‹ Au temps des PharaonsChapitre 42 sur 87 · Maspero, Les forgerons d^Horus · texte numérisé non relu

Maspero, Les forgerons d^Horus

2, Quibell, Hierakonpolis, I, pi. 39-40.

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l'époque grecque et nous a été conservée par Hérodote, Thucydide et Strabon. Au sud du mur s'éleva le sanctuaire de Phtah-hors-les-murs (littéralement : c au sud de son mur »); le jour de Tinauguration. Menés célébra pour la première fois les rites symboliques de la réunion des papyrus et du lotus liés sous le trône; il coiffa la mitre blanche et la couronne rouge ; il fît processionnellement le tour du Mur-Blanc, et jusqu'à la fin de la civilisation égyptienne, les Pharaons, lesPtolémées et les Césars, répétèrent à leur couronnement les trois cérémonies qui attestaient la défaite du Nord et l'union des deux Egyptes^ Plusieurs siècles encore furent nécessaires pour la pacification de l'Egypte ; ce fut l'œuvre, encore très mal connue, des pharaons thinites. Ils laissèrent aux rois memphites de la troisième dynastie une Egypte unifiée où nous ne distinguons plus de rivalités entre Rouges et Blancs ni d'hostilité entre Libyens et Asiatiques.

Si les envahisseurs imposèrent leur domination, les vaincus firent accepter leurs mœurs. L'époque de la première dynastie marque le plein épanouissement des arts de l'âge de la pierre; o'est dans les tombes royales que nous trouvons les plus splendides spécimens de vases en pierre dure, surtout ces merveilleux^ globes de porphyre ornés de eûtes, dont la main de Touvrier a découpé les arêtes avec

I. Kurt Sethe, Beitràge zur œUesten Geschiehte yEgyptens, 1906.

une précision incroyable. Les pharaons thinites se montrèrent grands amateurs de cette vaisselle vraiment royale; ils eurent Tidée heureuse de graver leurs noms sur les plats, les vases, les coupes et les assiettes» et les débris de ces services réduits en miettes ont permis de reconstituer les séries dynastiques ^ L*industrie du silex ne disparut pas au moment de l'introduction des armes et outils métalliques ; mais les grands couteaux, chefsd'œuvre des préhistoriques, devinrent des pièces d'apparat qui ne servaient plus guère qu'en qualité à^ex-voto déposés dans les temples, ou d armes de luxe réservées au pharaon. Une feuille d'or, décorée de rosaces et de serpents enroulés, orne la poignée d'un splendide spécimen trouvé à El-Amrah; sur un autre le manche d*or massif, fixé à la lame de silex par trois rivets, est décoré de femmes dansantes et d'une barque avec étendards. De petits meubles votifs s'ornèrent de plaques d'ivoire délicatement sculptées de figures animales ; ils reposaient sur des jambes de taureaux en ivoire traitées selon les traditions de Tart chaldéen. Les palettes sculptées, que les préhistoriques mettaient aux mains des morts couchés dans le sable, semblent devenir des pièces d apparat que Ton suspendait dans les temples : telles les palettes d'Hiéraconpolis,

1. Le musée Guimet possède la série presque complète des noms royaux de la première dynastie gravés sur des fragments de vases, et plusieurs de la deuxième dynastie.

OÙ Narmer a retracé son triomphe sur les gens du Nord. L'art tend à prendre un caractère officiel; la céramique populaire si florissante auparavant disparaît peu à peu, ou retombe à la grossièreté la plus affligeante, vers la fin de la période thinite.

Les artistes vont en effet se réserver au service presque exclusif des dieux et des rois. Avec les envahisseurs pourvus de textes écrits et d'une littérature religieuse, les idées générales envahissent la société égyptienne et imposent leur cadre rigoureux à son développement artistique. La lutte pour la vie ici-bas et le désir forcené de se survivre après la mort, voilà ce qui domine toutes les intelligences. Alors naissent les théories successives ou simultanées sur la meilleure façon de combattre la mort : celui-ci brûle le cadavre ; cet autre le dépèce ou le coupe en morceaux ; ici le squelette reste dans la position contractée ; là on commence à pratiquer la momification. De tous ces systèmes opposés, dont nous ne connaissons encore ni l'origine ni le développement, une idée se dégage et s'affirme dès les premiers documents écrits : il y a dans l'homme un élément permanent, qui survit à l'individu, en qui s'incarne la race même, c'est le double^ le génie, âme corporelle qui épouse les contours du corps, mais ne se confond pas avec lui. Pour sauver le double de la destruction, il suffira de bâtir un tombeau solide et d'y conserver le cadavre, pu de le suppléer par l'image humaine

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tracée sur une stèle, reproduite par une statue, ou rappelée simplement par le nom. Dès lors c'est aux maçons à trouver le secret des édifices résistants ; on les construit en briques à fleur de terre, comme les tombeaux d*Abydos ; puis en creusant peu à peu le roc on descend le caveau funéraire sous terre, tandis que des chambres bâties audessus reçoivent les parents venus pour célébrer le culte. On aboutit ainsi, par des étapes successives, aux types des tombeaux memphites, dont toutes les parties se disposent harmonieusement quand les idées relatives à la vie d'outre-tombe arrivent elles-mêmes à une synthèse bien ordonnée.

Mais la vie des morts s'appuie sur celle des dieux; venus d'Arabie ou de Pount avec les Égyptiens, les premiers dieux Hor, Set, Shou, Hâthor, Min, s'imposent, par leurs prêtres, aux vivants et aux morts*. A ceux-ci ils demandent des temples, dont les ruines subsistent encore à Hiéraconpolis et Abydos; à ceux-là ils assurent une vie d'outretombe sans périls ; dès ce moment, la reconnaissance des rois et des sujets leur voue un culte régulier et des fêtes périodiques. Aussi l'art thinite s'oriente-t-il vers le but essentiel de l'existence : aux dieux, aux rois et aux morts il faut des statues qui fassent revivre leurs doubles. Les sculpteurs deviennent plus habiles et de leurs ciseaux

1. V. Loretj Revue égyptologique^X. XI, et Horm leFaucorij 19Q4i

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de fer savent tailler dans l'ivoire, le calcaire ou le bois, une brutale statue de Min, la délicate effigie du pharaon Khâsekhem, ou telle vulgaire et lourde image de bourgeois ou de bourgeoise, au corps empâté, mais à la figure vivante, portrait qui doit être ressemblant pour que le double s'y reconnaisse.

Les idées générales qui commencent à influer sur l'art transforment aussi les conditions sociales. Les Egyptiens ont apporté avec eux une organisation politique et des chefs : les « Compagnons d'Horus • semblent avoir formé des clans reconnaissablés, comme les tribus indigènes, à des totems portés sur des enseignes. Le Nord rouge et le Sud blanc se divisent en clans rivaux : ceux des Faucons, du Chien et de la Tresse de cheveux combattent pour le Faucon Horus; le Vanneau et l'Arc soutiennent le Lévrier Set. Sur les palettes votives sont gravés leurs luttes et leurs triomphes : ici le Lévrier amène pendu par le cou un misérable Vanneau; ailleurs le Faucon traîne ignominieusement un Arc vaincu; le Scorpion et le Lion démolissent à coups de pioche les citadelles des totems rivaux*. Le nombre énorme de masses d*armes et de monuments à décoration guerrière trouvés à Hiéraconpolis, sanctuaire du Faucon, atteste aussi l'activité belliqueuse des « Compagnons d'Horus >

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