EXHÉRÉDATION DYNASTIQUE ET DÉCHÉANCE NATIONALE
La cause en réalité atteinte et frappée parl'événementterrible qui venait de s'accomplir, c'était justement celle du dauphin. Lapremière efïervescence passée, la lumière se fit à cet égard non seulement en son esprit, mais, dans une cêrtainemesure, chez tous ceux de ses conseillers que n'aveuglait point la passion de parti. On résolut de faire une tentative auprès du nouveau duc de Bourgogne, Philippe, fils de Jean sans Peur, pour continuer avec lui les négociations commencées avec son père. Le succès n'en était guère vraisemblable et ne devait pas être facilité par les récriminations €ontre le défunt contenues dans les lettres écrites à cet effet par le régent (15 septembre 1419). Ce document diplomatique se terminait par les assurances suivantes, trop empreintes encore de la colère et des rancunes, si justifiées
qu'elles pussent être, des chefs armagnacs : c( Nous savons bien que la nature et la condition du cas advenu à feu votre père, par sa faute même et l'excès de ses prétentions, vous induiront à en être bien affligé et peiné. C'est pourquoi présentement nous vous écrivons et envoyons par devers vous, afin de vous prier avec insistance que, selon votre bon sens et discernement, vous vous réconfortiez en cette peine et preniez en patience ledit cas ainsi advenu; que vous ne vous laissiez pas émouvoir à ce sujet par les incitations qui vous pourraient être adressées, venant de plusieurs qui ont déjà induit votre père à faire telles choses dont beaucoup d'inconvénients sont arrivés et à lui enest iinalementmal advenu. Quant ànous, nous vous aimerons, chérirons, aiderons et conforterons comme notre frère, nonobstant tout ce qui s'est passé; nous entretiendrons avec vous de point en point la paix convenue; nous vous conserverons tous vos droits et prérogatives. Réfléchissez qu'en agissant ainsi nous oublions bien des choses qui nous pourraient émouvoir en sens contraire; car vous ne pouvez pas ignorer que plusieurs princes du sang royal, par le fait de feu votre père, ont eu douleur semblable à la vôtre, et qu'il a bien fallu qu'ils la prissent en gré, et après plusieurs essais de guerre, pertes et périls, cherchassent la paix. Sur toutes ces choses nous avons chargé notre très cher et bien-aimé cousin, le comte d'Aumale, de vous parler plus à plein et
de vous en dire et déclarer la vérité, comme nous le ferions nous-même. »
Le duc Philippe ne ferma pas de façon absolue l'oreille à ces ouvertures. Mais il était entraîné avec force dans le sens opposé, c'est-à-dire dansles bras du roi d'Angleterre, non seulement par la duchesse sa mère, mais par la reine Isabeau et le gouvernement de Troyes, et aussi, avec un triste aveuglement de colère et de crainte, par les corps constitués et par la faction bourguignonne de Paris. Le meurtre de Jean sans Peur avait comme imposé silence aux patriotes parisiens et soulevé une explosion d'indignation sauvage et de douleur puérile chez les nombreux partisans de ce prétendu c( bon duc ».
« Le peuple de Paris, à la nouvelle de l'assassinat du duc de Bourgogne, rapporte le moine de Saint-Denis, fut saisi d'une sorte de fureur frénétique, et il se disposait à venger cet attentat en égorgeant tous les partisans de Monseigneur le dauphin. Mais les bourgeois les plus notables, s'étant réunis en armes, firent proclamer, au nom du roi, dans les carrefours de la ville, la défense expresse, sous peine de mort, de porter une épée ou un poignard, ou d'attenter à la vie de qui que ce fût sans autorité de justice. Il fut aussi enjoint à tous, par ordonnance royale et à son de trompe, qu'ils eussent àporter sur leurs tuniques ou leurs chaperons la croix de Saint-André, comme du vivant du feu duc. Il fut défendu, sous peine demort,àses.
gens de guerre de passer dans le parti des Armagnacs. Cinq arbalétriers espagnols, ayant enfreint cette défense, furent exécutés, le 14 octobre (1419), dans la ville de Saint-Denis, parjugement du maréchal de France. Non seulement le peuple de Paris, mais aussi les bourgeois les plus considérables, ainsi que les conseillers du roi qui dirigeaient les affaires de TÉtatet qui avaient toujours été les partisans déclarés dudit duc, témoignaient hautement leur horreur pour ce crime affreux, et vouaient les infâmes assassins au supplice du traître Judas et à la damnation éternelle. Afin de mieux témoigner leurs profonds regrets, ils prirent tous le deuil comme pour la perte d'un père, et firent célébrer dévotement avec grande pompe et solennité dans les principales églises de la ville des services funèbres en son honneur. » — Gomme nous l'apprend en son français l'auteur de la chronique communément intitulée : Journal d' un bourgeois de Paris^ cette cérémonie fut faite à Notre-Dame le jour de la Saint-Michel, « et il y avait dans l'église trois mille livres de cire, toutes en cierges et en torches. Il y eut là un très émouvant sermon, que fit le recteur de l'Université, Maître Jean Larcher. Et ensuite le service fut fait par toutes les paroisses et toutes les confréries de Paris, l'une après l'autre, et il y eut partout grande pompe, beaucoup de cierges et de torches, et les églises étaient tendues de serges noires, et on chantait le Subvenite des morts et les vigiles à neuf psaumes et à neuf
leçons, et dans toutes les églises on avait placé les armoiries du bon duc trépassé et celles du seigneur de Navailles, qui mourut avec lui. Dieu veuille avoir leurs âmes et celles de tous les autres trépassés! »
« Peu de temps après, reprend en latin notre moine, on tint conseil sur les afïairesdu royaume. Gomme on redoutait la tyrannie des gens du dauphin, et que Ton savait qu'ils n'avaient rien tant à cœur que de venger par les armes les assassinats commis jadis dans la capitale contre ceux de leur parti, de piller en toute liberté les biens des plus riches bourgeois et de faire main basse sur tout ce qu'ils avaient de plus précieux, on se résigna à choisir ce que Ton considérait comme le moindre des deux maux auxquels on était exposé. On résolut, ô honte ! de s'écarter des exemples des ancêtres, et de faire alliance avec les Anglais, ces antiques adversaires du royaume, que l'on considérait encore pourtant, à celte heure même, comme les plus mortels ennemis de la France. On ne craignit pas de solliciter leur assistance, à la condition toutefois que cela agréerait au roi de France, à la reine et au duc de Bourgogne, fils du duc si traîtreusement assassiné. Les principaux seigneurs de la cour qui vivaient dans l'intimité desdits princes partagèrent cet avis; ils assurèrent qu'il n'y avait pas d'autre moyen de mettre un terme aux courses dévastatrices des Anglais, de réprimer les violences furieuses des Armagnacs,
et de venger le meurtre si déplorable et si ignominieux du duc de Bourgogne. Il fut donc arrêté, d'après leur avis, qu'on enverrait à Pontoise Messire de Chastellux, maréchal de France, et Messire de Toulongeon, pour faire des ouvertures aux Anglais à ce sujet. Ceux-ci de leur côté députèrent le comte de Warwick à Paris, vers la fête de saint Cosme et saint Damien (27 septembre), et le chargèrent d'annoncer qu'ils désiraient tous la paix et l'union. »
Par opposition à cette conduite vindicative et intéressée des clercs, bourgeois et hommes d'Étatde la capitale, un curieux incident prouva que le sentiment chrétien, le meilleur appui du patriotisme, n'était pas mort en France, et ne craignait pas de faire entendre à l'occasion hautement sa voix. Au service solennel célébré pour Jean sans Peur dans l'églisede Saint- Vaastd'Arras, le 13 octobrel419, devant le nouveau duc et toute sa cour, ce sentiment se manifesta d'une façon très inattendue. Écoutons sur ce sujet le récit rédigé beaucoup plus tard, mais sur de bons témoignages, par Vindiciaire ou historiographe officiel du duc Philippe, Georges Ghastellain, dontla rhétorique, trop riche d'emphase et d'amphigouri, secouée et troublée par le premier souffle de la Renaissance, n'estpas dépour vue pourtant cà et là de quelques traits de forte pensée et d'éloquence expressive.
« L'offrande passée, nous dit ce laborieux et majestueux écrivain, un Frère prêcheur, maître en
théologie, nommé Maître Pierre Flour, inquisiteur de la foi en la province de Reims, fit un sermon notable devant toute la seigneurie, princes, prélats, nobles et autres. En toute ardeur d'esprit il parut s'appliquer à détourner un et chacun de prendre aucune vengeance du mort, mais persuadait et conseillait que l'on s'en remît à Dieu tout-puissant, qui sait rendre et venger toutesoffensesoùetquand il lui plaît, non pas selon le désir des hommes, mais plus amèrement beaucoup qu'à leur mesure. Il remontrait de plus ceci : que la voie de justice est la plus rigoureuse et la plus effrayante punition des malfaiteurs, et que nulle vengeance n'est si honorable et de si grande estime que celle qu'on cherche par ce moyen. Le duc donc, disait-il, qui était un chef de justice en chrétienté et l'un des principaux piliers de'ce royaume, lui-même devait à la justice renfort et aide. Là où elle aurait défaut de vigueur et vertu, c'était à lui de la secourir, y procédant en façon d'équité etnon de fureur vindicative, qui emploierait sa puissance à œuvre non due. Telles et semblables raisons mit-il beaucoup en avant, comme manifesteur de vérité, qui ne doit pas être dissimulée enla chaire évangélique par un clerc vraiment digne de son office, en telle compagnie et en cas de tel poids et de telle importance, d'oii tant de maux pouvaient naître, tant de biens venir à plein effet ou au contraire à néant. Quant à lui, il s'acquittait de son devoir devant les hommes, ce lui semblait-il, comme il en voulait
répondre devant Dieu. Agirait qui pourrait, s'abstiendrait qui voudrait, c'était à lui prêcheur de conseiller et à d'autres d'exécuter selon leur gré. Toutefois plusieurs des nobles hommes présents audit service se troublèrent de ce sermon. Obéissant plutôt à folle opinion qu'à jugement sain, ils se montrèrent fort mécontents du prédicateur. Ils le soupçonnèrent même d être favorable aux auteurs du meurtre. Ce penchant, selon eux, était le vrai motifde ses exhortations, et non pas la révérence de l'honneur divin. Mais cela n'était pasjuste, comme il parut bien par les explications qu'il fournit en temps et lieu et par les raisons qu'il fit valoir. »
Le courageux effort d'apôtre tenté par Maître Pierre Flour ne devait pas l'emporter sur les passions du moment. Celles-ci d'ailleurs étaient soutenues dans les conseils du duc Philippe par les raisonnements d'une politique plus spécieuse que vraiment sage. La question de l'alliance anglaise fut agitée dans une délibération solennelle tenue à Arras le 18 octobre. Les motifs produits alors en divers sens devant le duc nous ont été conservés. Ils ont été analysés en ces termes par un docte historien belge (1), d'après les documents originaux et authentiques :
« Le duc de Bourgogne doit peser d'une part la volonté énergique du roi d'Angleterre, de l'autre la
(1) M. le baron Kervyn de Lettenhove,daiîs l'iiiie des notes de son édition des Œuvres de Georges Cliastellain.
faiblesse de la France. Le roi d'Angleterre a deux voies pour recouvrer « sa couronne de France » : le libre consentement ou la force d'armes. Cette dernière voie ruinerait la France . — On peut objecter à la première que le duc de Bourgogne n'y doit pas consentir parce qu'il est premier vassal de la couronne et que ce serait un crime de lèsemajesté; il s'exposerait au péril d'être tué et d'être dépouillé de ses biens par ses vassaux puisqu'il dépouilleraitlui-même celui dont il est vassal. — Il n'auraitpas le consentement de ceux qui sont intéresses dans cette affaire. — Il se créeraitde grands ennemis, entre autres le duc de Bretagne, qui a épousé la fille du roi. — 11 se trouverait isolé, et le dauphin aurait plus d'intérêt à le détruire qu'à chasser le roi d'Angleterre. — Il n'aurait peut-être pas si grand honneur comme il doit avoir; il en serait même méprisé. — Telles sontlesobjections, mais on les combat par d'autres considérations. De deux maux il faut choisir le moindre : si le roi d'Angleterre vient à force armée, tout' est ruiné, donc il faut consentir. — Le roi d'Angleterre réunira en un seul corps tous les membres de la France et la remettra en ses titres et prérogatives anciennes, ce qui assurera le bien des peuples. Les habitants du royaume demeureront un peuple indépendant, et seront, non pas les sujets des Anglais, mais leurs bons voisins. En France et au regard des affaires du pays, le roi d'Angleterre ne s'appellera que" roi de France. Les nobles, clercs,
marchands des deux royaumes communiquerontles uns avec les autres en toute amitié et loyauté. — Le roi Henri offre au duc de faire épouser une de ses sœurs par l'un de ses frères et il lui donnera de grands biens. — Si le duc repousse son alliance, le roi d'Angleterre cherchera ailleurs un appui, ce qui causera la ruine du duc. — Si le duc, espérant la couronne de France pour lui-même, agit autrement, on sait que le roi d'Angleterre s'opposera à lui et mettra plutôt sur le trône le duc d'Orléans ou autres princes qui en sont plus proches que le duc de Bourgogne, comme les frères du duc d'Orléans et le duc d'Anjou. — En cas de consentement, le roi d'Angleterre offre de prendre pour femme Madame Catherine de France « sans denier aucun » ; il laissera le roi jouir de son titre et il honorera le roi et la reine comme père et mère et laissera au roi de bons revenus. — Si, au contraire, le roi d'Angleterre prenait la couronne par force, il chasserait le roi et la reine, ferait venir des barons, des chevaliers et des clercs d'Angleterre et dépouillerait entièrement le peuple de France. — Si après le décès du roi de France le dauphin vient à la couronne, le duc de Bourgogne aura guerre contre lui et à la fm son parti ne pourra être le meilleur. >■>
Les conseillers du duc Philippe se prononcèrent en majorité pour l'alliance anglaise. Henri V se conduisit en cette circonstance décisive avec la ferme habileté qui avait tant contribué à ses succès . La mort de Jean sans Peur ne lui avait été nullement
désagréable et il n'avait pas même craint de le laisser voir lorsqu'il avait reçu la nouvelle du meurtre de Montereau : « Grand dommage, dit-il, est du duc de Bourgogne : il fut bon et loyal chevalier et prince d'honneur ; mais, par sa mort, avec l'aide de Dieu et de saint Georges, nous sommes au-dessus de notre désir. Ainsi aurons-nous, malgré tous Français, Madame Catherine que tant avons désirée. » Il accueillit les propositions, jugées par lui insuffisantes, du nouveau duc avec un sang-froid hautain. Il ne négligea pas de tenir aux ambassadeurs de Philippe la dragée haute et même de leur faire sentir la pointe de sa redoutable épée. « Beaux seigneurs, leur dit-il, selon le récit de Ghastellain, j'ai grande déplaisance de la mort de beau cousin le duc Jean de Bourgogne. La fausse et déloyale manière dont elle a été accomplie est la plus douloureuse que j'ai ouïe jamais. C'est un coup mauvais à parer. Aussi n'est-ce pas merveille si beau cousin Philippe, votre maître à présent, s'eftorce de venger son père; il en est fort à louer, et fait son devoir. Mais si votredit maître est d'aventure tel qu'était son père, qui m'a mené, par long espace de temps, la tête au vent, au risque de ruiner ma cause et ma maison, s'il a, dis-je, intention d'agir de même sorte, certes, vous avez tort de vous adresser à moi, car, avec l'aide de Dieu, j'entends désormais, sans plus prêter l'oreille à personne, procéder à ma conquête et entreprise sur ce royaume, mon héritage. Je n'ai en cela que trop
longuement différé. Ainsi donc, si beau cousin, votre maître, veut travailler à notre entente, qu'il se hâte et se montre prêta conclure tout prestement et sans délai. Mon intention n'est pas d'attendre plus longtemps sa bonne volonté. Je suis pressé. Avisez-vous. Et, si vous n'avez pouvoir suffisant, retournez promptement là où vous devez, et revenez munis de ce qu'il faut pour en finir. » Philippe dut s'incliner devant la volonté du « fier roi ». Le pacte anglo-bourguignon fut signé à Arras le 2 décembre 1419.
La soumission de PhilippeétaitTessentiel. Aussi Henri, sans se départir au fond de son inflexible égoïsme, montra-t-il, ce semble, beaucoup plus de bonne grâce et de bonne volonté apparente dans les négociations que poursuivaient avec lui, sous les auspices du duc de Bourgogne, le gouvernement de Troyes et les autorités parisiennes. Dès les premières entrevues il avait eu soin de se présenter aux ambassadeurs français sous son meilleur jour. Ceux-ci rapportèrent du souverain étranger, qui voulait devenir le leur, une impression très favorable. La trace vivante s'en retrouve d'une fort curieuse façon dans le chapitre de notre religieux de Saint-Denis intitulé : Du caractère de Henri, roi d'Angleterre.
« Les ambassadeurs de France, à leur retour, nous dit-il, racontèrent en détail avec quelle affabilité, quelle bienveillance et quelle courtoisie le roi d'Angleterre les avait reçus au com-
mencement des négociations, soit à Rouen, soit ailleurs: avec quelle générosité il les avait traités et festoyés à plusieurs reprises, non sans les combler de riches présents. Comme on leur fit beaucoup de questions sur le caractère de ce prince, ils donnèrent à ce sujet quelques renseignements que je tiens de bonne source. C'était un prince d'une tournure distinguée et d'une taille avantageuse ; et bien que son extérieur semblât annoncer de la fierté, il se faisait un point d'honneur de montrer une extrême affabilité à tout le monde, de quelque rang ou condition que l'on fût. Évitant toujours les réponses verbeuses et les serments dont on est ordinairement si prodigue, il allait droit au but et se contentait de dire : « C'est impossible » ; ou bien : « Il faudra que cela soit ainsi. » Lorsqu'il avait prononcé ces simples paroles, il se croyait aussi engagé à y donner suite que s'il avait appelé en témoignage Notre-Seigneur Jésus-Christ et tous les saints. Scrupuleuxobservateur de la justice, il savait épargner les humbles et abaisser les orgueilleux. Il conservait une merveilleuse égalité d'âme dans le malheur aussi bien que dans laprospérité. Sises troupes venaient à éprouver quelque revers, il leur disait souvent : « Vous le savez, les chances de la guerre sont variables; mais si vous voulez vous assurer les faveurs de la fortune, conservez toujours le même courage. « Veillant avec une juste rigueur au maintien de la discipline militaire, il défendait
formellement et sous les peines les plus sévères aux mauvaises femmes de s'introduire dans son camp, comme elles avaient Thabitude de le faire pour les Français. Plein de bienveillance envers le clergé, et principalement envers ceux qu'il savait voués au service de Dieu, il rendit à beaucoup d'entre eux leurs églises paroissiales et leurs monastères, remit en vigueur les anciennes franchises et veilla à ce qu'elles ne fussent pas violées. « Les ambassadeurs ne doutaient pas que ce prince ne tint parole aux nobles du royaume de France et ne leur prêtât aide et secours. Il était indigné, disaient-ils, de voir que les partisans de Monseigneur le dauphin les traitaient depuis si longtemps en ennemis publics et exerçaient contre leurs gens les plus atroces cruautés, toutes les fois qu'ils les rencontraient, et que leur criant selon l'usage : Qui vive? qui vive? ils n'obtenaient d'eux pour toute réponse que : Le roi, la reine et le duc de Bourgogne, sans qu'il fût question du dauphin. Les partisans du jeune prince tenaient cela pour une sanglante injure, qu'ils avaient fort à cœur de venger, et ne se faisaient pas faute de parler du duc de Bourgogne dans les termes les plus méprisants. Lorsqu'ils s'emparaient par surprise de quelque forteresse royale et y faisaient prisonniers des adhérents au parti bourguignon, ils les mettaient à la torture pour leur extorquer une rançon, et s'enrichissaient ainsi outre mesure. Puis ils les accablaient de toutes sortes d'invectives et d'ou-
trages, pour les punir de ne pas obéir au dauphin, quoique ne pouvant ignorer, disaient-ils, qu'il était bien réellement dauphin, comte de Poitou, duc de Berry, fils du roi et de la reine, et légitime régent du royaume. »
Non seulement Henri de Lancastre faisait valoir son futur gouvernement comme devant rendre Tordre et la paix au pays épuisé; non seulement il affirmait avec insistance « qu'il s'acquitterait de ses fonctions en vrai gendre du roi et en prince qui tirait son origine de l'illustre famille des rois de France, et qu'il garderait fidélité au roi envers et contre tous » ; mais il allait jusqu'à prétendre qu'il agissait dans l'intérêt bien compris du dauphin lui-même. Il répétait, dit-on, souvent aux négociateurs : « Ne vous inquiétez pas si quelques gens me traitent de téméraire pour entreprendre une chose si difficile et si périlleuse. Il est vrai que le dauphin, qui sans doute voit tout cela d'un mauvais œil, essaiera d'abord, dans l'emportement de sa bouillante ardeur, de rompre cette alliance; mais il finira par approuver ce que vous faites, lorsqu'il n'aura plus autour de lui les calomniateurs et les perfides séducteurs qui le poussent sans cesse à s'écarter du sentier de la raison. »
Charles de France n'entendait aucunement s'en remettre de ses droits et de ses intérêts à la prétendue bonne volonté du roi d'Angleterre. Il essaya de retenir l'opinion franco-bourguignonne sur la pente qui l'entraînait et adressa pour cela plusieurs
manifestes aux habitants de la capitale. La lettre qu'il leur envoya de Bourges, au mois de décem- 1419, est parvenue jusqu'à nous. Onyremarque un accent de fermeté digne qui tait honneur au prince dont elle exprime la pensée et à la plume du secrétaire qui la rédigea.
« Chers et bien-aimés, déjà par plusieurs et diverses fois nous vous avons écrit au long et au vrai la volonté, ferme propos et intention où nous sommes, de tenir et faire garder entièrement la paix et amnistie générale ordonnée et publiée en ce royaume (en conséquence du traité du Ponceau), quelque chose qui soit advenue depuis ladite paix, et de vous aider, secourir et conforter contre les anciens ennemis de cet État, quelque guerre qu'ils vous fassent par siège ou autrement, et d'employer pour cela toute notre puissance et notre personne même, vous assistant de vivres, de gens et de toutes sortes de secours, selon que vous nous le voudrez requérir. Sur toutes ces choses, pour plus de sûreté, nous vous avons envoyé plusieurs fois nos lettres patentes, et néanmoins nous n'avons reçu de vous aucune réponse. Nous avons même ouï dire que quelques-unes de ces lettres ont été déchirées en votre hôtel de ville et nous en avons été fort étonné. Elles n'ont en effet d'autie but que le bien de la paix, la conservation de la seigneurie du roi et l'intérêt de ses sujets. Personne donc ne se doit à cause d'elles émouvoir en mauvaise part. Il nous semble au contraire que
tous ceux qui veulent le bien de mondit seigneur le roi et la préservation de sa couronne, de façon qu'elle ne tombe pas aux mains des ennemis, devraient être très joyeux de nosdites lettres. Quoi qu'il en soit, afin que vous voyiez bien que le désir de la paix, qui toujours subsiste en notre âme, nous est à cœur par-dessus toutes choses, et que nous ne voulons rien négliger du devoir où nous sommes de chercher par toute voie possible la bonne union de ce royaume, de telle sorte qu'il ne dépende pas de nous qu'elle ne s'accomplisse, nous vous écrivons derechef et vous faisons savoir que nous sommes toujours et demeurons dans la même intention déjà exprimée. Pour que vous en soyez certains, nous vous envoyons avec la présente nos lettres patentes sur ce sujet. Mais, comme nous avons ouï dire que certaines personnes s'entremettent en votre nom de négociations et de pourparlers avec les anciens ennemis de mondit seigneur le roi, nous prions avec insistance et requérons votre loyauté que vous veuillez avoir en mémoire et en souvenance la vertu et constance qu'ont toujours eues vos prédécesseurs, habitants de Paris avant vous, de demeurer et vivre sous l'obéissance de leur naturel et légitime seigneur, sans se laisser jamais séduire par menaces ou caresses desdits anciens ennemis de ce royaume. Vous voudrez suivre leur exemple et garder en cela votre honneur et loyauté, nous en avons pleine confiance; car, soyez-en certains,
quelque chose qui advienne^ le sujet trouve toujours plus de bénignité et de sûreté en son naturel seigneur, qu'il n'en pourrait espérer jamais de ses ennemis^ s'il venait à se mettre en leur servitude. D'autre part, vous devez penser que Monseigneur le roi étant en l'état où il plaît à Dieu de le laisser, et nous, son seul fils et héritier, absent de sa cour, il n'est permis à personne de s'attribuer l'autorité de négocier de tels traités, sur la consistance, desquels on ne saurait placer aucun ferme espoir. Veuillez donc mûrement réfléchir sur toutes ces choses, et faire accueil au bien de la paix que nous vous avons offert et vous offrons libéralement et de bon cœur. Ne mettez pas votre confiance en ceux qui veulent chercher leur sûreté par d'autres et périlleuses voies, car nous vous affirmons qu'en observant ladite paix et gardantvotre loyauté envers mondit seigneur le roi et envers nous, vous nous trouverez tel envers vous que nul seigneur ne peut mieux être à l'égard de bons et loyaux sujets, et tout mauvais souvenir sera mis en oubli. Veuillez sur toutes ces choses nous écrire et nous faire savoir votre intention, afin que nous puissions nous disposer à vous aider et secourir. Et si vous désirez en particulier telle chose que nous puissions faire, écrivez-le nous franchement, et nous la ferons. Nous prions Dieu, chers et bien- aimés, qu'il vous ait en sa sainte garde. »
Ces appels du dauphin à l'opinion publique exaspérèrent les conseillers bourguignons d'Isabeau.
Le 17 janvier 1420, ils lancèrent de Troyes, au nom du malheureux Charles VI, une diatribeféroce contre le jeune prince. La verve enragée du rédacteur, peut-être quelque clerc forcené de l'Université, outrepassant tous les usages du style ordinaire et même extraordinaire de la chancellerie royale, éclate en accents d'une fureur pathétique ^ non exempte de galimatias.
« Charles, par la grâce de Dieu, roi de France. A nos chers et bien-aimés les gens d'Église, nobles, bourgeois, manants et habitants de notre bonne ville de Paris, salut etdilection. Il est venu à notre connaissance que Charles, qui se prétend régent de notre royaume contre notre gré et volonté,, s'efforçant d'usurper de fait notre seigneurie, s'est avisé après le faux et déloyal meurtre par lui et ses complices commis traîtreusement sur la personne de feu notre très cher et très aimé cousin le duc de Bourgogne, dont Dieu ait l'âme, d'écrireà plusieurs villes et cités de notre dit royaume. Dansces lettres il accuse notre très cher et bien-aimé fils le duc de Bourgogne (l), fils de notre feu cousin, et lui reproche à faux que, sous couleur du mariage projeté de notre chère et très aimée fille Catherine avec le roi d'Angleterre, il a fait en notre nom certains traités ou accords préjudiciables à nous et à notre État tout entier. Ledit Charles s'en déclare très fort étonné au point qu'il lui est diffi-
(1) Le duc Philippe avait épousé Michelie de France, fillede Charles VI. Il était donc gendre ou beau- fds di\ roi.
cile de le croire. Il prie que personne en ce point n'adhère à notredit fils le duc de Bourgogne, ni ne lui donne aide ou faveur aucune. Il ajoute qu'il est lui-même assez puissant pour faire beaucoup de choses à l'avantage de ce royaume. 0 Dieu de vérité, devant qui quelque chose que ce soit, si secrète qu'elle puisse être, ne demeure cachée, croient-ils donc, ledit Charles et ses complices, par leur fiction mensongère palliée d'impossibilité, toujours ainsi séduire notre loyal peuple; donner le faux pour vrai, le pouvoir pour impuissance, la malignité pour bienveillance, la tyrannie pour justice, la guerre pour paix, l'extrême labeur pour repos?Gertes, c'est avec une douleur bien forte et une grande amertume de notre cœur que nous exposonsces choses et celles qui vont suivre. Mais la justice nous contraint, la vérité nous incite, cette singulière affection que nous avons pour le peuple que Dieu par sa douce grâce nous a confié, nous admoneste que, laissant de côté tout amour paternel, toute charnelle inclination, nous fassions connaître à nos sujets la vérité des choses naguère advenues, à l'occasion desquelles notre loyalpeuple est dans le piteux état que chacun voit... »
Le pathétique rédacteur s'engage alors dans un ample exposé, présenté naturellement sous le jour favorable à ses vues, des négociations de Pouilly et du meurtre de Montereau. Puis son indignation reprend l'essor. « A l'occasion dudit meurtre, fait-il dire au malheureux roi invectivant
son fils unique, confirmation de plus grande division encore est échue et advenue en notre royaume qu'auparavant. Nulle part dans les annales humaines recueillies par récriture ou autrement, on ne trouve que si inhumaine trahison ait été faite, non pas seulement en ce royaume, mais dans le monde entier. On voit clairement que par un tel crime ledit Charles s'est rendu parricide, criminel de lèse-majesté, destructeur et ennemi de la chose publique; il s'est fait transgresseur de la loi de Moïse, de la foi de l'Évangile, de la censure du droit canon, de l'institution des Apôtres et de toutes les lois; il s'est constitué ennemi de Dieu e t de justice; de telle sorte que par le damnable et énorme crime de lui et des siens il a fermé tout chemin de paix à chercher avec lui et ses complices. Aussi, ce que notredit fils le] duc de Bourgogne a fait en cette matière, nous ne le réputons point fait contre nous ni contre notre État, et en ces besognes il ne doit avoir aucun reproche ni blâme, mais bien les doivent avoir ledit Charles et ses complices, comme ceux qui ont violé la paix et cruellement assassiné le champion de notre cause et de notre couronne, le défenseur de la chose publique et celui qui voulait abattre toute puissance de tyrannie. )>
L'ardent et prolixe organe de la faction bourguignonne s'empêtre ici dans un essai d'apologie de l'alliance anglaise, qui se tourne bientôt en un redoublement d'injures contre le dauphin. « On doit
bien considérer, dit-il, le temps de la trahison dont il s'agit : c'était un moment de telle contrainte et nécessité, qu'il exigeait que toutes haines fussent entièrement effacées et mises à néant, car nôtredit royaume était en tel état que, sans Tunion de ses forces, nous ne le pouvions défendre ni soutenir contre le roi d'Angleterre. Par conséquent ledit Charles, en rompant lapaixetunion convenue, nousaôtélapotence(bâton d'appui) et soutenance de notredit royaume. Et aussi, de toutes manières qu'il a pu, il a voulu livrer notredit royaume audit roi d'Angleterre, non pas pour qu'il y eût paix entre les deux royaumes, mais pour détruire le nôtre. Mais, par la grâce de Notre-Seigneur, par le moyen de notredit fils de Bourgogne, que nous avons commis par nos lettres patentes pour traiter avec ledit roi d'Angleterre, ce même roi pourra être notre fils par un traité de mariage entre lui et notre fille Catherine, et de cette façon, nous l'espérons, ferme paix, bonne sûreté et générale tranquillité seront établies entre les royaumes de France et d'Angleterre, et nous demeurerons, nous, entièrement en possession de notre seigneurie, de nos honneurs et prérogatives. Tout cela n'a donc pour objet que la pleine félicité et prospérité de nous, de notre peuple et de notre royaume. Et ledit Charles ne doitpas dire et écrire, ni appeler Dieu à témoin pour soutenir qu'il ne dépend pas de lui qu'il n'y ait accord entre lui et notredit fils de Bourgogne, car la sainte Écriture, par laquelle
Dieu nous parle et nous instruit, ne conseille point que Ton cherche la paix avec ceux qui ont tourné- TofTice de paix en discordes et carnifices (massacres), et qui ont si fort coutume d'user de méchancetés^ que par force d'habitude mal faire leur est tourné en nature perverse. Il n'y a aussi personnede sain entendement qui conseillât de se commettre avec de tels hommes, qui mènent vie detyrans, où il n'y a ni foi, ni charité, ni ferme confiance de bienveillance; mais toutes choses y sont toujours en soupçon et souci, et il n'y a là aucuneplace pour l'amitié. Ce serait vraiment chose bien absurde que le fils se fiât en celui ou ceux qui si damnablement et traîtreusement ont assassiné son père. Enfin, à regarder le cas comme il convient,, ledit Charles s'est rendu indigne de notre succession et de tous autres honneurs et dignités; il ne doit recevoir aide, secours ni confort, mais tousdoivent être contre lui, car il l'a ainsi voulu luimême, comme cela est exprimé ci-dessus. »
La pièce se termine par une adjuration aux Parisiens, accompagnée de promesses et de menaces, et par une malédiction solennelle, que le roi (pauvre père!) est censé jeter avec un éclat foudroyant sur la tête du prince, son fils, résolument voué au diable par l'impitoyable et insatiable courroux du secrétaire bourguignon. « Cela étant,, fait-il dire à Charles YI, nous voulons et vousmandons par tout l'amour, foi et loyauté que vous nous devez, que, persistant dans les bonnes et
•saines dispositions que vous avez toujours eaes à notre endroit, vous ne teniez aucun compte de quelque chose que Ton vous écrive de la part dudit Charles, et que vous ne le réputiez ni appeliez en aucune manière prince ni seigneur d'aucune terre, €ar, comme il a si évidemment violé son serment et sa parole, donnée par lui comme parole de prince, il s'est lui-même dépouillé d'un tel honneur. Ne négligez pas non plus de poursuivre avec grande diligence la punition de tous ceux que vous saurez tenir son parti. Continuez d'obéir à nous et à nos lettres, ainsi que vous l'avez fait toujours et justifiez ainsi notre confiance en vous. Ne perdez pas de vue le grand bonheur qui vous attend à îa conclusion de la paix. Dans cet espoir, vous tiendrez peu de compte des choses qui sont faites par les assassins susdits contre la divine majesté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de son vicaire sur la terre, et de nous-même qui, par la grâce de Dieu, sommes votre roi et souverain seigneur. Ne vous imaginez pas que les choses ne doivent pas en venir à bonne conclusion avec le roi d'Angleterre, et à effet profitable pour nous et tous nos bons et loyaux sujets. Nous avons la ferme espérance en Dieu que dans un bref délai, par le moyen de cette entente, nous abattrons l'orgueil dudit Charles et de ses adhérents et complices, qui font tous leurs efforts pour nous enlever notre seigneurie et pour la détruire. Et afin que chacun connaisse la méchanceté dudit Charles et de ses complices,
et la disposition où nous sommes contre lui, nous voulons que ces présentes lettres soient publiées dans votre ville toutes les semaines au jour du marché, et que Ton punisse tous ceux qui seront trouvés agissant ou machinant en sens contraire, sans en épargner aucun, de quelque état ou condition qu'il soit. Nous avons su en effet que plusieurs places de notre royaume ont naguère été perdues pour nous et mises à entière destruction par ledit Charles et ses gens, nos ennemis, en conséquence de la tolérance abusive que l'on a eue de, souffrir de tels machineurs dans lesdites places. Mais dans peu de temps, avec l'aide de Dieu, nous ferons si bien nettoyer les places de notre royaume, que les chemins seront sûrs, que le commerce aura son libre cours, et que notre peuple, qui a eu tant à souffrir, sera relevé de sa détresse, pourra travailler en sécurité et vivre en tranquillité et bonne paix. En outre, comme ledit Charles demande que vous et d'autres envoyiez par devers lui quelques-uns d'entre vous, moyennant les sauf-conduits qu'il vous donnera, lui ou son chancelier, que l'on appelle Maître Robert le Maçon, et qui est l'un des plus principaux conspirateurs de la trahison susdite, nous vous défendons par la teneur de ces présentes lettres, sous peined'être réputés faux, traîtres, félons et déloyaux envers nous, d'y aller ou d'y envoyer, ni de souffrir qu'on y aille ou y envoie en aucune manière. On ne doit point en effet entrer en relations
avec ceux qui ont renié leur foi et leur loi et renoncé à leur part de paradis. De plus, on ne doit avoir aucun égard à la jeunesse dudit Charles ni y chercher une excuse, car il était d'un âge suffisant pour connaître le bien et le mal; et même en admettant cette supposition de sa jeunesse, après tout, sa malice et méchanceté a été si grande, qu'elle a excédé toute espèce d'âge. On l'a vu le plus habilement expert de tous en douces paroles, pour décevoir et faire assassiner, comme il est dit ci-dessus, notre feu cousin de Bourgogne, dont la mort, comme vous et tous nos autres sujets devez le tenir pour certain, n'a eu d'autre cause que sa volonté de racheter notre bon peuple des peines €t misères qu'il a endurées si longtemps. Enfin, maintenant, il n'y a plus place pour le repentir de la part dudit Charles, car par sa faute l'État en €st venu à une telle désolation, qu'il ne peut plus être relevé de son côté ni par sa puissance. Mettre donc en lui son espoir, ce serait s'acheminer pour un temps prochain à la ruine totale et irréparable perdition de nous, de notre royaume et de nos sujets. »
Le dauphin et ses conseillers ne pouvaient plus guère se méprendre sur la situation qui leur était faite. Ils ne devaient compter pour lutter contre l'usurpation qui se préparait que sur les provinces et sur les forces qui leur étaient restées soumises. A.ussi fallait-il se préoccuper avant tout de maintenir sous la main du jeune régent, menacé par