PROGRÈS DES ÉTATS-UNIS EN 57 ANNÉES
ANNÉES
Recettes du Trésor
dollars
Dépenses de l'Etat
dol.
dol.
dol.
Tonnage de la marine marchande. . . .
Etendue des Etats-Unis en mille carrés
Personnel de l'armée
Milice enrôlée
Marine des Etats-Unis (vaisseaux). . . .
(aucun)
— armement (artillerie)
Phares et bateaux-phares
Milles de chemins de fer en activité . . .
Milles de chemins de fer en construction .
l ignes télégraphiques, en milles . . . .
Nombre des bureaux de poste
dollars
Dépense du département des postes . . .
doll.
Nombre de milles des transports . . . .
Emigrants de l'Europe aux Etats-Unis . .
dollars
(1) Les renseignements ci-dessus sont empruntés à un discours prononcé le 4 juillet 1852, à Washington, par M. Webster, secrétaire d'État.
Les documents officiels que ces deux petits tableaux résument, sont, dans leur genre, une page d'histoire pratique telle qu'il n'en a pas été écrite de semblable jusqu'ici par aucun peuple de la terre.
Et, peut-être, la loi de développement qu'ils accusent est-elle destinée à croître encore de vitesse. C'est, du moins, ce que tendraient à faire présumer des chiffres tout récents tels que ceux-ci :
Produits en 1841 1851 1853
Du Central New- York rail road : dl. 763 289 3 157 696 5 040 000
lirie r.r. . . dl. 2 776 919 4 318 910
Baltimore and Oliio r.r. . . dl. 391 274 1 658 760 2 480 962
Et cet autre :
Produits en 1852 I 1853
Des ventes des terres publiques, dl. 946 037 | 4 720 191
La vente des terres publiques quintuplée en une année ! On attribue cette augmentation à l'extension du système des chemins de fer, c'est-à-dire au développement du moyen de progrès le plus énergique que la civilisation connaisse encore.
La puissance d'absorption qu'exerce le nouveau monde sur l'ancien s'accroît de toute l'intensité des complications politiques et sociales de l'Europe. Les merveilleux perfectionnements des voies de transport, sur mer et sur terre, lui viennent encore en aide.
On peut très-rationnellement considérer la masse humaine, et particulièrement celle des nations civilisées, comme un liquide dont la fluidité croît en raison de la facilité des communications, et qui se distribue sur la surface de la sphère terrestre, sous l'influence de deux sortes de forces, les unes attractives, les autres répulsives.
Or, évidemment, depuis deux siècles, le trop plein relatif de l'Europe se déverse sur le Nouveau-Continent comme s'il était soumis à l'action d'un gigantesque mécanisme à mouvement progressivement accéléré, et à double effet, du genre des pompes aspirantes et foulantes. L'Amérique attire, l'Europe expulse.
Les causes de ce double phénomène sont, pour les États-Unis d'Amérique, les virtualités d'un sol neuf, riche et en quelque sorte
illimité, les libertés politiques et sociales, l'économie administrative, les conditions faites au travail par la paix et par l'élan industrieux et progressif de la race toute entière. Pour l'Europe et ses États Désunis, les causes sont la misère générale, l'appropriation et le haut prix des terres, l'incertitude et le bas prix du travail, les colossales dimensions des budgets et des systèmes militaires (même sur le pied dit de paix), la guerre toujours imminente, et l'état révolutionnaire chronique.
Ces causes sont trop profondes pour pouvoir être appelées accidentelles. Elles tiennent à des situations données dans la grande histoire dont les personnages sont des races entières, et la sphère terrestre le théâtre.
Vue dans son ensemble, la civilisation se polarise aujourd'hui sur le globe. Le travail de cette polarisation est même tellement avancé que la langue vulgaire a déjà deux mots pour l'exprimer : la vieille Europe, la jeune Amérique. — Les caractères contrastés de cette double formation sont faciles à déduire.
La Californie et l'Orégon se peuplent rapidement; le centre de l'Utah sera bientôt occupé par un État; et les deux flancs, Atlantique et Pacifique, de la Fédération, anastomosés par un système intérieur de voies de fer, ne tarderont pas à se souder solidement.
Les espaces compris entre les deux Océans, faisant face d'un côté à la Chine et à l'Inde, de l'autre à l'Europe et à l'Afrique, compteront dans 25 ans 50 millions d'hommes, et 100 millions à la fin du siècle. Les immenses vallées du Mississipi et du Missouri, naguère extrême frontière du colosse américain, en seront bientôt le cœur, et l'on verra, pour la première fois dans les annales de l'humàhité, un grand peuple assis sur la dorsale du globe, en occupant les versants dans les deux bassins généraux du monde, l'Occident et l'Orient.
Ce coup d'œil tout sommaire qu'il soit, et quoi qu'il y eût à dire encore, suffit, je pense, pour que l'on se décide à faire, dès aujourd'hui, aux États-Unis d'Amérique, une place dans la grande his-
toire de l'Humanité. L'Europe, certainement, ne tardera pas à reconnaître qu'ils en ont une....
Quelques mots encore, et ce n'est pas moi qui les dirai.
u Un homme vient à naître ; ses premières années se passent obscurément parmi les plaisirs et les travaux de l'enfance. 11 grandit ; la virilité commence ; les portes du monde s'ouvrent enfin poulie recevoir; il entre en contact avec ses semblables. On l'étudié alors pour la première fois, et l'on croit voir se former en lui les vices et les vertus de son âge mûr.
a C'est là, si je ne me trompe, une grande erreur.
« Remontez en arrière ; examinez l'enfant jusque dans les bras de sa mère ; voyez le monde extérieur se refléter pour la première fois sur le miroir encore obscur de son intelligence ; contemplez les premiers exemples qui frappent ses regards ; écoutez les premières paroles qui éveillent chez lui les jouissances endormies de la pensée ; assistez enfin aux premières luttes qu'il a à soutenir, et alors seulement vous comprendrez d'où viennent les préjugés, les habitudes et les passions qui vont dominer sa vie. L'homme est, pour ainsi dire, tout entier dans les langes de son berceau.
u II se passe quelque chose d'analogue chez les nations. Les peuples se ressentent toujours de leur origine. Les circonstances qui ont accompagné leur naissance et servi à leur développement influent sur tout le reste de leur carrière.
u S'il nous était possible de remonter jusqu'aux éléments des sociétés, et d'examiner les premiers monuments de leur histoire, je ne doute pas que nous puissions y découvrir la cause première des préjugés, des habitudes, des passions dominantes, de tout ce qui compose enfin ce qu'on appelle le caractère national
u L'Amérique est le seul pays où l'on ait pu assister aux développements naturels et tranquilles d'une société, et où il ait été pos-
sible de préciser l'influence exercée par le point de départ sur l'avenir des États.... >?
Après avoir constaté l'existence d'une teinte générale, commune à toutes les colonies anglaises qui formèrent la souche des États- Unis, l'auteur dit :
u On peut distinguer dans la grande famille anglo-américaine deux rejetons principaux qui, jusqu'à présent, ont grandi sans se confondre entièrement, l'un au Sud, l'autre au Nord.
u La Virginie reçut la première colonie anglaise. Les émigrants y arrivèrent en 1607. L'Europe, à cette époque, était encore singulièrement préoccupée de l'idée que les mines d'or et d'argent font la richesse des peuples : idée funeste qui a plus appauvri les nations européennes qui s'y sont livrées, et détruit plus d'hommes en Amérique, que la guerre et toutes les mauvaises lois ensemble. Ce furent donc des chercheurs d'or que l'on envoya en Virginie, gens sans ressources et sans conduite, dont l'esprit inquiet et turbulent troubla l'enfance de la colonie et en rendit les progrès incertains. Ensuite arrivèrent les industriels et les cultivateurs, race plus morale et plus tranquille, mais qui ne s'élevait presque en aucuns points au-dessus du niveau des classes inférieures d'Angleterre. Aucune noble pensée, aucune combinaison immatérielle ne présida à la fondation des nouveaux établissements. A peine la colonie était-elle créée qu'on y introduisait l'esclavage; ce fut là le fait capital qui devait amener une immense influence sur le caractère, les lois et l'avenir tout entier du Sud
u C'est dans les colonies anglaises du Nord, plus connues sous le nom de Nouvelle- Angleterre, que se sont combinées les deux ou trois idées principales qui aujourd'hui forment les bases de la théorie sociale aux États-Unis. Les principes de la Nouvelle-Angleterre se sont d'abord répandus dans les États voisins ; ils ont ensuite gagné de proche en proche les plus éloignés, et ont fini, si je puis m'exprimer ainsi, par pénétrer la confédération entière. Ils exercent maintenant leur influence au delà de ses limites sur le monde américain...
a La fondation de la Nouvelle-Angleterre a offert un spectacle nouveau. Tout y était singulier et original.
u Presque toutes les colonies ont eu pour premiers habitants des hommes sans éducation et sans ressources, que la misère et l'inconduite poussèrent hors du pays qui les avait vus naître, ou des spéculateurs avides et des entrepreneurs d'industrie...
u Les émigrants qui vinrent s'établir sur les rivages de la Nouvelle-Angleterre appartenaient tous aux classes aisées de la mèrepatrie. Leur réunion sur le sol américain présenta, dès l'origine, le singulier phénomène d'une société où il ne se trouvait ni grands seigneurs ni peuple, et, pour ainsi dire, ni pauvres ni riches. Il y avait, proportion gardée, une plus grande masse de lumières répandue parmi ces hommes que dans le sein d'aucune nation européenne de nos jours. Tous, sans en excepter peut-être un seul, avaient reçu une éducation assez avancée, et plusieurs d'entre eux s'étaient fait connaître en Europe par leurs talents et leur science. Les autres colonies avaient été fondées par des aventuriers sans famille ; les émigrants de la Nouvelle- Angleterre apportaient avec eux d'admirables éléments d'ordre et de moralité; ils se rendaient au désert accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants. Mais ce qui les distinguait surtout de tous les autres, était le but même de leur entreprise. Ce n'était point la nécessité qui les forçait d'abandonner leur pays; ils y laissaient une position sociale regrettable et les moyens de vivre assurés; ils ne passaient point non plus dans le nouveau monde afin d'y améliorer leur situation ou d'y accroître leurs richesses ; ils s'arrachaient aux douceurs de la patrie pour obéir à un besoin purement intellectuel ; en s'exposant aux misères inévitables de l'exil, ils voulaient faire triompher une idée.
u Les émigrants, ou, comme ils s'appelaient si bien eux-mêmes, les pèlerins (pilgrims) appartenaient à cette secte d'Angleterre à laquelle l'austérité de ses principes avait fait donner le nom de puritaine. Le puritanisme n'était pas seulement une doctrine religieuse; il se confondait encore sur plusieurs points avec les théo-
ries démocratiques et républicaines les plus absolues. De là lui étaient venus ses plus redoutables adversaires. Persécutés par le gouvernement de la mère-patrie, blessés dans la rigueur de leurs principes par la marche journalière de la société au sein de laquelle ils vivaient, les puritains cherchèrent une terre si barbare et si abandonnée du monde, qu'il fût encore permis d'y vivre à sa manière et d'y prier Dieu en liberté.
u Les émigrants étaient au nombre de cent cinquante à peu
près, tant hommes que femmes et enfants On montre encore le
rocher où descendirent les pèlerins. »
L'auteur dit en note : u Ce rocher est devenu un objet de vénération aux États-Unis; j'en ai vu des fragments conservés avec soin dans plusieurs villes de l'Union. Ceci ne montre-t-il pas bien clairement que la puissance et la grandeur de l'homme est tout entière dans son âme ? Voici une pierre que les pieds de quelques misérables touchent un instant, et cette pierre devient célèbre ; elle attire les regards d'un grand peuple ; on en vénère les débris, on s'en partage la poussière. Qu'est devenu le seuil de tant de palais? Qui s'en inquiète?
Il reprend :
u II ne faut pas croire que la piété des puritains fût seulement spéculative, ni qu'elle se montrât étrangère à la marche des choses humaines. Le puritanisme, comme je l'ai dit plus haut, était presque autant une théorie politique qu'une doctrine religieuse. A peine débarqués sur ce rivage inhospitalter, le premier soin des émigrants est de s'organiser en société. Ils passent immédiatement un acte qui porte :
u Nous, dont les noms suivent, qui, pour la gloire de Dieu, le u développement de la foi chrétienne et l'honneur de notre patrie, u avons entrepris d'établir la première colonie sur ces rivages u reculés, nous convenons, dans ces présentes, par consentement u mutuel et solennel, et devant Dieu, de nous former en corps de u société politique, dans le but de nous gouverner, et de travailler u à l'accomplissement de nos desseins; et en vertu de ce contrat,
£< nous convenons de promulguer des lois, actes, ordonnances, et u d'instituer, selon les besoins, des magistrats auxquels nous prott mettons soumission et obéissance. »
u Ceci se passait en 1620. A partir de cette époque, l'émigration ne s'arrêta plus ; les passions religieuses et politiques qui déchirèrent l'empire britannique pendant tout le règne de Charles Ipr, poussèrent chaque année, sur les côtes de l'Amérique, de nouveaux essaims de sectaires. En Angleterre, le foyer du puritanisme continuait à se trouver placé dans les classes moyennes ; c'est du sein des classes moyennes que sortaient la plupart des émigrants. La population de la Nouvelle- Angleterre croissait rapidement, et tandis que la hiérarchie des rangs classait encore despotiquement les hommes dans la mère-patrie, la colonie présentait de plus en plus le spectacle nouveau d'une société homogène dans toutes ses parties. La démocratie, telle que n'avait point osé le rêver l'antiquité, s'échappait toute grande et toute armée du milieu de la vieille société féodale. »
Après avoir donné une idée de la législation pénale primitive, inspiration directe du rigorisme puritain et souvent de la plus odieuse intolérance, l'auteur ajoute :
a A côté de cette législation pénale, si fortement empreinte de l'étroit esprit de secte et de toutes les passions religieuses que la persécution avait exaltées et qui fermentaient encore au fond des âmes, se trouve placé, et en quelque sorte enchaîné avec elle, un corps de loi politique qui, tracé il y a deux cents ans, semble encore devancer de très-loin l'esprit de liberté de notre âge.
u Les principes généraux sur lesquels reposent les constitutions modernes, ces principes, que la plupart des Européens du XVIIe siècle comprenaient à peine, et qui triomphaient alors incomplètement dans la Grande-Bretagne, sont tous reconnus et fixés par les lois de la Nouvelle-Angleterre : l'intervention du peuple dans les affaires publiques, le vote libre de l'impôt, la responsabilité des agents du pouvoir, la liberté individuelle et le jugement du jury, y sont établis sans discussion et en fait.
u Ces principes générateurs y reçoivent une application et des développements qu'aucune nation de l'Europe n'a encore osé leur donner
u Chez la plupart des nations européennes, l'existence politique a commencé dans les régions supérieures de la société, et s'est communiquée peu à peu, et toujours d'une manière incomplète, aux diverses parties du corps social. En Amérique, au contraire, on peut dire que la commune a été organisée avant le comté, le comté avant l'État, l'État avant l'Union
u Lorsqu'après avoir ainsi jeté un regard rapide sur la société américaine de 1650, on examine l'état de l'Europe et particulièrement celui du continent, vers cette même époque, on se sent pénétré d'un profond étonnement : sur le continent de l'Europe, au commencement du XVII> siècle, triomphait de toutes parts la royauté absolue sur les débris de la liberté oligarchique et féodale du moyen âge. Dans le sein de cette Europe brillante et littéraire, jamais peut-être l'idée des droits n'avait été plus complètement méconnue , jamais les peuples n'avaient moins vécu de la vie politique ; jamais les notions de la vraie liberté n'avaient moins préoccupé les esprits, et c'est alors que ces mêmes principes, inconnus aux nations européennes ou méprisés par elles, étaient proclamés dans les déserts du Nouveau-Monde, et devenaient le symbole futur d'un grand peuple ; les plus hardies théories de l'esprit humain étaient réduites en pratique dans cette société si humble en apparence, et dont aucun homme d'État n'eût sans doute alors daigné s'occuper. ??
Dans un autre passage le même auteur dit :
u Les émigrants qui vinrent se fixer en Amérique au commencement du XVIIe siècle, dégagèrent, en quelque façon, le principe de la démocratie de tous ceux contre lesquels il luttait dans le sein des vieilles sociétés de l'Europe, et ils le transplantèrent sur les rivages du Nouveau-Monde. Là, il a pu grandir en liberté, et marchant avec les mœurs, se développer paisiblement dans les lois. »
Le milieu du XIXe siècle n'est pas le commencement du XVI I>, et les théories les plus avancées de V 'époque ne sont liées, dans notre esprit, à aucun fanatisme étroit et aveugle. A cela près, les situations, à deux cent cinquante ans de distance, ont des analogies tellement saisissantes, que tout commentaire de ces lignes serait oiseux (1).
La carte du Texas annexée à ce rapport donne le tracé d'un projet de chemin de fer qui, entrant dans l'État par Fulton, sur la rivière Rouge, vient couper la Trinité au voisinage d'Athènes, se dirige sur le fort Gates, et remonte de là sur le Del Norte qu'il atteint à El Paso.
J'ai dit, page 75, que nous avions rencontré, à notre retour, des capitalistes de New- York qui venaient voir u ce qu'il y avait à faire au Texas, » et je prédisais que les entreprises du Nord ne tarderaient pas à descendre dans le pays. — Mes prévisions sont gagnées de vitesse. Je ne m'attendais pas, je l'avoue, à recevoir aussitôt communication du tracé de cette ligne, et de la conclusion d'une convention du gouvernement texien à ce sujet.
La chose est faite. Quoique le tracé ne soit pas encore arrêté définitivement, la législature texienne n'en a pas moins déjà concédé 13 000 acres de terre (trois lieuescarrées de 1 600 hectares), par mille de chemin de fer, à la Compagnie qui propose l'exécution.— Voilà comment, là-bas, vont les choses.
Cette ligne traverse l'État de l'Arkansas et va joindre le Mississipi, c'est-à-dire le système de la grande circulation des États
(1) De qui sont-elles, ces lignes? — D'un « homme d'état » très-clairvoyant dans l'histoire de l'origine et du développement des idées avancées d'il y a deux siècles, qui n'en aura pas moins traité celles de son temps, comme il fait remarquer que traitaient celles du leur ses analogues du XVIIe siècle. — Voy. De la Démocratie en Amérique, par Alexis de Tocquevillc. Tom. I, Introd. et chap. II passim.
de l'Atlantique, à Memphîs. D'El Paso à Memphis, 400 lieues. La ligne doit être continuée jusqu'en Californie. — La communication intérieure des États du Sud avec ceux du Pacifique se fera certainement par le Texas.
Je le dis sans la moindre crainte d'erreur, s'il existe une contrée au monde admirablement disposée pour recevoir l'atelier d'élaboration pratique du problème de la Destinée sociale, c'est le Texas. Que l'alvéole de la Société Nouvelle soit élevée sur ces terres aujourd'hui désertes, mais que des flots de population humaine envahiront demain, et bientôt des milliers d'organismes analogues surgiront comme par enchantement autour des premiers spécimens.
Comme preuve et épreuve de sa puissance d'assimilation et de sa supériorité décisive sur les formes antérieures, l'Organisme social nouveau aura, à son voisinage, au Nord, la Sauvagerie, — que la Civilisation américaine ne sait que détruire, ce qui est son grand crime ; — au Sud, l'Esclavage, que cette Civilisation est impuissante à transformer, ce qui est sa grande plaie.
Mais admettons que rien ne soit fait tant qu'un spécimen de l'Ordre nouveau n'aura pas été fondé à la porte d'une de nos capitales européennes. Hé bien ! est-ce que, encore, le plus court chemin pour arriver là n'est pas aujourd'hui de porter l'Idée nouvelle sur un champ libre, où il soit facile de lui donner promptement un corps, d'en faire une réalité tangible et vivante?
Et puis, je vous le dis en vérité, l'état des choses européennes fût-il demain tout autre, ce serait encore hors de l'Europe qu'il faudrait, demain, songer à résoudre le problème social. — Ce problème, qui est la grosse affaire du siècle, est posé aujourd'hui en Europe de telle façon et sur un tel terrain, que de longtemps il ne sera facile de l'y résoudre tranquillement et scientifiquement — s'il n'a
été expérimenté ailleurs Qui luibet mires audicndi audiat.
11 ne s'agit pas d'abandonner la patrie européenne; il s'agit encore et toujours, de préparer son salut et celui du monde....