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son logis; le seigneur de Trêves y passa la nuit avec nous; nous y soupâmes et couchâmes ensemble, et nous y dînâmes le lendemain. Nous ne connûmes nin'aperçûmesqu'ilyeûtun conseil tenu en ce jour de dimanche, si ce n'est en la présence des seigneurs de Bourgogne, quand ils vinrent devers le régent pour recevoir le serment des gens de sa compagnie. Nous assistâmes à ce conseil et il n'y fut, à notre escient, traité de rien autre chose. Or, après les serments faits, le régent, sur le point de partir pour aller au lieu de l'entrevue, appela le seigneur de Trêves et lui dit de venir avec lui; il lui dit à part quelques brèves paroles. Et nous vîmes bien, d'après l'air dudit seigneur de Trêves, qu'il voulait retenir le régent et parler plus longuement avec lui, et, selon qu'il nous apparut, il semblait faire opposition aux paroles du prince. Et alors le régent s'en alla assez brusquement, et fit ensuite appeler deux ou trois fois le seigneur de Trêves pour se joindre à sa compagnie. Mais celui-ci n'y voulut aucunement aller; il demeura dans la chambre dont il s'agit, nous avec lui, et encore plusieurs autres dont nous ne nous rappe' Ions pas les noms. Et sitôt que le régent se fut éloigné, voici que le seigneur de Trêves se laissa choir sur un lit. Nous nous approchâmes de lui et lui demandâmes ce qu'il avait. Il nous répondit de la sorte : « Plût à Dieu, Monseigneur de Valence, que je fusse à Jérusalem, sans denier ni maille, et que je n'eusse jamais vu ce seigneur-ci ; car j'ai
grand'peiir qu'il ne soit mal conseillé, el qu'il ne fasse aujourd'hui chose par quoi ce royaume et lui soient perdus! » Et il disait ces paroles avec grande douleur et tristesse et de cœur bien marri. Puis il commanda à ses gens daller promptement quérir ses chevaux parce qu'il voulait s'en aller. Et bientôt ses chevaux lui furent amenés et il y monta pour s'en aller. Nous alors, voyant ces choses et ayant rencontré le page du président de Provence sur un cheval, nous le fîmes descendre et y montâmes à sa place. Ensuite nous vînmes ensemble à la porte de Montereau, par où nous pensions sortir, mais nous la trouvâmes feiraée, et ce ne fut qu'à grand'peine que le seigneur de Trêves la fit ouvrir. Et comme nous sortions, nous entendîmes le hu et le bruit de la mort de Monseigneur de Bourgogne. Nous nous en allâmes tout droit au lieu de Dient, où nous avions laissé nos gens, pour y prendre gîte cette nuit. Mais le seigneur de Trêves et plusieurs autres qui le suivaientavaientprisle chemindeMoret enGâtinais, et nous ne savons ce qu'il devint cette même nuit. Et depuis, trois ou quatre jours après, nous retournâmes vers les conseillers du régent, dans l'espoir d'obtenir la délivrance à notre frère du comté de Valentinois. Nous parlâmes alors au seigneur de Trêves, que nous trouvâmes, dans ses paroles et tout son air, toujours très courroucé du cas susdit. Et pour cette raison, nous croyons, en notre conscience, que ledit seigneur de Trêves ne fut en
aucune manière participant ou consentant à la mort de mondit seigneur de Bourgogne, et si on l'en a depuis chargé, c'est à tort. »
L'entière vérité sur le meurtre de Montereau n'est pas encore bien connue. Ce qui est certain, c'est que les coups sous lesquels a succombé Jean sans Peur firent à la France une blessure qui faillit être incurable, puisque, pour la guérir, il ne fallut pas moins que la main même de Dieu.