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Faccession de la France bourguignonne à la France anglaise, la France demeurée française. De là le voyage officiel, militaire et solennel du prince Charles en Languedoc, où Tun des plus puissants feudataires du Midi, le comte de Foix, par un trait d'audacieuse habileté, s'était fait doublement investir de la lieutenance générale par les deux gouvernements rivaux, celui de Bourges et celui de Paris ou de Troyes, et songeait à se créer par ce moyen dans cette province une seigneurie quasiindépendante. Charles se mit en route le 21 décembre 1419 et se rendit d'abord à Lyon par le Bourbonnais. Il fît en chemin de joyeuses étapes. Les ébats de sa cour à Ferreux en Beaujolais, où, le 6 janvier 1 420, il célébra la fête des Rois dans la maison de Jean Frenier, y causèrent des dégâts pour lesquels ce brave hôte, qui n'avait peut-être pas été sans froncer un peu les sourcils aux suites de l'honneur dont son domicile était l'objet, reçut une indemnité de cinquante livres tournois. Lesjours suivants^ le séjour du prince àThizy, dans la demeure de Jeanne de Chambérieu, ne fut pas non plus parfaitement calme. L'hôtesse en effet, qui appartenait à la noblesse de l'endroit, comme l'indique son titre de « demoiselle », nullement exclusif alors et longtemps après soit du mariage, soit du veuvage, fut gratifiée par le dauphin d'une somme de vingt livres a pour le désarroi mis en son hôtel, où il a logé en cette ville, et aussi pour plusieurs draps, nappes, serviettes et autre linge
qu'elle a perdus pendant le temps que ledit seigneur y a été logé ».
Charles fit son entrée à Lyon le 22 janvier. Gérard Machet, son confesseur, qui, avec son médecin Jean Cadart, raccompagnait dans ce voyage, fut heureux de retrouver et d'embrassôr son ancien maître, son illustre ami Jean Gerson. Le chancelier de Notre-Dame de Paris avait quitté la capitale pour se rendre au concile de Constance. A son retour, il ne voulut point plier sa conscience et ses sentiments de loyal Français sous le joug de la faction bourguignonne, redevenue maîtresse de la cité et de l'Université parisiennes. Il aspirait d'ailleurs au repos, à une retraite sanctifiée par la prière et la méditation ascétique. Il la trouva au couvent des Célestins de Lyon, dont son frère était prieur. Le régent, qui sans aucun doute le voulut voir, s'honora en comprenant le grand docteur en compagnie de Gérard Machet dans les libéralités largement faites alors par lui aux personnes de son entourage. Gerson reçut du dauphin deux cents francs, Gérard centfrancs, sommes alors très notables, « tant en considération, dit l'acte authentique, des bons et grands services qu'ils lui avaient dès longtemps faits, que pour les aider à supporter les pertes et dommages qu'ils ont encourus dernièrement en la ville de Paris, à cause de la rébellion advenue en icelle ».
A Vienne, capitale de son Dauphiné, où Charles se rendit de Lyon, le prince reçut lui-même des
habitants un présent beaucoup plus considérable, mais peut-être moins volontaire, à savoir la somme de huit cents florins d'or. Il traversa ensuite rapide. mentl'Auvergne etpénétra en Languedoc. Le 4mars, il fit à Toulouse une pompeuse entrée. Il révoqua les pouvoirs accordés au comte de Foix et déclara que, pendant son séjour en Languedoc, il exercerait en personne la fonction de lieutenant général. Il présida, le 17 mars, à Carcassonne rassemblée des États de la province. Après s'être arrêté cinq jours à Montpellier, il se dirigea vers Nîmes, où l'attendait, il ne l'ignorait pas, un accueil bien différent de celui dont il avait été jusqu'à présentréjoui. Cette ville, d'opinionbourguignonne, lui fermait ses portes. 11 résolut de les forcer et prit, le 4 avril, la direction du siège déjà commencé en son nom. Les habitants, effrayés, capitulèrent ce jour-même. Le prince, irrité, fit mettre à mort les principaux instigateurs de la résistance et abattre une partie des murailles de la ville. 11 supprima aussi le consulat, magistrature municipale qui représentait et maintenait les droits et franchises de la cité. Mais il le rétablit peu de jours après (22 avril). Le Pont-Saint-Esprit, occupé par une garnison hostile, fut réduit également après un siège d'une huitaine de jours, oii fit bon effet une grosse bombarde, chère à la ville d'Aix, qui la prêta pour cette circonstance. Sauf trois places secondaires, qui devaient être occupéesl'année suivante, toute cette riche et importante région recon-
naissait de fait et de cœurTautorité du régent qui, en quittant le Languedoc, y institua pour lieutenant général le comte de Glermont. Le 14 mai, en pèlerin plus encore qu'en souverain, il fit son entrée au Puy, lieu célèbre par son sanctuaire consacré à la sainte Vierge. Le 15, portant le surplis et Taumusse, il assista, comme chanoine de droit, aux premières vêpres de l'Ascension. Il communia, le lendemain, à la messe solennelle et arma chevaliers plusieurs seigneurs de son entourage. Son expédition, de résultat très heureux, était achevée. Charles était de retour à Poitiers, l'une de ses capitales, le 8 juin 1420.
Pendant son absence, les choses, comme il fallait s'y attendre, avaient été pour lui de mal en pis au nord de la Loire. En outre, son principal conseiller, le président Louvet, lui avait fait commettre une très grosse faute, en autorisant de sa part, puis en essayant de mettre à profit un déplorable attentat contre le duc de Bretagne Jean VI, que les sollicitations du duc de Bourgogne attiraient en ce moment vers l'alliance anglaise. Les auteurs de cette criminelle entreprise étaient les princes de Penthièvre, descendants de Charles de Blois et qui à ce titre conservaient encore, malgré le traité de Guérande (1365), qui avait réglé la succession de Bretagne, des prétentions sur ce duché. Ces prétentions d'ailleurs n'étaient pas à ce moment ouvertement déclarées. Au mois de février 1420, l'aîné de ces princes, Olivier de Blois, vint au contraire
trouver le duc Jean dans la ville de Nantes, renouvela entre ses mains son serment de fidélité et lui prodigua les marques de son respect et de son affection. Jean fut enchanté de la conduite de son cousin et accepta très volontiers l'invitation que celui-cî lui adressadelapartdesa mère, Marguerite de Clisson, fille du célèbre connétable, de la venir visiter à deux petites journées delà, dans sa châtellenie de Champtoceauxprès d'Ancenis, oii elle se proposait de lui faire fête, de lui donner « banquet gracieux où il serait servi par les plus belles demoiselles que l'on pourrait souhaiter et où il trouverait passe- temps moult plaisant ». Le duc se mit donc en route avec son frère Richard en compagnie d'Olivier. On chevaucha de bonne humeur juqu'au pont de laTroubarde, qui traversait la Divatte. Là, il fallut mettre pied à terre, car le pont était en mauvais état. Les princes passèrent en plaisantant sur les planches déclouées avec un petit nombre de c ompagnons seulement. Laplaisanterie devint alors de plus haut goût. Les gens d'Olivier, éclatant de rire, jetèrent à l'eau les planches du pont. L'escorte ducale était séparée de son maître. Tout à coup, d'un bois voisin sortit une bande de cavaliers avec quelques fantassins. A sa tête apparut un des frères d'Olivier, Charles de Blois, seigneur d'Avaugour. « Monseigneur, dit au duc le comte de Penthièvre en lui mettant la main sur l'épaule, vous êtes mon prisonnier, et vous ne m'échapperez pas avant de m'avoir rendu mon héritage. » Les quelques servi-
leurs du duc présents à ce guet-apens essayèrent bien de le défendre. Le sang coula, mais il fallut enfincéder à la force. Jean et son frère Richard furent emmenés captifs. On ne leur épargna pas les mauvais traitements. Leduc se vit lier la jambe droite à la bride et àl'étrier du cheval qu on lui fournit et qu'un fantassin mena parun licol, tandis que deux cavaliers, « deux grands ribauds à chevaucher », le flanquaient à droite et à gauche. Il fut conduit ainsi d'abord à Champtoceaux, où, au lieu du festin promis, il eut à subir les dédains et les rebuffades de Marguerite, puis au château de Clisson, puis à des résidences ou prisons de plus en plus lointaines, en diverses forteresses d'Anjou et de Poitou et jusqu'au fond de la Saintonge. On refusa d'ailleurs de le remettre aux mains du dauphin. A la merci de ses ennemis, Jeanne se montra nullement héroïque. Il supplia pour sa vie et souscrivit à sa déchéance. On ne l'en garda pas moins sous clef. Mais Jeanne de France, sa femme, fille de Charles VI, fit preuve en cette circonstance d'une belle et mâle énergie. Elle prit vaillamment en main les rênes, mena rude guerre aux Penthièvre et négocia au profit de son mari de tous les côtés. Elle obtint de Henri V qu'il mît à sa disposition l'épée de son beau-frère, Arthur de Bretagne, comte de Richemont, prisonnier depuis Azincourt. Elle obtint du régent Charles, son frère, honteux de la participation ou tout au moins de celle de son gouvernementàunforfaitflétriparropiniongénérale,un
désaveu de l'attentat et une intervention en faveur de la victime. Déçu dans sa combinaison précédente, le président Louvet n'hésita pas à se faire Tinstrument de cette nouvelle et meilleure politique. Il se chargea et s'acquitta de la tâche d'obtenir la délivrance de Jean VI. Le duc de Bretagne fut rendu à la liberté le 5 juillet 1420. Revenu dansson duché, il se tint pour dégagé de toutes les promesses que lui avait dictées la crainte, et fit entamer par son parlement contre ses geôliers une procédure criminelle par contumace. De plus, il se rangea, par une adhésion formelle, au nombre desgrands feudataires de la France anglaise.
Depuis deux mois l'existence, l'extension, l'avenir de cet État nouveau, substitué par la conquête étrangère et la fureur des discordes intestines à la monarchie de Philippe-Auguste et de saint Louis^ avaient été consacrés par un pacte solennel. Isabeau de Bavière et Philippe de Bourgogne avaient, sous le nom de Charles VI, livré à Henri d'Angleterre la couronne des fleurs de lis. Ce ne fut pas, nous nous plaisons à le penser, sans un douloureux serrement de cœur que notre religieux de Saint-Denis inséra, comme il crut le devoir faire, dans le corps de sa chronique, la teneur intégrale du honteux traité deTroyes (21 mai 1420). Quelle peine surtout ce dut être pour une main française de transcrire les clauses qui, violant ouvertement le triple droit naturel, dynastique et national, réglaient à nouveau, contrairement à toute tradition, la succession
au trône, et donnaient un Lancastre pour héritier futur et pour tuteur présent au descendant déshonoré de Hugues Capet.
u Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, pour perpétuelle mémoire.
c( Le besoin de rétablir la paix et de calmer les dissensions des royaumes de France et d'Angleterre a fait conclure à diverses reprises, dans les temps passés, plusieurs traités notables entre nos illustres aïeux d'heureuse mémoire et ceux de très excellent prince, notre très cher fils Henri, roi d'Angleterre, héritier de France, ainsi qu'entre notredit fils et nous; mais ces traités n'ayant point produit les fruits qu'on en espéraitpour la paix, savoir faisons à tous, présents et à venir, que, considérant au fond de notre cœur et envisageant les maux graves et irréparables, les calamités et les plaies douloureuses que l'universelle et incurable division des deux royaumes susdits a occasionnés jusqu'à ce jour, non seulement auxdits royaumes, mais encore à toute l'Église militante, nous avons jugé convenable de reprendre tout récemment les négociations avec notredit fils Henri, et après plusieurs entrevues et des conférences réitérées tenues par nos conseillers, avjcc l'aide de Dieu, qui promet la paix aux hommes de bonne volonté, et qui s'est montré favorable à nos désirs, il a été consenti et convenu entre notredit fils et nous, pour l'accomplissement de la paix désirée, un traité ainsi conçu :
« Premièrement, le roi Hemi étant devenu notre fils et celui de notre bien-aimée compagne la reine, par le moyen du mariage convenu pour le bien de la paix entre lui et notre très chère et bien-aimée fille Catherine, notredit fils nous honorera tous deux, comme son père et sa mère, avant toutes autres personnes de ce monde, et selon qu'il convient d'honorer de tels et si grands prince et princesse.
a Item^ notredit fils Henri ne mettra empêchementni trouble à ce que nous tenions etpossédions, ainsi que nous tenons etpossédons présentement, la couronne de France et la dignité royale, les fruits, revenus et profits d'icelles, pour le soutien de notre état et des charges du royaume; il n'empêchera pas non plus notredite compagne de tenir, tant qu'elle vivra, état et dignité de reine selon la coutume dudit royaume, avec la part des revenus et profits à elle appartenant...
« Item, il est entendu que, aussitôt après notre décès et dorénavant, la couronne et le royaume de France avec tous leurs droits et appartenances, demeureront perpétuellement à notredit fils le roi d'Angleterre et à ses héritiers.
« Ilem, comme- pour la plupart du temps nous sommes tellement tenu et empêché, que nous ne pouvons nous livrer ou vaquer à la direction des affaires de notre royaume, la faculté et le pouvoir de diriger et ordonner le gouvernement duilit royaume seront et demeureront, tant que nous
vivrons, à notredit fils le roi Henri, avec le conseil des nobles et prud'hommes qui nous obéissent et qui ont toujours eu à cœur l'avantage et r honneur dudit royaume, de telle façon que dès maintenant et dorénavant ii puisse gouverner ce royaume par lui-même et par ses délégués avec le €onseil des nobles etprud'hommes ci-dessus mentionnés; et ainsi la faculté et le pouvoir de gouverner étant confiés à notredit fils Henri, il travaillera affectueusement, diligemment et fidèlement pour rhonneur de Dieu, de notre personne, de notre •compagne bien-aimée, et aussi pour le bien publie •dudit royaume, de manière à le pouvoirdéfendre, •apaiser, mettre en repos et administrer selonl'exigence de la justice et de Téquité, avec le conseil et l'aide des grands seigneurs, barons et nobles dudit royaume...
« Item, notredit fils travaillera à ramener à noire ■obéissance toutes et chacune des villes, cités, châteaux, pays et personnes, hostiles et rebelles ànotre autorité, tenant pour le parti vulgairement appelé du dauphin et d'Armagnac...
« /^em, tant que nous vivrons, il ne signera ni ne se nommera roi de France; mais il s'abstiendra de cette qualification, notre vie durant.
« //em, notre vie durant, nous lui écrirons ainsi
en français : Notre très cher fils Heari^ roi dWngle-
terre^ héritier de France^ et en latin ; Noster prœca-
rissimus [ilius Henri eus, rexAngliœ^ hieres Francia'.
(( Itejïi, afin que la concorde, la paix et la tran-
quillité puissent durer àjamaisentreles deuxroyaumes de France et d'Angleterre et être observées, et qu'il soit obvié aux obstacles et causes pour lesquels des dissensions et discordes pourraient, ce qu'à Dieu ne plaise, s'élever à l'avenir entre ces deux royaumes, il est entendu que notredit fils travaillera de tout son pouvoir à ce que, de l'avis et du consentement des trois États des deux royaumes, lesdits obstacles soient écartés, c'està-dire à ce qu'il soit pourvu et ordonné que, du moment où notredit fils ou quelqu'un de ses héritiers viendra à la couronne de France, les deux royaumes de France et d'Angleterre demeurent ensemble à jamais, etqu'ils aient pour souverains une seule et même personne, à savoir notre cher fils Henri, tant qu'il vivra, et ensuite ses héritiers successivement, et que ces deux royaumes soient désormais gouvernés par notre fils Henri et par ses successeurs légitimes, non pas par division et sous divers rois en même temps, mais sous celui qui sera en même temps roi et seigneur souverain de l'un et de l'autre royaume, en gardant toutefois àTunetà l'autre ses droits, libertés, coutumes, usages et lois, sans soumettre en aucune manière à l'un les droits de l'autre...
« Item^ vu les horribles et énormes forfaits perpétrés dans ledit royaume de France par Charles, soi-disant dauphin de Viennois, il est entendu que ni nous, ni notredit fils Henri, ni non plus notre cher fils Philippe, duc de Bourgogne, ne traiterons
aucunement de paix ou d'accord avec ledit Charles, et ne ferons de traités que de l'avis et consentement de chacun de nous trois ainsi que des trois États des deux royaumes susdits...
« To'Utes et chacune desquelles choses ci-dessus dites et écrites, nous, Charles, roi de France, pour nous et nos héritiers, en tant que cela pourra et peut nous toucher, sans dol, fraude ou mal engin avons promis, promettons et jurons sur notre parole de roi et sur les saints Évangiles de Dieu par nous corporellement touchés, d'accomplir etobserver, de faire accomplir et observer par nos sujets ; et aussi que nous et nos héritiersnousne viendrons jamais à rencontre de toutes les choses susdites ni de chacune d'elles, de quelque façon que ce soit, en justice ou hors justice, directement ou indirectement, ou sous quelque prétexte que ce soit. Et afin que lesdites choses soient fermes et stables perpétuellement etàjamais, nous avons fait appose r notre sceau à ces présentes lettres. »
Aucune des formalités offîciellesrequises pour lui donner force de loi, ne fit défaut à ce triste monument d'exhérédation dynastique et de déchéance nationale. Il fut enregistré au Parlement de Paris, promulgué au Ghâtelet, solennellementreçuet juré par l'Université et tous ses suppôts présents, soit ceux des trois Facultés de théologie, de droit canon et de médecine, réunies àSaint-Mathurin, soitceux des quatre nations de la Faculté des arts, assemblées à Saint-Julien-le-Pauvre. Il fut accepté et
ratifié par de prétendus États généraux tenus à rhôtel Saint-Paul. Injonction fut faite au nom du roi d'y prêter serment à « tous nos vassaux et sujets de quelque état, dignité ou condition qu'ils soient, sans contradiction, refus, délai ou excuse quelconque ». Il fut notifié aux cours étrangères et l'on obtint pour lui des lettres d'approbation formelle de l'empereur Sigismond. Le roi d'Angleterre attachait naturellement le plus haut prix à la sanction du Saint-Siège, et il pouvait l'espérer de la bienveillance spéciale que le Pape lui avait jusqu'à présent témoignée. Néanmoins Martin V ne la lui accorda point. Il ne pouvait convenir au Souverain Pontife de souscrire à Tarrét de mort de la France indépendante, de confirmer soit comme représentant deDieu sur la terre^ soit comme suprême arbitre international, la mise au joug anglais de la Fille aînée de l'Église.
Des trois contractants conscients et responsables de ce pacte hideux, il en est deux dont l'un au moins était dans son rôle deconquérant victorieux, et dont l'autre trouvait une excuse relative dans la pression des circonstances, résultant du meurtre récent de son père. Mais la conduite de la tierce personne était répugnante au delà de toute mesure, insultait de front à la conscience publique et aux droits sacrés de la nature elle-même. Isabeau ne parut pas s'en douter. La grande mondaine aigrie s'affaissa mollement dans la satisfaction de sa rancune et de sa luxueuse indolence. « Le 17 mai,
dit Vallet de Viriville (1), groupant les renseignements extraits par lui des comptes authentiques, au moment où tout, à Troyes, était prêt, des lettres patentes, rendues au propre nom d'Isabelle, lui instituèrent un argentier, c'est-à-dire une liste civile indépendante. La reine se sentait plus valétudinaire que jamais. Par les soins de son apothicaire et d'un conseiller bourguignon de Paris, Michel de Laillier, elle lit venir de cette capitale un précieux électuaire, ou potion médicinale. Cet élixir, que prit la reine dans l'intérêt de sa santé, se composait d'or potable, de jacinthes, d'émeraudes, de rubis d'Alexandrie et de perles d'Orient. Pour les solennités qui se préparaient, Laurent Bonnault, tailleur de la reine, lui confectionna une robe magnifique et d'un haut prix. Cette robe, destinée à orner l'obésité d'isabeau, mesurait quatorze aunes de drap de soie de Damas bleu, achetées à un marchand de Lucques. Elle se fit faire en même temps, de rechange, une autre robe, dite houppelande, de damas noir, dont la soie seule coûta, monnaie du temps, cinq cent trente-sept livres, douze sous parisis. Quinze cents ventres de menu vair furent employés à la fourrure de ces deux robes, que la reine portait au traité de Troyes et au mariage de Catherine. — Lorsque tout fut consommé, lorsque Henri V eut passé au doigt de sa fiancée l'anneau qui le faisait roi de France, veut-on savoir
(1) Histoire de Charles VU, roi de France, et de son époque, t. I, p. 220, 221.
quelles préoccupations, quels soucis absorbaient Isabeau de Bavière ?... La reine avait laissé à Vincennes et à Paris une partie de ses animaux et de sa volière. A travers les périls des routes infestées degendarmes et de brigands, elle fit venir de loin, par devers elle, à Troyes et à grands frais, « trois douzaines de petits oiselets chantants, chardonnerets, pinçons, linottes, tarins, et autres, tant mâles que femelles ». — Des robes et des oiseaux, voilà ce que vit, dans le traité de Troyes, Isabeau de Bavière. »