‹ Au temps de JudasChapitre 3 sur 69 · L'ANTISÉMITISME · texte numérisé non relu

L'ANTISÉMITISME

teur de la France Juive, avait fondé la Librer Parole, autour de laquelle s'étaient groupés^ non seulement les antisémites doctrinaires, telss que Jacques de Biez et l'héroïque marquis de> Morès, mais encore beaucoup de bons Français, sans couleur ni orientation politique, qui commençaient à voir clair dans les manœuvres de la haute finance juive et dans ses accords secrets avec l'ennemi héréditaire. J'ai essayé de tracer, dans les précédents volumes de mes Souvenirs, un portrait véridique d'Edouard Drumont, grand visionnaire, puissant écrivain mais chez qui le sens politique n'était pas à la hauteur de l'érudition, de la vigueur polémique, ni de la divination sociale. Drumont, qui se grossissait les petits obstacles et redoutait, comme il disait, qu'on « attentât à son cerveau » (c'est-à-dire qu'on essayât de le convaincre), n'avait rien d'un chef de mouvement. Il n'avait su ni se débarrasser, ni se servir des auxiliaires, attirés par le succès, qui le desservaient à la cantonade, comme par exemple Jules Guérin, l'homme du fort Chabrol, lequel, laissé à moitié la bride sur le cou, fit beaucoup de tort à la cause par ses initiatives absurdes; ou Max Régis, entreprenant, courageux, mais inapte au rôle de premier plan que les circonstances lui firent, pendant un moment, à Alger.

On rencontrait, à la Libre Parole, des professionnels de premier ordre et d'ardents patriotes,

tels que le cher commandant Bîot, de Boisandré, et des types plutôt vagues tels que Papillaud, courriériste parlementaire, et ce hideux Raphaël Viau, surnommé, à cause de sa laideur impressionnante, « l'homme à la tête de Viau ». Gaston Méry, qui avait de bons côtés et de l'allant, était, par ailleurs, borné, de culture médiocre et assez sournois. Joseph Ménard était éloquent, tonitruant au besoin, excellent catholique certes, mais incapable de donner, ni de suivre, une direction non fabricienne ou non épiscopale. Sans le robuste bon sens et l'habileté administrative de Charles Devos (que Méry et Guérin, bien que se détestant, poursuivaient de la même haine), le journal aurait sombré dix fois.

L'Affaire Dreyfus fut, pour la Libre Parole, et la thèse qu'elle soutenait, une confirmation et une aubaine; mais une aubaine mal défendue. On y donna en plein dans le panneau d'Esterhazy, l'homme de paille, dans la fable du Bordereau annoté par Guillaume II, et généralement dans toutes les pistes de dérivation et de diversion, successivement imaginées par le clan dreyfusien. Drumont écrivit, à cette occasion, des articles magnifiques, lourds de suc, d'un or sombre, qui sont demeurés dans nos mémoires et mériteraient être réunis en anthologie. Mais la discussion pied à pied, jour par jour, ne fut pas à la hauteur de la situation. Si Maurras, au lieu d'écrire dans la cave de la

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