‹ Au TexasChapitre 34 sur 50 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Notre ami, le docteur Savardan, qui veut être un des premiers sur le terrain de la colonie, m'a communiqué, clans une visite toute récente, un écrit intitulé Le Texas et sa Révolution, par M. F. Leclerc, docteur en médecine de la Faculté de Paris. J

Je ne crois pas inutile d'extraire ici quelques passages de ce travail intéressant, publié primitivement dans la Revue des Deux- Mondes et réimprimé à Paris en 1840.

L'auteur était au Texas en 1838.

Il suffit de jeter un coup d'oeil sur la carte pour voir que le Texas est une des contrées les mieux arrosées qu'il y ait au monde. En allant de l'est à l'ouest, on n'y compte pas moins de neuf fleuves ou rivières considérables, qui sont le Rio-Nueces, le San- Antonio, le Guadalupe, le Colorado, le Brazos, le San-Jacinto, le Rio-Trinitad, le Natches et la Sabine : le plus grand nombre ont leur embouchure dans le golfe du Mexique; les autres se jettent, non loin de la mer, dans le fleuve principal qui y verse directement ses eaux. Une multitude de cours d'eau secondaires sillonnent de tous côtés la plaine immense, dont les profondeurs sont accessibles, sur une direction presqu'uniforme du nord-ouest, en partant de la mer, par les grands fleuves que je viens d'énumérer. De la Sabine au Rio-Bravo, cette plaine est pour ainsi dire entièrement de niveau sur le littoral du golfe, et peu élevée au-dessus des eaux de la mer. Plus onduleuse à mesure qu'on remonte vers le nord, elle se couvre de quelques collines à l'est, entre le bassin de la rivière rouge et celui de Rio-Trinitad, et elle présente à l'ouest une chaîne de montagnes assez hautes, à laquelle on a donné le nom de Sierra de San-Saba.

Les cours d'eau qui sillonnent le Texas se ressemblent tous ; ils sont profondément encaissés dans les couches meubles de la prairie, et offrent cette physionomie torrentueuse qu'affectent la plupart des rivières de la Nouvelle Espagne ; la navigation y est quelquefois arrêtée par des rapides, et presque tous ont à leur embouchure des barres dont le passage n'est pas toujours sans danger. La première que j'ai vue est celle du poisson rouge, à l'embouchure du San- Jacinto, dans la baie de Galveston. Celle du Brazos nuira certainement à l'importance que prend la ville naissante de Velasco ; mais il y a trop d'activité dans la race anglo-américaine pour que ces obstacles naturels ne soient pas bientôt détruits, vaincus et éludés, partout où la chose sera possible. C'est ainsi qu'en 1838 j'ai vu disparaître le rqft qui avait obstrué jusqu'alors la navigation du Colorado, un des plus beaux fleuves du Texas. Un peu au dessus de l'embouchure, à quelques milles au nord de Matagorda, s'était accumulée, sur une étendue de trois ou quatre milles, une masse énorme de débris de troncs d'arbres et de bois flotté. Les Texiens de Colorado, jaloux de rendre à leur pays une communication aussi importante, ont entrepris sous mes yeux la destruction de ce raft, et en peu de temps ils y avaient pratiqué un canal assez large pour qu'un bateau parti de Bastrop, dans la partie supérieure du fleuve, pût facilement gagner Matagorda. Ce travail est du reste un des plus utiles que les citoyens de la nouvelle république aient accompli depuis la déclaration de leur indépendance. L'émigration se porte vivement sur le Colorado, et semble même vouloir momentanément s'arrêter sur ses bords.....

On souffre encore de la chaleur à San-Felipe ; mais, en remontant le Brazos, la température change d'une manière sensible. La prairie est plus ondulée, mille ruisseaux limpides l'arrosent dans tous les sens, et je ne doute pas que bientôt la colonisation ne se porte avec ardeur dans cette zone tempérée, qui s'étend jusqu'à la rivière rouge. Si la navigation du Brazos y est facile, la population qui suivra son cours prendra à revers la Sierra de San-Saba, que ce fleuve contourne à sa pointe nord-est, et se répandra ensuite vers le Bio-Grande ou Bravo, dans un vaste paj^s que l'on connaît encore bien peu

Pour la production du coton, le Texas est sans rival. Le

coton y est à la fois plus beau et plus abondant sur la même étendue de terrain que dans les états les plus favorisés de l'Union américaine ; et, sous ce rapport, le Texas n'a qu'un danger à craindre, c'est l'excès de production.

Les terres qui s'étendent au-dessous de la Rivière Rouge jusqu'à 70 ou 80 milles du golfe du Mexique, peuvent donner, année moyenne, d'une balle à une balle et demie par acre (l'acre représente à peu près la moitié d'un hectare de France); celles qui appartiennent à la zone du littoral, de la Sabine au Rio-Grande, donnent communément de deux à trois balles par acre, et plus encore dans certaines localités. Chaque balle de coton représente un poids de 500 livres au moins ; un hectare au Texas peut donc donner, chaque année, de deux à trois mille livres de coton brut : fertilité merveilleuse si on la compare avec la production de quelques localités de l'Union. Dans PAlabama, le coton ne récolte le plus souvent que six cents livres par acre, c'est-à-dire un peu plus d'une balle, et certaines portions de la Géorgie ne produisent fréquemment que trois cents livres ou à peu près le cinquième de ce que donne la même étendue de terrain au Texas. J'ai vu sur la route de Montgomery à Charleston, dans l'Alabama et la Géorgie, des champs immenses où le cotonnier n'arrivait pas à trois pieds de haut ; la même plante s'élève à cinq ou six pieds sur les bords du

Mississipi, et à sept ou huit au Texas

Les Texiens commencent aussi à cultiver la canne, et, suivant la voie ouverte par les colons de la Louisiane, ils ont donné la préférence à la variété d'Otaïti. Cette variété, qui est glauque, marquée de longues bandelettes violettes, fournit sa substance sucrée dans le cours d'une végétation de cinq à six mois, tandis qu'il faut à la canne des Antilles quinze et dix-huit mois pour arriver au même point. La canne d'Otaïti n'atteint pas un aussi grand développement que cette dernière, il est vrai, mais elle donne deux récoltes, tandis que l'autre n'en donne qu'une. Cultivée d'abord au Brésil, elle passa ensuite à la Havane, et de là à la Louisiane, où quelques colons français eurent le bon esprit de la répandre. Maintenant, tous les bords du Mississipi, au-dessus de la Nouvelle-Orléans, sont couverts d'immenses champs de cannes dont le produit, déjà fort élevé, s'accroît chaque jour. J'ai vu, du côté de Brazoria, des cannes qui atteignaient de dix à douze pieds, et dont les anneaux étaient déjà mûrs, au mois d'août, jusqu'à la hauteur de sept.

Le maïs réussit parfaitement au Texas ; quant au blé, une expérience faite dans les environs de San-Antonio de Bejar, il y a .quelques années, a constaté que les prairies élevées qui entourent cette ville sont très-propres à cette précieuse culture.

Je dirai enfin, pour terminer cet aperçu des richesses végétales du Texas, que la culture du mûrier et du tabac, que la production delà cochenille et de l'indigo ont été essayées avec succès, et peuvent être poursuivies sur une grande échelle avec la plus complète certitude d'en tirer un profit considérable.

La constitution géologique du Texas offre au colon d'admirables facilités pour l'éducation du bétail; ses prairies sont, pendant dix mois, couvertes d'une herbe verdoyante, et, pendant les deux autres mois, celle qui s'est desséchée à l'époque de la saison froide est encore un fourrage excellent qu'on pourrait économiser si Ton en sentait le besoin ; mais tous les bois sont tapissés d'un épais gazon qui reste toujours vert, et qui fournit au bétail la meilleure nourriture.

Cette heureuse réunion de circonstances est, pour le Texas, une source toujours sûre de richesses. Il n'est pas rare d'y rencontrer déjà des colons qui possèdent jusqu'à 1 500 et 2 000 têtes de bétail, pour l'éducation duquel ils n'ont pas pris la moindre peine. Tous ces animaux sont en liberté ; chacun marque à son chiffre ceux qui lui appartiennent et ne s'en occupe plus ; l'été, ils paissent dans la prairie ; l'hiver, ils savent bien trouver d'eux-mêmes l'herbe fraîche et succulente des bottoms (1).

Ce que je viens de dire du bétail s'applique nécessairement aux chevaux. Les Texiens apprécient tous les avantages que leur offre la prairie sous ce rapport, et, désireux d'en profiter, ils instituent des courses de tous les côtés. Outre les courses entre particuliers, que la moindre réunion de planteurs amène toujours, il y a des courses institutées par le gouvernement pour chaque localité suffisamment peuplée. Les enjeux s'élèvent quelquefois à des sommes considérables ; ils ont monté jusqu'à 3 et 4 000 dollars pour un seul pari. La race de chevaux du Texas est la même que celle des États- Unis ; elle sera sans doute améliorée par les colons, bien qu'elle l'emporte de beaucoup déjà sur les mustangs des prairies, qui ap-

(!) On désigne ainsi les lieux boisés qui longent les cours d'eau et où l'herbe reste rené pendant tome l'année.

partiennent à la race arabe ; les chevaux Texiens sont au moins aussi vifs que ceux-ci et bien plus vigoureux.

Aux richesses végétales, le Texas en joint d'autres qui sont, pour les nations modernes, plus précieuses que l'or du Pérou : le fer et le charbon, ces deux instruments si énergiques de la civilisation et du travail.

Au nord de la rivière Sabine et tout le long des hauteurs qui commencent au nord-ouest et à peu de distance de Nacogdoches et vont se joindre aux monts Ozarks, on rencontre des mines de fer très-abondantes. On dit que, semblables à certains gîtes de minerai de fer dans l'état du Missouri, elles contiennent cinquante pour cent de métal. Ces formations font partie du système des monts Ozarks. Un minéralogiste anglais, qui les parcourt aux frais de l'état d'Arkansas, écrivait, en 1838, que cette chaîne renferme les mines de fer les plus riches qu'on ait probablement jamais vues à la surface du globe. Le lit du Brazos est extrêmement riche en fer (grès ferrugineux), et, dans la plaine qui s'étend entre le Brazos et le Colorado, tous les ravins sont remplis de fer hématite en grains.

Quant au charbon, il est probable que l'indication donnée par la formation de grès rouge que l'on rencontre sur la rive gauche du Brazos, n'est point trompeuse. On assure également que le charbon abonde dans le HautrBrazos et dans la partie supérieure du Colorado. J'ai entendu dire à des traders qui avaient parcouru le Nouveau-Mexique et les déserts delà Nouvelle-Californie, que, du côté du lac Salina, au nord de la Sierra de San-Saba, et dans les plaines de la Californie, non loin des lacs de Taguayo et Timpanogos, la houille et le sel marin étaient abondants. Plusieurs voyageurs parlent dans le même sens. Il paraît à peu près certain maintenant que le charbon est très-commun à la base des Rocky- Mountains, et qu'on l'aperçoit souvent à nu le long des cours d'eau qui traversent les plaines, et surtout en plusieurs points le long du Missouri- River, du Yellow stone, du Kansas, de la Rivière des Osages, etc. — Tous ces dépôts de houille, sans appartenir entièrement au Texas, sont du moins à sa portée, ainsi que les amas gigantesques de cette matière dont la nature a si libéralement doté le territoire des États-Unis (1). Enfin, le sel abonde au

(1) Aux États-Unis, le charbon de terre se trouve partout, des bords de l'Atlantique au pied des Montagnes Rocheuses. La Pensylvanie. la Virginie, l'état de

Texas ; on y a découvert récemment aussi une mine de cuivre ; sur les bords de la rivière Rouge, et le long du Rio-Medina, différents symptômes annoncent l'existence du plomb.

Salubrité.

Je reçois, au moment où je vais donner le bon à tirer de cette feuille, d'un de nos amis qui suit très-attentivement le mouvement de la statistique en Angleterre et aux Etats-Unis, la note suivante :

En France, en 1844, il y a eu un décès par 43 habitants.

En Belgique, en 1850, un décès par 44 habitants.

En Prusse, la mortalité est de un sur 38 à 40.

Le nombre des décès au Texas, du 1er juin 1849 au 1er juin 1850 a été dans le rapport de 1 décès sur 70 habitants.

J'extrais ce dernier fait du Report of tlie Superintendent of Census, J. C. G. Kennedy. Si vous voulez faire usage de ce fait dans votre brochure, allez-y de confiance. Le Rapport de Kennedy sur le recensement de 1850 a été fait avec le plus grand soin. — Ce chiffre est une moyenne sur le Texa^tout entier ; or, les plaines du littoral sont beaucoup plus peuplées et sensiblement moins salubres que le haut pays; c'est à remarquer.

TOhio, l'Indiana, l'Illinois, en sont remplis. Les chaînes et les bassins parallèles des monts Alleghanys sont autant de bassins houillers qu'une exploitation de plusieurs siècles ne saurait épuiser. Aux richesses accumulées déjà viennent s'ajouter chaque jour des richesses nouvelles, et, comme si la nature, en privilégiant ces terres fortunées, n'eût rien voulu faire à demi, elle a placé la plupart de ces dépôts de combustible dans le voisinage de grands cours d'eau tous navigables. Les bords de VAllegany- River et du Monongahela offrent à chaque pas des exploitations de houille; il en est de même de l'Ohio et du plus grand nombre de ses affluents. De nouvelles mines de charbon semblent surgir à chaque instant des prairies de l'Indiana, et tout récemment on vient de découvrir sur les bords de la rivière de l'Illinois un dépôt de houille de la plus grande richesse. Ce fleuve coule à travers une prairie le plus souvent dépourvue d'arbres; on pouvait croire que la navigation à la vapeur pn souffrirait, mais voilà qu'aussitôt la difficulté est levée. Plus à l'ouest, sur les bords du Missouri et de ses innombrables affluents jusqu'aux Rocky-Mountains, toujours même accumulation de combustible fossile, richesses inépuisables pour l'avenir, et cent fois préférables à celles des min^s d'argent, d'or et de diamants que la nature a prodiguées à l'Amérique du sud.

Climature.

Le major Merrill, commandant le fort Worth, avait eu, quand nous y recevions son excellente hospitalité, la complaisance de faire relever pour nous, sur ses registres météorologiques, tenus avec beaucoup de soin, les températures du mois le plus froid et du mois le plus chaud, — du 15 décembre au 15 janvier, et du 15 juillet au 15 août, — pour les deux années précédentes. Je regrettais d'avoir égaré cette note, lors de la publication de mon Rapport.

En examinant ces chiffres, il ne faut pas perdre de vue deux points que j'ai signalés dans la partie du Rapport consacrée à la climature, savoir : — Pour l'hiver, qu'il est rare qu'un froid rigoureux dure toute une journée, et plus rare encore qu'il se maintienne plusieurs jours de suite ; — et, pour l'été, que les chaleurs qui paraissent les plus fortes au thermomètre coïncident presque sans exception avec des brises qui les rendent très-supportables à tout le monde, et même agréables à beaucoup de personnes.

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