‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 27 sur 104 · CHAPITRE l>RF,MIEIl GI · texte numérisé non relu

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aujourd'hui même, roccaslon de visiter leur mission et de causer longuement avec Mgr Cerèz, assisté d'un prêtre, le |)ère Fuantez, parlant très correctement le français. VA j'ai bien vite acquis la conviction qu'en vêrital)le8 dominicains quelque peu inquisiteurs (pi'ils sont detnourés, les missionnaires espagnols, pour ol)tcnir des conversions, usent, parfois encore, de procédés que réprouverait assurément notre pratique française. Le gouvernement ihéocratique, che^c les Espagnols, demeure fort autoritaire. Certains accusent les bons pères d'obtenir des conversions autant par le rotin et la cangue, que par la charitable persuasion. Tous, du reste, paraissent nous être dévoués. Par eux, j'apprends que les Chinois ont fortifié tous les villages avoisinant Bac-Ninh, qu'ils ont établi sur le fleuve un formidable barrage, solidement protégé par de l'artillerie, que très probablement même ils ont semé le fleuve de torpilles.

« Les Chinois, me dit le père Fuantez, sont au nombre de vingt mille au moins, dans les environs de Bac-Ninh. Mais Annamites et Tonkinois sont las de leurs exigences et désirent être débarrassés de leur domination, ils vous ouvriront la ville dès qu'ils vous sauront en force, et résolus à ne les point abandonner; si surtout vous consentez à leur donner des chefs choisis parmi eux, et responsables vis-à-vis de vous seulement. 1) Et, dans le cours de la conversation, il insiste sur la bonne situation sanitaire du delta, et sur les dangers de la fièvre des bois dans la région des montagnes. " Dans le delta, me dit-il encore, méfiez-vous surtout des coups de chaleur. Il faut s'en garer alors même que le soleil est caché sous des nuages épais, et plus encore, peut-être, à cette époque de l'année ordinairement froide dès qu'il pleut, chaude, lourde, souvent accablante dès que la pluie cesse. »

Et je crois en effet le constater moi-même. Mais, vainement, j'insiste auprès du colonel Defoy pour obtenir qu'il donne à nos soldats les conseils hygiéniques que dictent la prudence et l'expérience. « Je n'ai pas le temps, répond-il, de m'occuper de pareils détails « ; et les foyers d'infection s'accumulent autour des cantonnements comme pour créer

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plaisir des foyers de futures épidémies. Que lui importe? Il n'est pas personnellement en cause; il y a un médecin, l'apparence est sauve, c'est lessentiel; il n'en désire pas davantage. Comment excuser une telle indifférence? Peut-être, ce ciel gris sans soleil, cet incessant crachin et ratmos[)hcre surchargée d'électricité m'impressionnent plus qu'il convient. Cependant , comment n'être pas ému de cette réponse écrite que fait le colonel Defoy aux ol)servations techniques que j ai dû lui adresser, tant au point de vue de l'organisation de notre service de santé régimentaire que des précautions hvgiéniques à prendre!

(1 Au régiment, m'écril-il, chaque bataillon est indépendant et s'administre lui-même. Vous n'avez donc pas à intervenir dans l'organisation non plus que dans l'exécution du service de santé aux bataillons du 111" et du 143", Les docteurs Raynaud et Dreyfus en sont chargés. Vous n'avez à vous occuper que du 23". »

C'est clair. Et si précise que soit la lettre ministérielle qui m'a nommé « chef du service médical du régiment de marche formé, en France, avec des bataillons des 23% 1 1 1' et 143° régiments d'infanterie, à destination du Tonkin » , je n'ai en réalité qu'à m'occuper du 23'. C'est peut-être assez.

Jeudi 21 février. — Dès aujourd'hui le câble télégraphique qui relie Haï-Pliong à Saigon, puis à la France, avec l'assistance, encore obligatoire, des câbles anglais, est mis à la disposition de tous, pour la transmission des dépêches privées, à raison de onze francs par mot. Les bureaux télégraphiques seront ouverts de six heures du matin à minuit, et les dépêches privées transmises après l'obligatoire visa du commandement. D'autre part, Haï-Phong est en communication avec Hanoï et les divers centres occupés par des postes de télégraphie optique établis sur les hauteurs avoisinantes. Rien de plus pratique, dans ce pays si peu sûr encore, que cette lanterne magique munie à sa partie antérieure d'une forte lentille biconvexe, et à sa partie postérieure d'un miroir parabolique entre lesquels se trouve disposée une lampe à pétrole

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