RÉSUMÉ D'INSTRUCTIONS
Supposant exécutée la recommandation qui termine le paragraphe précédent, vous tenant pour bien édifiés sur toutes les conditions importantes de l'œuvre commune, je clos cette communication par un résumé.
L'œuvre est, dès ce jour, entre vos mains.
C'est à vous maintenant à ne pas perdre de temps pour l'investir de toute sa force.
Le public n'est point encore directement saisi. Mon plan a été de ne l'aborder que quand nous aurions constitué un noyau tellement fort que nous n'ayons plus besoin des capitaux extérieurs, et que ceux-ci viennent en surcroît à une œuvre assise sur des bases aussi solides qu'attractives.
La plupart de nos amis, adhérant au projet de colonisation, n'ont qu'une partie de leurs fonds immédiatement disponibles, et réclament du temps pour opérer leur liquidation.
L'article 23 des Statuts a pourvu à cette situation. Il vous donne deux ans pour satisfaire à des engagements qui, pris aujourd'hui, placent les souscripteurs dans la première série, et que la Gérance acceptera offerts par des gens qu'elle connaît pour sérieux et de bonne foi.
La Société aura la prudence de ne baser ses opérations actives que sur les fonds liquides et en caisse ; mais les engagements sérieux qu'elle aura en portefeuille manifesteront sa virtualité de colonisation, pèseront fortement à son crédit, et seront de nature à lui valoir des concessions étendues et des avantages très-précieux de divers ordres. C'est pour cela qu'une belle part a été faite à ces engagements, (art. 23). Dans l'intérêt de l'œuvre générale comme dans votre intérêt particulier, — nous avons mis partout ces deux intérêts en parfait accord, — je vous conseille à tous d'agir ici résolument.
Toute ma vie je vous ai donné des preuves de réserve extrême ; je n'ai jamais encouragé chez les autres les sacrifices exagérés pour la Cause; je me suis toujours opposé à toutes tendances vers les entreprises téméraires et les aventures.
Et même, quand je vous ai présenté cette affaire du Texas, — si belle dans ses données, mais qui ne pouvait être tenue pour in-
contestablement assurée que par un concours suffisant, — quand je vous l'ai présentée, dis-je, et jusque vers la fin de juin, je n'ai dit formellement à personne : Mettez vos capitaux dans cette affaire.
Aujourd'hui qu'elle est assise et n'a besoin de rechercher aucun concours en particulier, je vous dis à tous, sans hésiter, en pleine sécurité de responsabilité pour moi et d'avenir pour vos intérêts : Vendez ; liquidez ; dégagez-vous ; solidarisez vos capitaux ; prenez position dans la première série, en calculant dès maintenant les produits de vos liquidations, et disposez-vous à nous rejoindre sur les terres que nous allons vous obtenir ou acquérir pour vous, et préparer pour vous recevoir. Cela faisant vous n'aurez jamais pris une résolution plus utile à vos propres intérêts et à votre cause.
Agissez toutefois avec calme et maturité. Hâtez vos liquidations, mais ne les précipitez pas. S'il importe d'éviter les lenteurs, il importe bien plus encore d'éviter les fausses manœuvres. Tout dépendra des premières installations. Ne les compromettons pas pour gagner un mois ou deux. Le feu n'est pas aux terres du Texas et du Grand-Ouest. Faisons vite, mais faisons avec ensemble et avec ordre. Le moyen d'arriver promptement n'est pas de commencer par courir trop fort. Notre œuvre est une entreprise d'avenir et une grosse affaire. Ne la gâtons pas dans ses débuts et ne perdons pas des campagnes entières pour avancer de quelques semaines. — Prenez vos résolutions ; apportez vos concours disponibles, et commencez à préparer la disponibilité du reste. Tel est le sens de mes paroles.
Nous sommes débordés par les proportions d'un mouvement qui grandit tous les joure, quoique l'affaire commence à peine et ne soit pas même encore sortie de l'œuf. Je ne m'attendais à rien de pareil, de sitôt du moins, et personne pourtant n'attendait autant que moi. — u Je dis, s'écriait avec enthousiasme il y a quelques jours, ici, l'un des nôtres, u esprit posé et nature très-calme cependant, ">•> je dis que quand il y aura quelque part sur le globe une terre à l'entrée de laquelle on lira sur un poteau, ici on croit au
bonheur de l'homme, c'est par populations que les hommes voudront s'y porter; le mouvement dont nous sommes témoins aujourd'hui en fait déjà la preuve ! jj
Cette expression est très-belle, parce qu'elle est profonde et vraie. — Nous croyons au bonheur de l'homme, dans un monde qui ne croit qu'au mal, à la douleur et à toutes les misères. — Cette Foi est notre force pour fonder un autre monde et la raison de notre puissance.
A vous donc, amis, aujourd'hui, d'agir, de répondre à nos actes par des actes.
Je vais changer d'occupation et non me reposer. Que tous ceux aux lettres de qui je n'ai pu répondre personnellement malgré ma bonne volonté, se contentent pour aujourd'hui de cette communication collective. Elle suffira pleinement aux esprits résolus, et j'ai montré plus haut que ceux-ci sont les initiateurs naturels de l'œuvre.
Fidèle à l'esprit des Premières instructions qui terminaient mon Rapport, je ne tiens pas les manifestations qu'elles ont provoquées pour des engagements. Vous êtes tous, aujourd'hui, aussi libres devant l'œuvre proposée, que vous l'étiez avant de les écrire ; mais aujourd'hui que celle-ci est constituée, assise sur ses bases, que vous pouvez l'apprécier et que la période d'exécution est commencée pour elle, aujourd'hui, pour vous aussi, la période des engagements fermes commence.
Que tous ceux qui veulent y prendre part le fassent donc sans plus attendre. Nous sommes à l'œuvre ; à qui la veut, de joindre ses ressources disponibles et ses engagements d'avenir aux nôtres.
Un mot sur une autre question.
En commençant une ère nouvelle, nous devons clore honorablement le passé qui l'a préparée. Il faut terminer la liquidation de l'École. C'est une affaire minime. Les dettes, dites non exigibles dans le bilan de nos deux Sociétés de 1840 et de 1843, (voir le der-
nier bulletin) pourront se résoudre en grande partie au moyen des plus-values attribuées à la Fondation dans la Société nouvelle. Les dettes exigibles sont réduites à peu de chose. Je nie charge personnellement de concourir à leur extinction dans la plus forte proportion : J'y consacrerai cinq mille francs de mon propre avoir, qui n'est pas lourd, et plus s'il est nécessaire ; (engageant, d'ailleurs, dans la Société de colonisation tout ce qui pourra me rester ou me survenir, mais, sans présenter, loin de là, ce dernier engagement comme un sacrifice.)
Je demande que l'exemple, que je dois donner ici pour la liquidation de notre passé, soit suivi par la masse des nôtres, répétant qu'il n'y faut, de la part de chacun, qu'un concours peu considérable. C'est une mince affaire ; mais il la faut finir. Nous ne pouvons laisser des dettes derrière nous. Chacun le sent, et déjà nos amis de Louvain, prenant ici une honorable initiative, sont venus me déclarer spontanément, ces jours derniers, qu'ils s'engageaient pour un soixantième de l'arriéré à couvrir (1).
Nous avons évalué le dollar au taux de 5 fr. 40 c. pour recevoir les fonds. C'est peut-être un peu supérieur aux cours les plus
(1) Outre le concours par voie de souscription directe, il en est un autre qu'il est bon d'indiquer.
Les intérêts des actions de la Société de colonisation coureut à partir du jour du versement. Pour les actions prises avant le 1er janvier prochain, il y aurait un décompte à faire à l'actionnaire.
Cette fraction d'intérêts peut être abandonnée à la liquidation dont il vient d'être parlé, ainsi que telles fractions que l'on jugerait convenable, dans le cas d'anticipation des intérêts des trois premiers exercices comptés en dehors de l'action principale, suivant ce qui a été dit ci-dessus, pages 224 et 225. Ce genre de contribution serait en même temps une simplification. — Soit dit comme pure remarque, chacun restant juge de ce qu'il doit faire.
Les chiffres suivants offrent un moyen aisé de calculer ce qu'on laisserait à la liquidation en lui abandonnant ces fractions.
Intérêts des actions, pour un jour {calculés à 360 jours l'an).
Actions à primes à dividendes.
De 5 dollars (fr. 27) fr. 0, 0045 0, 003
De 25 id. ( » 135) » 0, 0225 0, 015
De 125 id. ( »> 675) » 0, 1125 0, 075
habituels ; mais il fallait aux souscripteurs européens un point de repère, et ce point devait être fixé plutôt au-dessus qu'au-dessous de la moyenne, surtout si l'on tient compte de ce que les fonds européens sont destinés à être transportés en Amérique. Les souscripteurs européens sont d'ailleurs avantagés sur les Américains par la faculté qu'ils se trouvent avoir de souscrire avant ceux-ci.
Conséquemment à tout ce qui a été dit ci-dessus, — notamment en ce qui concerne le caractère des propositions reçues antérieurement à la constitution de la Société, lesquelles ne doivent pas être considérées comme des engagements, — chacun des adhérents doit aujourd'hui, soit qu'il prenne une résolution nouvelle, soit qu'il persiste dans les anciennes :
Verser, contre reçus à échanger pour des titres d'actions libérées, les sommes immédiatement disponibles ;
Faire connaître les engagements, — payables d'ici au 31 décembre 1856 et donnant droit aux récépissés définis dans l'art. 23, — qu'on se propose de contracter avec la Société ;
Désigner, si on le juge bon, un concours à la liquidation de nos Sociétés antérieures ;
Faire connaître ses dispositions personnelles actuelles relativement à un établissement prochain ou ultérieur dans la colonie.
Indépendamment de toutes explications particulières et plus ou moins étendues à donner par voie de correspondance ordinaire, chaque adhérent est prié de remplir, à sa convenance, les Bulletins réguliers concernant, l'un les souscriptions, versements et engagements, l'autre les renseignements relatifs à V immigration, qui lui seront envoyés par la Gérance.
Relèvement fait de leur contenu, ces feuilles sont destinées à fournir, en Amérique, auprès du gouvernement fédéral et de celui du Texas, les pièces justificatives de l'entreprise, à l'appui de nos demandes de concessions territoriales.
La poursuite de ces traités ne nous empêchera pas d'acquérir immédiatement des terres et de commencer le plus tôt possible des établissements, dussent ceux-ci n'être que provisoires. Cantagrel, nanti de premiers fonds et bientôt suivi par d'autres, est déjà parti avec des instructions et un pouvoir qui lui permet d'agir pour le compte de la Société. Raison de plus pour chacun d'éviter toute lenteur.
Les actions sont au 'porteur, mais elles peuvent être inscrites en nom. Ce moyen est le plus sûr. Nos amis feront bien de le prendre tous. On ne court pas, ainsi, la chance de perdre des titres, et l'on a toujours la faculté de revenir aux actions au porteur.
Je finis en trois mots : L'œuvre collective est commencée ; nous sommes engagés, et nous attendons vos concours.