‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 26 sur 104 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SOUS notre domination? Us peuvent assurément l'espérer.

A vrai dire, ce sont surtout, sinon peut-être seulement, les indijjènes catholiques qui paraissent nous être, dès maintenant, sincèrement attachés. Et cependant, il faut l'admettre, les convictions ne sont pas encore bien solides. Très généralement, les Annamites comme les Tonkinois sont devenus catholiques parce qu'ils ont rencontré chez les missionnaires asile et protection, non pas parce qu'ils ont raisonné notre religion meilleure. De fait, ils n'ont guère d'autre religion que le culte des ancêtres. C'est peut-être la seule pratique qui leur tienne encore au cœur. Les missionnaires, aussi bien les dominicains espagnols que les lazaristes français, ont obtenu, non pas, sans doute, des convictions réfléchies, mais bien une soumission facile aux pratiques apparentes du catholicisme. Les néophytes entendent leur témoigner ainsi leur reconnaissance des soins qu ils en ont reçus alors qu'ils étaient malades, de l'asile et de la protection qu'ils leur ont donnés alors qu'ils étaient poursuivis et persécutés. Il est à constater, cependant, que plusieurs, pendant les périodes de persécution, n'ont pas craint de se déclarer catholiques, bien certains cependant d'être, seulement en raison de leur aveu, e.xposés tôt ou tard à subir les plus atroces supplices.

Nos missionnaires eussent -ils pu mieux faire? Assurément non! On a voulu, cependant, leur reprocher de n'avoir appris à leurs néophytes que la seule langue latine, et d'avoir négligé peut-être de leur inculquer, avec notre langue, les idées d'un dévouement nécessaire à la France. C'est là, bien certainement, une très injuste accusaiion. Qu'on veuille bien, en effet, se reporter aux époques d'arrivée, dans le pays, de nos premiers missionnaires français. Us étaient alors sans cesse pourchassés, et cruellement menacés. Et la langue latine, du reste le seul idiome dogmatique de l'Église catholique, était aussi la seule qui pût leur permettre de recruter secrètement des adeptes, et de les reconnaître ensuite, la seule également capable d'éviter toutes difficultés internationales, toute crainte légitime de conquête au profit exclusif d'un seul peuple. Et c'est grâce à cette prudente réserve que nos missionnaires ont

pu, non sans périls ni sans sacrifices, s'implanter dans le pays, y propager la saine doctrine, y faire connaître ceux qui la pratiquent et apprendre à les aimer.

Les missionnaires anglais, dit-on, ne procèdent pas de la même façon. C'est vrai. Mais aussi, c'est parce qu'ils ne poursuivent pas le même but exclusif. La doctrine catholique s'adresse aux âmes, elle néglige la terre pour regarder vers Tau-delà. Et, si française qu'elle soit, elle demeure surtout catholique. La doctrine protestante, alors qu'elle est anglaise, considère avant tout le monde pratique, elle entend lui être utile. Sans aucun doute, pour les protestants anglais de même que pour les catholiques français, il n'y a qu'un seul Dieu; mais pour les Français, ce Dieu répand sur le monde entier les bienfaits de son immense bonté; pour les Anglais, il n'aime que les Anglais et les heureux néophytes qu'ils ont pu convertir à leurs crovances. Et, dans leur utilitaire conception, les Anglais, sous prétexte de religion, s'efforcent d'insinuer qu'il n'y a véritablement qu'un peuple méritant, le peuple anglais, et surtout qu'un commerce utile, le commerce anglais, lis donnent aussi des instructions fort sages et de l'ordre moral le plus élevé, mais parfois entachées de mensonges dont l'abnégation est absolument incapable. Ce qui n'empêche aucunement, du |reste, nos missionnaires français au Tonkin, leur vénérable évêque, Mgr Puginier (1) en tête, de demeurer surtout des Français de cœur, et, partout où ils pénètrent, de rendre à la patrie les plus signalés services. 11 semble, du reste, et sûrement grâce à eux, que la doctrine protestante a, jusqu'à ce jour, fait ici un très petit nombre de prosélytes. Les Anglais n'ont pas encore la prétention de s'y croire chez eux.

Les dominicains espagnols recherchent avant tout, eux aussi, les salutaires conquêtes du catholicisme. J'ai eu.

(l^ Mgr Pugioier, vicaire apostolique du Tonkin occidental, officier de la Légion d'honneur, est mort à Hanoï le 25 avril 1896, à l'âge de cinquantecinq ans, victime, après trente-quatre ans d'apostolat, de son infatigable dévouement. Son corps a clé déposé à la niissiou catholique française de Ké-So. ' .

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