Ibid., p
i. A, Moret, Du caractère religieux de la rojaaté pharaonique, p. iH et suiv.
mier et le plus puissant des magiciens. S'il le veut, il commande à la nature : ses cris, pareils aux rugissements de la foudre, déchaînent l'orage; ses ordres font jaillir l'eau dans le désert; la crue du Nil obéit à ses décrets. Pharaon nous apparaît ainsi doué des mêmes puissances surnaturelles et magiques que tel « roi du temps, des moissons, de la pluie, du feu et de l'eau », qui existe de nos jours chez les sauvages*. C'est avec raison qu'un texte officiel de la XVIIP dynastie adresse ces louanges au roi Ahmès : « Les terreurs de Thot sont à ses côtés; car le dieu lui a donné sa science des choses ; c'est lui qui guide les scribes dans leurs doctrines; il est le Grand-Magicien, maître des charmes*. » Auprès du roi se trouvait la source inépuisable du « fluide de vie » et de la « force magique » : c'était l'office des « savants » groupés autour du roi d'en canaliser le cours.
La conclusion à tirer de cette étude sommaire, c'est que l'Egypte ancienne nous offre, à côté d'une civilisation très avancée, un état mental qui est resté par places analogue à celui des peuples sauvages. Le magicien y est tout-puissant, parce
1. Frazer, Le rameau d'or, I, p. 146, 167. Cf. Sphinx, VII, p. 167.
2. Inscription du roi Ahmès {Annales du Service des Antiquités, IV, p. 28).
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qu'il est l'homme qui apprend, qui observe et sait. Il connaît certaines lois comme celle de cause à effet; il a observé certains faits d'apparence miraculeuse que nous expliquons aujourd'hui par le maynclisme, la suggestion, la télépathie. La science magique repose donc en partie sur des observations exactes. Là oii le magicien se trompe, c'est quand il prétend commander à ces lois et à ces faits, non seulement dans le cas où les faits d'expérience observés une fois se répètent exactement dans les m^mes conditions, mais encore là où il n'y a que ressemblance lointaine, où l'on ne peut soupçonner qu'affinité et imitation : alors la < science » du magicien se tourne en a magie », et l'expérience de laboratoire dcTienl procédé de magie imitative ou sympathique. Quand le magicien antique observe exactement, il faut voir en lui le physicien, le chimiste, l'astronome, le médecin, le psychologue des temps primitifs; quand il sort de l'expérience précise, il en est le sorcier et le nécromancien. Etant donnée l'insufâsance encore très profonde de la méthode scientifique dans l'Egypte ancienne, la part du sorcier, chez notre savant, est naturellement bien plus grande que celle du physicien ou du médecin. Dès lors, pour donner de l'autorité à ses dires, le magicien fait appel à la mythologie : il se réclame du patronage des dieux et, à défaut d'expériences probantes de la vie réelle, il cite les légendes divines qui sont
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autant de cas, ou de preuves, qu'accepte sans vérification la croyance populaire. En un mot, pour appliquer à l'Egypte les conclusions de Frazer, « la magie n'a donc que les apparences de la science. Mais cela suffît à expliquer la forte attraction que la magie, comme la science, a exercée de tout temps sur l'esprit humain. Encore aujourd'hui, il n'est pas rare que le chercheur, fatigué, désappointé, s'y réfugie comme sur un lieu élevé d'où on lui montre, de loin, l'avenir dans la lumière éclatante du rêve. »