FIN DU RAPPORT
Premières instructions
POUR LES PERSONNES DISPOSÉES A CONCOURIR A LA COLONI- SATION EUROPÉO-AMÉRICAINE AU TEXAS.
N.-B. Ces instructions ne sont reproduites ici qu'à titre de document. Le lecteur trouvera plus loin les instructions postérieures à la constitution de la Société de colonisation : ces dernières sont les seules dont on ait à tenir compte dorénavant pour entrer en rapport avec la Société.
On peut concourir à l'œuvre proposée, soit avec le dessein de s'y engager corps et biens, soit en conservant sa position actuelle.
L'opération réclame des capitaux, des hommes, des industries et des idées.
a 1) Il résulte des faits énoncés dans le Rapport, que la chose la plus pressante est de réunir un premier groupe de capitaux destinés à l'acquisition d'une certaine quantité de head-rights ou bons au porteur du Texas.
Le prix des head-rights monte continuellement : il devient chaque jour moins aisé et plus coûteux de s'en procurer. L'acquisition de ces Bons constitue un placement sûr et avantageux. Elle peut être faite au compte et au nom de chaque bailleur de fonds, antérieurement même à la constitution définitive de la Société de colonisation, qui aura pour fonction de localiser les head-rights sur des terres de choix et d'effectuer les préparations coloniales. Brisbane et plusieurs de nos amis, en Europe et en Amérique, se disposent à faire des fonds pour ces acquisitions préalables. Cellesci ne constituant encore que des opérations privées peuvent être faites immédiatement et suivant le mode qui conviendra à chaque bailleur de fonds. Ceux d'Europe pourront confier leurs fonds aux personnes chargées d'agir pour le compte des acquéreurs américains, ou opérer par l'intermédiaire de maisons européennes
ayant des correspondants aux États-Unis. La chose importante, en ce moment, c'est que ceux qui sont disposés à concourir à ces premières acquisitions fassent connaître immédiatement leur intention, afin que l'on sache promptement sur quelle base les démarches de recherche des head-rights doivent être faites, et que des propositions fermes d'acquisitions nominatives puissent suivre le plus tôt possible. — Les plus petites sommes ne doivent pas craindre de se produire : Au prix de l'été dernier, 25 fr. représentaient 10 hectares de terre. Or, 10 hectares de terres d'une haute fertilité, c'est déjà quelque chose qui vaut considération.
a 2) Le second objet est la souscription du capital nécessaire à la constitution de la Société de colonisation. Les fonds ici ne devront être fournis que plus tard, après la constitution de la Société et par versements successifs.
b) Le troisième concerne l'enregistrement des personnes qui pourront figurer dans l'opération, soit dès les débuts, soit postérieurement à la préparation.
c) Le quatrième enfin, consiste dans la réunion et le classement des documents relatifs aux industries, idées et opérations de détail qui pourront être utiles à la colonie.
Il est des industries impérativement désignées par la nature des choses; mais nombre d'autres seront facultatives et il sera bon d'avoir tout préparé à l'avance.
Les opérations agricoles, comprenant la grande culture, l'horticulture, les pépinières, la culture de la vigne et la fabrication du vin, l'élève des animaux, la fromagerie, etc., viennent au premier rang.
Les industries de bâtiment, vêtement, chaussure, la confection des meubles, la serrurerie se présentent aussi en première ligne.
Inutile de mentionner la cuisine et tout ce qui se rapporte aux préparations de bouche. Mais il faut noter que parmi ces préparations, celles qui sont de conserve devront fournir bientôt des branches très-importantes au commerce extérieur de la colonie. — La fabrication des viandes salées, fumées ou séchées, des saucis-
sons, rillettes, gelées animales, etc., devra être montée promptement sur une assez grande échelle.
On a nommé, dans le Rapport, la tannerie, la corroyerie, la poterie, la brasserie ; ajoutons-y divers travaux sur métaux, des constructions mécaniques, la verrerie (pour carreaux de vitres, verres à boire et bouteilles), et bientôt quelques industries de haute métallurgie, notamment la production du fer.
Il serait oiseux d'allonger cette nomenclature technologique. Chacun trouvera facilement dans ses connaissances spéciales, dans son entourage, dans les idées qui peuvent lui survenir, des éléments de propositions diverses.
La société de colonisation aura à exécuter, comme il a été dit, des opérations commerciales de différentes natures. Il lui faudra pour cela des agents et des correspondants partout où il pourra être utile d'étendre les ramifications de ses rapports. Les industries de la France et de la Belgique ne font encore pas, ou presque pas, d'affaires directes avec le Texas. Nous aurons à leur ouvrir des débouchés sur ce pays; une assez notable quantité de ceux des nôtres qui resteront en Europe pourront rendre avantageusement pour eux-mêmes des services à la colonisation dans cet ordre d'affaires.
d.) La colonie recevra, comme témoignage de concours (indépendamment du payement des souscriptions en produits), des dons tels que livres, gravures, tableaux, instruments et produits de toutes sortes. La valeur de ces objets pourra être estimée et représentée par des actions à donner en primes à des émigrants pauvres et méritants, ou servant à constituer des dots à des enfants, etc.
Chacun peut recueillir des noyaux de fruits, des pépins, des graines d'arbres de toutes sortes, avec grande utilité pour notre objet. Il ne fant pas craindre de faire des récoltes qui pourraient paraître ne pas valoir la peine. Beaucoup de graines, très-communes en Europe, même parmi les simples herbes des champs, seront précieuses au Texas, où nous aurons à obtenir le plus grand nombre de naturalisations possible.
En conséquence des indications ci-dessus, nous demandons, à titre de renseignements 'préalables, sans que cela constitue aucun engagement et sous toutes réserves, des réponses immédiates sur les intentions, en ce qui concerne :
al) Capital. — Le concours que l'on serait disposé à fournir à l'affaire de l'acquisition préalable des head-rights;
a 2) Celui que l'on pense pouvoir fournir, par versements successifs, échelonnés en plusieurs années et postérieurement à la constitution de la Société de colonisation, au cas, bien entendu, où les Statuts en paraîtraient satisfaisants ;
b 1) Personnel. — Les dispositions où l'on se trouve soi-même quant à l'immigration ;
b 2) Des renseignements sur les individus que l'on jugerait disposés à se rendre plus ou moins promptement sur les lieux; le genre d'utilité dont ils y pourraient être, la position, l'âge, la santé ne doivent pas être oubliés.
c) Documents divers. — Ceux qui auront à fournir des documents réclamant des développements sont priés de faire d'abord une réponse immédiate et sommaire.
d) Les dons que l'on aurait à faire ultérieurement peuvent être déjà indiqués à l'avance. Nous attendons particulièrement de nos amis, artistes ou industriels, des exemplaires de leurs productions personnelles.
Chacun de ceux qui se sentent désireux de se rendre utiles, à un titre quelconque, à l'œuvre proposée, comprendra qu'il ne doit pas remettre au lendemain pour fournir les indications présentement demandées. Ces indications, qui ne portent encore que sur des intentions, et qui n'engagent à rien, on le répète, sont absolument nécessaires pour débrouiller d'abord les premiers éléments virtuels de la fondation. Time is money, le temps est de l'argent, disent les Anglais et les Américains. Ici, le temps est de l'argent, et plus encore. Nous comptons sur des réponses immédiates de toutes les bonnes volontés.