,

Témiskaming a commencé de figurer avec succès au budget. On peut être sûr qu'il y reparaîtra sous différentes formes, En effet, tout est à créer ou à améliorer ou à développer dans ce pays.

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