‹ Au temps des PharaonsChapitre 80 sur 87 · Harltand, ap. LeKbure, loc. cit · texte numérisé non relu

Harltand, ap. LeKbure, loc. cit

dieu reçoit des mains du prêtre le fluide de vie, tel qu'un malade ou un possédé; il écarte de lui les animaux typhoniens, par les mêmes moyens que telle ou telle de ses créatures humaines; il bénéficie du sacrifice et des offrandes par la vertu magique de la voix de Tofficiant*. Les listes d'offrandes qui se multiplient sur les murs des temples n'ont de valeur effective et ne sortent sur r autel qu'à la voix du prêtre^; les offrandes réelles qui brûlent sur l'autel ne passent au dieu que si on les a nommées et attribuées au dieu avec les formules et les intonations rituelles. Le prêtre — c'est-à-dire le roi en personne — possède en effet le privilège des êtres divins, qui est de créer les êtres et les choses en les nommant; il a la « voix créatrice » par laquelle les démiurges ont organisé le monde, il est ma khrôou*. Le dieu lui-même,

1. La théorie de la création par la voix et le son a été exposée par Maspero {Études de Mythologie, II, p. 372). Cf. Â. Moret, Rituel du culte divin, p. 154 et suiv.

2. De là le nom de l'offrande « ce qui sort à la voix, pir khrôou (Maspero, La Table d'offrandes des tombeaux égyptiens, p. 30 ; Morel, Rituel du culte divin, p. 156).

3. Md khrôou, « juste de voix » d'après Maspero; « créateur par la voix > d'après moi-même ; les deux explications se complètent plutôt qu'elles ne se contredisent (Rituel, p. 163). M. Philippe Virey avait le premier proposé en 1889 de traduire ma khrôou « celui qui réalise la parole, qui réalise en parlant, dont la voix ou la demande réalise, fait vrai, fait être vraiment, réellement » les listes d'offrandes qui n'existent qu'en peinture sur les parois du tombeau {Le tombeau de Rekhmard, p. 101, n. 7; p. 149, n. 2. Cf. Rituelf p. 152, n. 2). A mon avis, le pouvoir de la Yoix de

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dont la puissance est annihilée ou amoindrie au début des rites, redevient a créateur s et « vainqueur » au contact du prêtre et au sou de cette voix puissante et créatrice: ^ son tour il pourra mettre au service du prêtre sa propre force magique, sa voix créatrice, son fluide de vie, au moment où ceuxnri lui ont été renouvelés. Le culte nous apparaît donc comme un échange de forces et d'influences magiques qui vont alternativement du prêtre au dieu, e'. du dieu au prêtre'. C'est la partie de la religion égyptienne qui est restée le plus près des pratiques primitives. oi!i la sorcellerie et la magie tenaient plus de place que l'élément mythique et la prière. Le magicien tire de cette situation une force incomparable: parfois il menace de ne plus laisser s'accomplir le culte des dieux, tant le secours de ses rites et de ses formules est nécessaire aux prêtres *.

Cette pénétration réciproque du culte et de la magie explique aussi le rôle prépondérant que certains dieux, tels que Thot, Horus, Bes, jouent dans les conjurations que nous avons étudiées plus haut. Les dieux eux-mêmes — nous l'avons va — sont magiciens; Thot, en particulier, le scribe des

l'officiaDt ne la limite pas & la réalisation des offraDdes, mais s'applique à tous les actes d'un démiurge.

1. A. Morel, Rituel du eulle <Uvia, p, 221 et BUiv.; Da taraeHre rtligteax de la royauté pharaonique, p. ISO.

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