Au premier moment le roi et Richelieu ne dirent rien
Quoi qu'il en soit, le surlendemain, dimanche 15 septembre, on enlève les canons du château avant de livrer celui-ci aux ennemis ^ Le soir, le commandant en chef va dîner au camp des Espagnols^. Le 18 arrivent les premières troupes qui doivent occuper la ville: deux compagnies d'infanterie, tambours battant, dont les fourriers réclament d'abord mille lits, plusieurs maisons pour les officiers et du bois de quoi chauffer deux mille hommes. Les habitants refusent. Ils n'ont rien de ce qu'on leur demande. Les Français évacuent à leur tourtes ouvrages extérieurs et se concentrent
approuvant même ce qu'avait fait Sciiombers, puisque l'état de Casai était à l'extrémité (Avenel, III, 903 ; lettre de Richelieu du 19 septembre). Puis le cardinal changeant d'avis fut très fâché {lôid., 907). Dans ses Mémoires (II, 260), il déclare les articles de la trêve des « conditions iniques » et dit que « le l'oi n'avoit pas donné pouvoir à ses généraux de les accorder ». Un contemporain écrit : « Cette tresve a causé en cour beaucoup de troubles et de querelles « (Cité par Avenel, 111, 908, note). De Guron, de son côté, ajoute que ■< cette suspension a esté condamnée de tout le monde, quoique peu de personnes en sussent les raisons >■ {op. cit., p. 7fi). Toute la question portait sur le point de savoir si oui ou non Casai pouvait résister davantage. Le témoignage de M. de la Serre l'éclaircit.
i. Ce jour même, 15, Toiras conclut avec le marquis de Sainte-Croix une convention spéciale en 9 articles concernant l'évacuation des malades, le passage des courriers, les vivres, etc. (Baudier, p. 193; Mercure françois, XVI, 1630, 782- 7). Richelieu envoya immédiatement à Toiras pour payer les vivres aux Espagnols 135 000 livres {Mém., II, 273).
2. On lui fit une brillante réception. La garde se mit en bataille; les officiers vinrent le saluer de la pique. M. de Spinola que Toiras vit dans son lit, voulut se lever sur son séant pour lui serrer la main (Baudier, Hisl. de Toiras, p. 196).
dans la ciladelle. Le vendredi 20, deux mille nouveaux soldats entrent dans Casai : 500 Allemands, 500 Milanais, 500 Napolitains, 500 Espagnols. Ils se montrent à l'ég-ard des habitants d'une insolence et d'une brutalité inouïes, les malmènent, les dépouillent, les assomment, en pendent et en tuent quelques-uns. « Lors le peuple recog-nut que s'ils nous tenoient pour meschans, les autres estoient des diables ! »
25 septembre! M. de Spinola est mort!... La nouvelle produit une vive émotion et la garnison espagnole prend les armes en signe de deuil*...
Les jours suivants cette garnison augmente. Des officiers généraux ennemis, le duc de Lerme, le marquis de Sainte-Croix, d'autres, accompagnés du comte Cerbellon et du nonce, viennent se promener dans les fortifications de la ville pour les examiner. Ils admirent beaucoup ce qui a été préparé et disent que s'ils avaient cru pouvoir entrer dans la place au moyen d'un simple assaut, ils se
i. Spinola mourut ulcéré de son échec devant Casai, échec dû à l'abandon dans lequel on l'avait laissé. « Me han quitado la honral » répétait-il, <■ ils m'ont enlevé l'honneur! » (Véritable relation de ce qui s'est passé à Cazal; ensemble la mort du marquis de Spinola et ce qui s'est passé en icelle. Paris, J. de la Tourette, 1630, in-S" ; La rencontre de l'ombre du duc de Savoie avec celle du marquis de Spinola en l'autre monde. (S. 1.), 1630, in-8"; Baudier, p. 196-7).
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trompaient Lien. D'après eux, M, de Spinola, sur son lit (le mort, au château de Scrivia, aurait déclaré avoir rarement rencontré une ville qui fût mieux défendue.
On demeure dans cet état d'attente trois semaines, trois longues semaines, pendant lesquelles Espagnols et Français vivent à part, les seconds enfermés dans la citadelle, les premiers dans la ville, en proie à la peste qui les ravage.
22 octobre. Enfin, surprise extrême! Cette fois, définitivement et avec certitude, l'armée française de secours, commandée par les maréchaux de Schomberg et de la Force, est annoncée M Elle n'est plus qu'à huit lieues, dit-on, elle a dépassé Asti et se dirige à marches forcées sur Casai, sans vouloir entendre parler d'ouverture de paix qu'on lui fait pour la retarder. Une agitation fiévreuse saisit les Espagnols ; ils amènent trente-quatre pièces de canon qu'ils installent dans le château
1. On remarquera que la trêve n'a pas pris fin le 15 octobre comme il avait été convenu. C'est qu'en effet le roi avait écrit à Toiras que les ennemis n'ayant pas tenu leurs engagements, il lui défendait de livrer la citadelle de Casai le 15 octobre et lui prescrivait d'attendre ses ordres (Avenel, Lettres de Richelieu, m, 92o). Il y avait eu toute une discussion en cour sur la prolongation de la trêve (Ibid., 'J14-917). On avait voulu des otages de Spinola, lequel les avait refusés [Mémoit-es de Richelieu, II, 261).
et sur les bords du Pô. Contrairement aux conventions, ils ne vont donc pas évacuer la ville. Ils creusent des tranchées, une lieue au-dessus, une lieue au-dessous de Casai; élèvent des ouvrages de cinq cents en cinq cents pas ; accumulent l'artillerie, appellent des renforts qui leur arrivent. Un munitionnaire dit à M. de la Serre qu'ils sont 55 000 hommes; ce chiffre est exagéré. Du côté français l'allégresse est exubérante.
Cette bienheureuse armée de secours a été mise en marche, paraît-il, dès le 6 juillet, mais toutes sortes de malheurs Font arrêtée, maladies, peste, divisions des chefs, dont quelques-uns pensaient qu'on ne ne pourrait jamais sauver Casai. Elle n'a commencé à se former réellement que lorsque le cardinal de Richelieu a envoyé à sa tète son ami personnel, le maréchal de Schomberg, sous l'énergique décision de qui les troupes se sont mises en mouvement le 15 octobre'; elles ont contourné le
1. Toutes les phases des diflicultés présentées par la mise en marche de l'armée de secours peuvent se suivre dans les Lettres de Richelieu (t. 111, 780 et suiv.). Le cardinal énuniêre ailleurs {Mémoires, 11, 243, '204) ces difficultés se renouvelant à chaque pas, pendant cinq mois, difficultés dont la jalousie des officiers généraux entre eux n'était pas la moindre. 11 n'y avait pas de vivres et le duc de Savoie entravait le rassemblement des provisions {Mém. de Fontenay-Mareuil, 221; Avenel, 111, 'J66). La peste et les maladies faisaient de tels ravages que des capitaines demandaient la suppression de leurs compagnies, le secours de Casai passant « pour une resverie » (de Guron,
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massif du Monlferral par le sud, cl viennent rapidement prendre la ville à revers \
Le 23, du haut des bastions de la citadelle, les officiers français qui guettent, aperçoivent des bandes de cavalerie ennemie en désordre, « rompues », ramenées au grand trot, remplies de blessés. Il y a eu contact sans doute avec l'avant-garde de l'armée française, et les régiments espagnols écharpés ont été reconduits'-. Sur le bord du Pô,
Relation des affaires de Maîitoue, p. 75 ; cf. lettre de M. de Brézé à Bouthilier, Avenel, III, 783). A la cour, pour décrier Richelieu, on déclarait le secours de Casai impossible (Mém. de Fontenay-Mareuil, 229) et le cardinal prétend même (Mém., II, 274) que Toiras faisait ce qu'il pouvait pour décourager Schomberg d'avancer. — Henri de Schomberg, comte de Nanteuil, d'origine allemande par son père, capitaine des reitres sous Henri III, avait été surintendant des finances en 1G19, gouverneur du Limousin en 1622 et fait maréchal en 1625. Il fut nommé à la tête de l'armée d'Italie en août (Avenel, III, 865), conjointement avec les maréchaux de la Force et de Marillac; il avait ordre d'en finir (Fontenay-Mareuil, Mém., 229).
1. On choisit ce chemin, que reconnut d'abord du Plessis- Besançon, — lequel établit les étapes — {Mémoires de du Plessis- Besançon, éd. llorric de Beaucaire, pp. 6 et 112-114), pour des raisons militaires (Mém. de Richelieu, II, 27 i). Ce chemin avait été très étudié.
2. On a, étape par étape, la marche de l'armée de secours dans le journal qu'en a écrit Schomberg (H. de Schomberg, Relation très particulière de ce qui s'est passé en Piémont jusques après le secours et la paix de Casai [s. 1. n. d.], in-4''; réimprimé dans le P. GrifTet, llist. de Louis XIII, pp. 713-727). aussi, dans la relation du marquis d'Effiat (Les heureux progrès des armes du roi Louis XII!, Grilfet, 111, 728-746); les Mémoires du duc de la Force (éd. du marquis de La Grange, III, 1(1 et suiv.; surtout ses lettres, pp. 320etsuiv,); les Mémoires encore
des quais sont organisés par l'ennemi qui se prépare, probablement, à embarquer son matériel sur des bateaux pour s'en aller vers le Milanais.
24 au matin. On dislingue de grands mouvements du côté des Espagnols, un va-et-vient de chevaux, de longues files de charrettes chargées de bagages. L'armée décampe-t-elle ou va-t-elle au-devant de M. de Schomberg? A la citadelle, M. de Toiras fait disposer des batteries aux bastions, et arme, en prévision de l'arrivée de l'armée de secours qu'il y aura lieu d'appuyer, si elle attaque. Le soir, on a des détails sur l'ena-agement de la veille. Les éclaireurs, les « coureurs » des deux armées se sont rencontrés dans la plaine d'Asti, à l'endroit dit de la Croix-Blanche. Les Français ont chargé avec tant de vigueur les 1 500 Italiens qu'ils avaient devant eux, que ceux-ci, après avoir tiré leurs pistolets et leurs carabines, ont lâchement fui. L'Italien qui en parle à M. de la Serre ajoute, furieux : e io son uno de quelli vituperosi che lianno fugitil II en était'!
du maréchal du Plessy-Praslin (Paris, C. Barbin, 1676, in-4"); enfin ceux de Puységur (Mém., éd. Tamizey de Larroquc, I, 96); tous auteurs témoins oculaires.
1. D'après Schomberg (Relation tri}s parliculière, p. l),c'esl le matin du 21 octobre que les carabins de l'avant-garde de l'armée française, commandés par M. de Bideran, rencontrèrent
Le secours avance. On cile des villages peu éloignés où l'on a vu des Français venant chercher des vivres. Les Espagnols embarquent leurs bagages sur le Pô et les expédient à Alexandria et à Valenza. Ils se mettent môme en mesure de jeter un pont de bateaux sur la rivière pour évacuer leurs troupes en cas de besoin, mais M. de Toiras leur envoie signifier par un de ses officiers, M. Colette, qu'il juge cette entreprise contraire aux termes de la capitulation et que s'ils continuent, il va ouvrir le feu sur eux. Les Espag'nols ne tenant aucun compte de cette observation, les batteries de la citadelle commencent à canonner^ Les Espagnols, par représailles, font arrêter tous les Français qui sont dans la ville.
Les mouvements des ennemis se dessinent. Ils paraissent concentrer leurs troupes dans la direction de la Gatola^ C'est probablement de ce côté que les tètes de colonnes françaises ont été signalées. On apprend que le secrétaire du nonce,
la cavalerie ennemie près des cassincs de Ravigiian, en avant d'Asti, et la bonsculèrent.
1. Baudier dit {Uist. de Toiras, p. 207) que Toiras avait mis en batterie 60 pièces de canon sur les bastions de la citadelle.
•2. " Espèce de torrent qui ne se passe que sur de petits ponts >> {lielation fîdelle de ce qid s'est passé en Italie, p. 61); « plutôt i'ossé fait exprès pour l'égout des eaux » (Schomberg, Relation, p. 8).
M. Mazarin, se remue pour empêcher la bataille et faire conclure la paix; qu'il va d'une armée à l'autre, courant, se multipliant, adjurant. Les maréchaux français exigent l'évacuation immédiate du château et de Casai. En vain M. Mazarin les supplie-t-il d'attendre qu'il ait obtenu une réponse des Espagnols, M. de Schomberg refuse, déclarant qu'il va marcher droit devant lui'. Le secrétaire désolé a promis une réponse du samedi au dimanche.
26 octobre, au matin, les régiments ennemis se déploient en longues lignes dans la plaine, pendant qu'à l'horizon montent d'épaisses fumées. M. de Toiras, supposant que ce sont des signaux que lui fait l'armée de secours, répond par des famées semblables; mais, en réalité, ce sont des maisons et des campements que les Espagnols brûlent avant de les abandonner. De la citadelle, le canon tonne sur les troupes espagnoles. Le tambour bat dans la ville et prescrit par un « ban » que tous les soldats du roi d'Espagne aient à rejoindre leurs drapeaux; que tous ceux « qui font vivanderie, ferment leurs boutiques « et [)arleut sous
1. Voyez sur ce point : La levée du siège de Casai et la délivrance de toutes les places du Mont ferrât (Paris, J. Martin, 1630, in-.S". pp. 4-5).
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peine de lacordo. Oiiel(jucs iictircs après, en cHet, on aperçoit un convoi de cliariots se déroulant hors des portes de la ville. Mais M. de Toiras a rassemblé ce qui lui restait de cavalerie; il le lance hors de la citadelle et le convoi enveloppé, tous ses défenseurs dispersés, ne tarde pas à être ramené aux mains de la garnison.
Celle-ci suit avec anxiété. On entend au loin le crépitement de la fusillade, ce qui prouve que les avant-postes sont probablement aux prises. Vers midi, les lignes espagnoles prononçant un fort mouvement en avant, M. de Toiras en conclut que l'engagement général se décide, et donne l'ordre aussitôt à toute la garnison de sortir : quatre régiments se déploient, flanqués de cavaliers, lesquels chargent çà et là de petits détachements ennemis qui errent; et on attend, rangé en bataille. Voici ce qui se passe, comme on l'apprend bientôt.
M. Mazarin continue d'aller et de venir, des Français aux Espagnols, suppliant qu'on fasse la paix. Les Espagnols offrent d'abandonner la ville à condition de conserver le château. Mais M. de Schomberg ne veut rien entendre : tout, dit-il, ou la bataille. Lassé même de ce va-et-vient perpétuel du jeune secrétaire, il lui a défendu de ne plus
reparaître, ajoutant qu'il va aller de l'avant à n'importe quel prix. Il dispose son armée en conséquence : à gauche le corps du maréchal de la Force, sur la droite l'arrière-garde menée par le maréchal de Marillac, au centre Schomberg- avec le reste, en tout 18 000 hommes '. Les ordres sont donnés : il faudra s'élancer, « pique et teste baissées, l'espée à la main, en résolution de passer sur le ventre à ce qui s'oppose au passage », sans tirer, sans prendre le temps d'escarmoucher, au pas de charge. Les Espagnols prient alors M. Mazarin de retourner immédiatement auprès des maréchaux français, de leur dire qu'ils cèdent et de demander une heure de trêve afin de convenir des articles. « Ce n'est là que déception et piperie! » s'écrient les maréchaux. Ils refusent, ne voulant « plus perdre deux ou trois heures de temps que le jour leur peut encore donner pour vider ce différend ». Les tambours roulent, les lignes s'ébranlent. « Sur quoi, plusieurs seigneurs de la part de l'armée ennemie vinrent auxdits
1. 14 régiments d'infanterie et 25 compagnies de cavalerie (Bernard, Hist. de Louis XIII, II, 221), 2 300 chevaux. L'armée est disposée en trois lignes de sept bataillons et huit escadrons chacune, en échiquier, plus trois escadrons de réserve (Schomberg, Relation, p. 8). — Voir dans la Relation de Schomberg le récit détaillé de ce qui suit. Les Espagnols seraient 32 000, dont 7 000 cavaliers.
seigneurs [les maréchaux français], auxquels ils demandèrent la paix avec promesse que dans le lendemain, dimanche, ils fcroicnt sortir de la ville et château de Casai tous leurs gens de guerre; à quoi s'accordant, lesdits seigneurs généraux consentirent à ce que la bataille ne se donnât point '. » A la nuit, les troupes de M. de Toiras ont regagné la citadelle, et peu après arrivent deux personnages envoyés par les maréchaux français pour faire part à la garnison de ce qui a été décidé, MM. Particelli d'Emery, intendant des finances de l'armée ^ et de Saint-Preuil, capitaine au régiment des gardes françaises ^ Ils content les détails. En réalité il a été convenu que ville, château et
1. Nous avons donné ici le texte même du journal de M. de la Serre. Ce texte ne fait aucune allusion, on le voit, à la célèbre histoire de Mazarin arrêtant la bataille en se jetant à cheval entre les deux armées, courant de l'une à l'autre, un papier à la main, aux cris de ■pace, pace. Si les contemporains ne s'accordent pas sur les détails de l'incident, ils semblent cependant — témoins oculaires et autres — convenir qu'il y a eu une chevauchée du futur cardinal entre les deux lignes pour arrêter l'engagement (Voir Cousin, La jeunesse de Mazarin. Paris, 1805, in-8", p. 594; Puységur, Mém., I, 98, note). Il était utile toutefois de signaler la version de M. de la Serre.
2. Michel Particelli, sieur d'Emery, fils d'un banquier de Lyon d'origine italienne, plus tard surintendant des finances, qui a joué le rôle que l'on sait pendant la Fronde (Voir sur lui les Historiettes de Tallemant des Réaux, IV, 23-24, et les Lettres de Peiresc aux frères Dupujj, 111, lOi).
3. Curieuse figure, type de l'officier sous Louis XIII. Il mourut sur l'cchafaud (A. Janvier, François de Jussac d'Ambleville, sieur de Saint-Preuil. Abbeville, R. Housse, 1859, in-S").
cilaJelle, tout serait simiillanémenL abandonné par les Français et les Espagnols au duc de Mantoue, l'ancien duc de Nevers. Il faut s'exécuter. Dès l'auLe, le lendemain, Allemands, Italiens et Espagnols commencent à déménager. Les maréchaux viennent à la citadelle, où ils sont reçus avec les honneurs dus à leur rang, et inspectent la place'. Mais les Espagnols envoient dire que, réflexion faite, ils ne quitteront pas la ville et le château que la citadelle n'ait été évacuée au préalable par les Français. C'est une difflculté. Les maréchaux la tranchent en ordonnant à la garnison française entière de sortir séance tenante. Le 30 octobre, au soir, infanterie et cavalerie défilent, emportant ce qui leur appartient. Il a été prescrit que les régiments de Ribérac et de la Grange iraient cantonner à Terrugia. Les majors des deux régiments, MM. Bretelin et de la Serre partent ensemble afin d'aller préparer les logis. Mais il est trop tard pour que les troupes suivent. Elles bivouaquent sous les remparts de la citadelle, et comme il pleut à torrents durant la nuit, elles sont trempées ". Au matin, les Espagnols se déci-
1. « Ils demeurèrent dans la ville, à cause du mauvais temps, jusqu'au premier de novembre » (Schomberg, Relation, pp. 16-17).
2. « La nuit, il vint une pluie et un orage qui faillit à nous noyer tous » (Puységur, Mémoires, I, 99).
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(leiil à s'en aller; ils passent le Pô sur un pont de bateaux et leur défilé est si long-, si lent, que les maréchaux français prescrivent à leurs troupes, d'attendre, avant de se mettre en route. Enfin vers midi, les colonnes espagnoles achevant de passer la rivière, nos régiments à leur tour s'ébranlent, s'éloignent et bientôt disparaissent à l'horizon'!...
1. « En ce siège, dit M. de Guron [Relalion des affaires de Mantoue, p. 74), le sieur de Toiras et les François qui l'ont assisté ont acquis grande réputation parmi les estrangers pour avoir défendu cette place avec prudence, valeur de courage et dextérité. » Toiras fut nommé maréchal de France, le 19 décembre suivant pour avoir « avec autant de courage et de valeur que de constance, de jugement et de conduite, soutenu, avec nos troupes, le siège dans la ville de Casai » (Texte du pouvoir de « l'état et office » de maréchal dans le Mercure françois, XVI, 1030, pp. 813-814). Richelieu était plus équitable à ce moment envers Toiras qu'il ne le sera plus tard dans ses Mémoires.