‹ Au théâtre, réflexions critiquesChapitre 14 sur 55 · Théâtre Sarah-Bernhardt, 25 novembre · texte numérisé non relu

Théâtre Sarah-Bernhardt, 25 novembre

procédure qui se poursuivit près de trois mois, et dont le compte rendu abrégé tient un gros volume. Et si l'effet qu'il a tiré de ce travail reste bien au-dessous de l'émotion qu'inspire la simple lecture du texte, point de doute cependant que, durant quinze ou vingt minutes, sa pièce n'ait conduit les spectateurs très près des larmes, et très près de l'enthousiasme.

Mais, pour le surplus, quel roman étrange et saugrenu M. Emile Moreau est-il venu greffer sur l'histoire? On passerait à la rigueur sur les anachronismes de langage et d'idées, sur les développements discordants qu'il a cru devoir adjoindre aux propos authentiques de Jeanne, bien qu'on sente quelque gêne en entendant la Lorraine jeter aux clercs et aux Anglais des apostrophes de vivandière. Dans ces discours tumultueux, où se mêlent les souvenirs de Madame Sans-Gêne et les appels patriotiques, il y a déjà quelque chose qui blesse le goût et le sens de la vérité. Mais le personnage de Bedford, tel que le présente M. Emile Moreau, est, pour le coup, d'une inadmissible extravagance. En fait, le duc de Bedford, oncle d'Henri VI d'Angleterre et régent de France pour son neveu mineur, ne joua aucun rôle apparent dans le procès de Jeanne d'Arc. Il le souhaita, il contribua sans doute à l'organiser, mais il n'y parut

Page 1