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V. Loret, V Egypte au terres du totémismei lOOdi

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et la latte contre les Nordistes, rivaux Asiatiques, ou rebelles Libyens.

La réconciliation des clans et la soumission des indigènes se firent probablement au temps où Menés bâtit le Mur Blanc pous maîtriser le Nord» et construisit son palais de double à Negadah, site intermédiaire entre Bouto et Hiéraconpolis, centre de l'Egypte tbinite. Une transformation curieuse semble alors commencer dans la personnalité du Pbaraon. Jusqu'ici le roi, chef d'un clan particulier, choisit comme totem tel animal qui est censé prendre parti dans les luttes. Le poisson Nàr, qui sert k écrire le nom Nàrmer du roi de Hiéraconpolis, n'est pas un signe dépourvu de vie ; on le voit parfois, muni de deux bras, brandir la massue pour assommer un Libyen. Le bouclier et la javeline, qui composent le nom de Aha-Menès, sont maniés par les serres du faucon Horus dont les ailes s'ouvrent toutes grandes pour le vol des batailles \ Après l'union des Blancs et des Rouges le Faucon devient le dieu impartial qui ne descend plus dans l'arène et reste pacifique sur son perchoir royal. Pharaon ne traite plus l'oiseau en totem, chef de clan, compagnon de bataille; il l'adore comme un dieu national de l'Egypte unifiée, prend son nom, s'identifie à lui, et fait du Faucon

1. Dans VÀigle du Casque^ V. Hugo prête une vie toute pareille à l'oiseau héraldique dont t'orne le cimier du mauvais chevalier.

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le symbole de son autorité, et son premier titre protocolaire. Comment le clan du Faucon et son chef, le Pharaon, ont-ils absorbé les autres clans et les autres chefs? Le résultat ne fut pas obtenu sans luttes, ni concessions réciproques. Les deux anciens royaumes de Hiéraconpolis et de Bouto obtinrent pour leurs totems, le Vautour et TUrseus, l'honneur d'être choisis après le Faucon, comme titres officiels du roi; le Roseau du Sud et l'Abeille du Nord eurent le même privilège. Le Pharaon acheta donc son triomphe en adoptant, à côté du Faucon, quatre des anciens totems rivaux, qui lui assurèrent, en retour, leur puissance matérielle et morale. Quelques siècles encore, et les théologiens d'Héliopolis ^ se chargeront d'unifier ces idées disparates, en construisant la théorie des dynasties divines, fondées par le soleil Râ, affermies par Horus le Faucon et continuées par leur fils, le Pharaon, le « fils du Soleil, qui renouvelle sur terre les années dévie d'Horus ».

Ainsi l'Egypte des dynasties thinites annonce les monuments, les arts, les idées religieuses de la vie politique de l'empire memphite. Mais que de lacunes dans cette histoire où nous ne savons rien

i. Cf. G. Maspero^ Les Dynasties divines de V Egypte ancienne^ 1895.

encore sur les débuts de la race indigène, ni sur les origines réelles des étrangers, et fort peu sur la fusion des deux éléments d'où sont sortis ces Africains sémitisés que nous appelons c Égjrptiens >! Pour deviner ce que le sol nous cache encore ou expliquer ce qu'il nous a révélé»

bien des théories ont été émises, que je n'ai pas résumées. Ne nous dissimulons pas que la plupart des opinions actuelles, présentées avec une précipi* tation un peu hâtive mais nécessaire au progrès de la science, seront oubliées ou revisées dans un avenir prochain, quand les découvertes futures leur auront fait subir le choc et la critique des documents. Ceci reste, du moins, qu'au cours des dernières années l'histoire de l'humanité a prodigieusement reculé dans le passé. Un coin du voile qui nous cache rorigine et les premiers rapports des peuples riverains de la Méditerranée orientale s'est soulevé. Et, chose rare, les monuments retrouvés permettent de suivre une race depuis l'âge de la pierre jusqu'aux temps historiques. Ce n'est guère qu'en Egypte que l'on commence à distinguer le chemin frayé par les hommes des tombes grossières du désert ou des cavernes jusqu'aux tertres somptueux des Pyramides.

Sur la rive gauche du Nil, de la pointe du Delta jusqu'à l'oasis du Fayoum, les pyramides de la Basse-Egypte élèvent vers le ciel leurs faces triangulaires que les jeux de la lumière font tour à tour claires et assombries. Dominant les terres cultivées, elles émergent des sables, solidement assises sur la première terrasse du plateau africain. Celles qui subsistent aujourd'hui sont au nombre de quarante environ. Avec les centaines de tom- I beaux qui se pressent à leurs côtés, elles signalent l'emplacement des résidences successives des pharaons memphites : Sakkarah, Meidoum, Dahchour pour la IIP dynastie; Gizeh pour la IV* ; Abousir et Sakkarah pour les V* et VI*. C'est l'ancien empire égyptien, de l'an 4 000 à l'an 3 500 avant notre ère, qui se survit ainsi par ses

tombes^ à proximité de Memphis sa capitale, dont tous les monuments ont disparu.

Il y a dix ans encore, nous pensions trouver autour des pyramides les débuts de l'histoire d'Egypte et les archives les plus lointaines de l'humanité; depuis, les nécropoles préhistoriques et les tombes royales d'Abydos nous ont fait admettre l'existence des deux premières dynasties et nous ont révélé dans ses grands traits la civilisation thinite. Du même coup, les rois constructeurs des pyramides ont été ramenés à leur vraie place chronologique, c'est-à-dire au deuxième stade de l'histoire d'Egypte; mais plus que jamais la pyramide nous apparaît comme douée de signification. A l'époque thinite précédente, elle n'est pas connue: sous les dynasties thébaines postérieures, elle cesse d'être en usage, après la XIP dynastie. La pyramide est donc caractéristique d'une période, l'ancien Empire; son emploi est assez sensiblement localisé dans une région, la banlieue de Memphis ; sans doute exprime-t-elle un nouvel idéal artistique et religieux.

"La conception architecturale de la pyramide n'a pas été une fortuite trouvaille de génie; elle est née d'une évolution assez lente et de perfectionnements successifs apportés aux tombes primitives.

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Les indigènes préhistoriques enterraient leurs morts dans des fosses où le corps était couché, à une faible profondeur, au milieu de ses vases familiers. Les Égyptiens conquérants apportèrent de Chaldée la construction en briques et élevèrent des tombes royales où les dispositions primitives sont améliorées. La fosse élargie devient rectangulaire; ses parois croulantes sont soutenues par un revêtement de briques; un plafond de bois isole le corps de la terre jetée par-dessus; au lieu de déposer les vases et les objets autour du corps, on les répartit dans de petites chambres voisines de la fosse centrale devenue chambre funéraire. L'ensemble a Tallure d*un édifice trapu et allongé, recouvert de sable; on y descend par un escalier de briques.

Tel est le tombeau royal au début de Tépoque thinite. Pour assurer une demeure inviolable au corps et à Tâme dont les destinées préoccupent une population de plus en plus consciente, on creusa le caveau funéraire jusqu'au roc. La tombe prit l'aspect d'une galerie allongée à laquelle le roc vif fournit un plafond impénétrable. Cette cachette présentait un point faible : la galerie d'accès, toujours ouverte. Pour la défendre, les architectes percèrent perpendiculairement au plafond plusieurs puits étroits partant du sol extérieur : une fois le corps enseveli, on laissait tomber par ces cheminées d'énormes pierres

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formant herses et oblitérant hermétiquement le passage. Les bouches de ces puits s'ouvraient elles-mêmes sur le sable; uiï tas de terre ou de sable, retenu par des murettos, les dissimulait. Mais le caveau funéraire, si bien défendu, était inaccessible à la famille du mort; comment, dès lors, assurer la vie matérielle du défunt dans l'autre monde? Sur le tas de sable, devenu un toit, on enterra, juste au-dessus du corps, des vases à provisions ; puis Ton ménagea, à Tentrée de l'escalier, une petite chambre qui abriterait les parents et leurs offrandes. Ceci dura tant que l'escalier resta compris dans les plans du tombeau; plus tard il disparut, jugé trop facile d'accès. Un puits vertical, traversant toute la maçonnerie, permit de descendre, au moyen de cordes, le cadavre dans son caveau ; les funérailles célébrées, on comblait le puits, dont rien ne permettait de reconnaître l'orifice. La chambre du culte fut alors reportée sur le côté oriental du tertre : elle avait la forme d'un couloir étroit, aboutissant à une fausse porte aux panneaux pleins, qui était censée donner accès aux appartements du mort*. Après tous ces perfectionnements, la tombe thinite était devenue, au début de la IIP dynastie, une maison forte à la fois creusée dans le roc et bâtie au-dessus du sol,

1. J. Garstang, The thirdegyptian dynasty^ 1904, chap. vu et pi.

xx-xxi.

AtTOUn DES PTtlAMtDES lb!S

comprenant un caveau inaccessible, des puits comblés, et une chambre du culte ouverte aux parents. Vu à distance, l'édifice a Taspect d'un cube en maçonnerie auquel les Arabes ont donné le nom de mastaba (« banc d) ; c'est le terme scientifique adopté pour désigner les tombes de l'époque memphite.

Le choix des matériaux destinés à la tombe a subi une transformation parallèle. Comme les Chaldéens, les Égyptiens venus d'Asie employaient surtout la brique; une fois installés dans l'étroite vallée du Nil, les berges rocheuses des plateaux désertiques mirent à leur portée les calcaires grossiers ou fins du Mokattam et de Tourah, les grès de Silsileh, l'albâtre, les granits et les basaltes d'Assouan. L'art de travailler ces matériaux, les nouveaux venus l'apprirent des indigènes qui polissaient toutes les pierres dures avec une facilité inconcevable. Dans leur préoccupation de s'assurer des tombes indestructibles, les pharaons orientèrent vers les grandes constructions l'activité des indigènes; de ces artistes polisseurs de vases, ils firent des tailleurs de pierre et des architectes. Dès la P* dynastie, le roi Ousaphaïs remplace dans sa tombe le pavement en bois usuel par un dallage de granit; une des chambres du tombeau de Khâsekhemouï (II* dynastie) est bâtie en calcaire taillé et appareillé, le plus ancien spécimen actuellement connu d'une œuvre de maçonnerie.

iU AU nilPS DB8 PHARAONS

Le même roi dote le temple d'Horus, à Hiéraconpolis, de splendides portes en granit rose, dont les montants sont aujourd'hui au musée du Caire. A en juger par ces fragments les Égyptiens étaient, dès cette époque, des praticiens accomplis.

Ds s'attaquèrent à des œuvres d'une conception plus hautaine. Le Sphinx de Gizeh (PL YUI, 1), rocher colossal taillé en forme de lion à tète humaine, date peut-être de cette époque; la majesté pensive de cette face splendide, aujourd'hui mutilée, nous montre assez à quelle habileté technique et à quelle puissance expressive les artistes égyptiens étaient parvenus. Le temple voisin du Sphinx, dont aucune inscription ne nous révèle la date, est-il du même temps? A voir les vastes salles couvertes, dont les piliers carrés, de granit rose, restent seuls debout, les sanctuaires étroits et bas, au plafond formé d'une seule dalle gigantesque, les réduits entièrement construits en albâtre, on ne peut attribuer qu'aux premiers âges de l'art égyptien ces lignes sobres et massives, d'une majesté et d'un mystère impressionnants (PL YUI, 2). La même émotion se dégage d'un monument énigmatique que M. Barsanti vient de déblayer pour le Service des Antiquités, près de Zaouiet-el-Aryan, à mi-chemin entre Gizeh et Sakkarah. C'est la grande curiosité actuelle de l'Egypte memphite; comme l'édifice est certainement daté de la fin de la période thinite, il

permet de situer dans le temps ceux où Ton retrouve les mêmes procédés de construction.

La partie construite du monument apparaît au fond d'une cavité creusée en forme de T, longue de 100 mètres, large de 25 et profonde de 30. Les parois de la cavité sont simplement taillées dans le plateau calcaire; les profils présentent une netteté telle qu'il semble qu'on ait coupé le roc avec un fil tendu, comme une motte de beurre. On arrive au fond par un plan incliné, comprenant au centre une glissière pour les matériaux et de chaque côté un escalier vertigineux aux marches usées (PL YI, 1). La fosse avait été comblée par des moellons et du sable ; il a fallu retirer plus de 4 000 mètres cubes de déblai pour mettre à nu un pavé en énormes blocs de granit rose. M. Barsanti espérait, en déplaçant un de ces blocs, démasquer un caveau funéraire : précisément plusieurs fragments des déblais étaient inscrits au nom d'un roi Nofirka, de la IP dynastie. La pierre soulevée laissa voir un autre bloc et, au-dessous, trois autres lits superposés, le dernier reposant à même le rocher. Où était le caveau? Pour le découvrir M. Barsanti embaucha des tailleurs de granit, qui avaient travaillé au barrage du Nil d'Âssouan, et leur fit percer un tunnel, au travers du granit, travail digne des Pharaons. Le tunnel où j'ai pu circuler en 1907, guidé par M. Barsanti, n'a servi jusqu'ici qu'à démontrer que toute cette masse

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est compacte; aussi beaucoup d'égyptologues pensent-ils que le dallage ne recèle aucune cachette et serrait seulement de plancher à des constructions qui ne furent jamais édifiées. M. Barsanti croit fermement que ce plancher est un plafond qui recouvre une tombe inviolée; sa conviction tire une grande force de la présence, sur le dallage» d'un dispositif singulier. Dans un des blocs de granit» une cuve ovale a été taillée; elle a deux mètres de long et un mètre de creux; un beau couvercle à quatre oreillettes la protège; le tout est c poli à glace » et travaillé avec le même soin qu'un bibelot (PL VI, 2). c Ce fut — écrit M. Barsanti — avec une émotion réelle que je me mis en mesure de soulever le couvercle; mais lorsque rintérieur de la cuve apparut, je la trouvai complètement vide. Je remarquai seulement que les parois latérales étaient garnies comme d'une bande noirâtre de 10 centimètres de hauteur. C'est probablement le dépôt très léger de quelque liquide enfermé dans la cuve en guise d'offrande ou de libation et qui se sera évaporé au cours des ans*. » Il se peut, en effet, qu'une chambre funéraire ait été ménagée dans la verticale au-dessous de la cuve, ainsi qu'il est d'usage pour les mastabas qui portent sur leur toit un dépôt d'offrandes. Pour résoudre cette énigme, M. Barsanti a été autorisé

i: Ànnale$ du Service des Antiquités de V Egypte, VII, p. 285i

par M. Maspero à déplacer un à un tous les blocs superposés de la quadruple rangée; il ne les remettra en place qu'après avoir sondé toute la profondeur du puits de Zaouiet-el-Aryan.

Quel que soit son usage, l'édifice de Nofirka nous apprend, comme le temple du Sphinx, le goût des Pharaons d'alors pour les constructions colossales, bâties en matériaux de dimensions gigantesques, c L'impression — dit M. Maspero — est de celles qu'on n'oublie jamais. La taille et la richesse des matériaux, la perfection des coupes et des joints, le fini incomparable de la cuve en granit, puis, d'autre part, la hardiesse des lignes et la hauteur des parois, tout se réunit pour composer un ensemble unique jusqu'à présent. C'est comme un choc que l'on ressent, et nulle part la puissance des vieux architectes égyptiens ne se révèle avec une force aussi soudaine ' i» .

jf *

Par la hardiesse croissante des constructeurs, ce double mouvement en profondeur et en hauteur, qui entraîne vers un profil nouveau la tombe égyptienne, trouva une formule magnifique dans la conception de la pyramide. La première fut élevée à Sakkarah par Zeser, un des derniers souverains de la IIP dynastie (vers 4 100 av. J.-C).

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