‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 37 sur 104 · CHAPITRE DKIIXIEiMK KKI · texte numérisé non relu

CHAPITRE DKIIXIEiMK KKI

insuffisant souvenir d'un latin d'occasion, ne manque assurément pas d'ori{^inalité.

il Aspi'ce, dit-il, fehris continua cum macula melana. Morbus prœdiclio gravissima. Fuge contagium pro exercilum. Sum ego studiosus sacerdotus et niedicus » . Je suis ainsi parfaitement fixé; et lui serrant la main, à la française, je sais faire comprendre, au dififno savant, que le Tonkin peut légitimement espérer beaucoup de notre domination. De fait, la petite vérole est endémique, dans le délia. Elle y fait chaque année, parmi les enfants surtout, de très noml)reuses victimes, un sur quatre, disent les indigènes. Et sûrement la vaccination jennérienne sera l'un de nos plus grands bienfaits.

Ma mission remplie, j'abrite l'ambulance dans une petite pagode entourée de superbes banians, et toute odorante des fumées d'encens que répandent incessamment devant les idoles de noml>rcuses baguettes de l)aml)ous qui en sont imprégnées. C'est un bijou que cette pagode, qu'il suffirait d'aménager pour en faire une fort agréable habitation d'été; et tous nous y jouissons d'un repos bien mérité.

20 mars. — En route dès l'aube, pour reprendre nos cantonnements de Bac-Ninh. Le pays, qui paraissait désert lors de notre ])remier passage, a repris ses allures habituelles. Seuls, les Chinois ont disparu, mais les rizières sont remplies de travailleurs et les enfants pullulent.

Le général Brière de l'Isle revient également à Bac-Ninh, mais sans avoir eu l'occasion de combattre. La citadelle de Thaï-Nguyen, dont il avait mission de s'emparer, avait été, dès son arrivée, abandonnée par les Chinois. Et telle était la limite qu'il devait ne pas dépasser.

Il apparaît d'ailleurs, autant qu'il est permis d'en juger par les ordres du général Millot, que la mission donnée au corps expéditionnaire est actuellement remplie, que le but fixé est atteint, et que là doit se borner l'action.

Le général décide, en effet, de laisser à Bac-Ninh seulement un bataillon d'infanterie de marine, le bataillon du

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143" et deux hatleries de montagne; aux Sept-Pagodes, les trois compagnies de débarquement, une compagnie de la légion et une demi-batterie; à Haï-Zuong, un bataillon de la légion et une batterie de montagne; à Phu-Lang-Tuong, un bataillon de la légion et une batterie. Le général Ijrière de risle devra ramener à Hanoi tous les éléments disponibles de la première brigade, avec, en outre, les bataillons du S^*^ et du 111% le détachement des pontonniers, les chasseurs à cheval du capitaine de Laperinne, l'ambulauce, les services administratifs et tous les coolies qui leur étaient affectés. Le général de Négrier devra, par voie de terre, se rendre à Haï-Zuong avec une batterie de montagne, un détachement du génie, de l'ambulance et des services administratifs. Et toutes les troupes recevront, à compter du 20 mars, un approvisionnement de trente jours de vivres à consommer sur place.

De plus, et sans doute pour assurer le repos des troupes, il décide que l'occupation mibtaire de la citadelle d'Hanoï sera réduite au strict nécessaire, que les portes nord et sud demeureront seules ouvertes, les autres étant absolument fermées et barricadées; qu'on devra, autant que possible, reprendre le service habituel dans les villes de garnison en France, et que les tambours et clairons de tous les corps seront réunis chaque soir pour battre et sonner la retraite.

Ces ordres, qui paraissent consacrer la fin de 1 ex[)édition, sont, il faut le dire, très vivement commentés. Le pays, diton, n'est pas du tout débarrassé des Chinois, auxquels il ne faudrait pas laisser le temps de se reconstituer pour une nouvelle lutte. Nous nous en apercevrons bientôt, si nous cessons, dès maintenant, de les poursuivre et de les obliger à mettre bas les armes.

21 mars. — Le général en chef cite à l'ordre du corps expéditionnaire les officiers, sous-officiers et soldats qui se sont fait remarquer par leur courage, leur activité et leur énergie dans les différentes phases de l'action dirigée contre Bac-Ninh. Ce sont : MM. de Beaumont, capitaine de fré-

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f;ate, cornniaudunl les conipajjuies de débarquement, dont la conduite a été admirée à l'attaque du fort de Dap-Cau, et qui, depuis le commencement des opérations, a rendu les plus signalés services; Marliane et Olivieri, qui, l'un et l'autre, sous une gréle de balles, sont entrés les premiers dans le fort de Dap-Cau et ont élcclrisé leurs coinjoagnies par leur courage; Morel, quartier-maître ; deTrentinian, commandant le bataillon d'infanterie de marche ; Duchesne, lieutenantcolonel de la legujn étranjjère. Ces citations sont assurément méritées, et très généralement ap[)rouvées.

22 mors. — Sans doute en raison des observations du général Négrier, l'ordre de réj)artition des troupes, tel qu'il avait été arrêté par le général en chef, est quelque j)eu modifié La deuxième brigade demeure jusqu'à nouvel ordre à Rac-Ninh, avec l'ambulance et les services administratifs. La saison des orages parait déjà s'annoncer, et les opérations actives sont temporairement ajournées. Le j^ays autour de nous parait, tiu reste, reprendre son allure habituelle, les indigènes se remettent activement aux travaux de la terre.

Le général Brière de l'isle ramène de Thaï-Nguyen si.v j)ièces de canon et trois superbes éléphants de guerre. Il ne fait, du reste, que traverser Bac-Ninh, se rendant directement à Hanoï.

Le soir, à dîner, un de nos camarades de l'ambulance, le capitaine Cuveilher (l) du 143% détaché à l'état major-général, nous raconte ainsi les opérations de la première brigade en avant de Bac-Ninh :

« Après la prise du fort de Do-Son par le général de Négrier, la première brigade pouvait, de suite, dit-il, franchir le canal des Rapides à la hauteur de Xam et du marché de Chi, où elle avait uu pont préparé. Cette opération, cependant, fut commencée seulement le H. Le canal des Rapides est profondément encaissé entre les hautes digues qui en sont distantes de 25 à 30 mètres, et dont les intervalles

(1) Le capitaine Cuveillier, fils d'un médecin inspecteur de l'armée, a été tué et a eu la tète coupée au combat de Cliu le 9 octobre.

sont soigneusement cultivés. Deux canonnières, la Trombe et VÉclair, avaient pu le remonter jusqu'à Xam, emmenant avec elles de nombreuses jonques qui permirent aux sapeurs du génie d'établir rapidement un pont. Cette opération terminée, la brigade, qui, depuis la veille, campait sur la rive droite, put commencer le passage, terminé dans la soirée seulement. Et le 1:2, dès le matin, elle se trouvait concentrée sur la rive gauche, qu'elle longeait jusqu'au marché de Ghl, afin de donner la main au général de Négrier. Elle ne tardait pas, ainsi, à se trouver devant les hautes collines du Trong-Son, couvertes de pavillons chinois. Après quatre heures d un bomljardement continu, le général en chef se décida enfin à faire avancer les troupes, méthodiquement déployées dans les rizières. Les Chinois les laissèrent approcher à bonne distance, et commencèrent alors des feux de salve qui décidèrent l'assaut, sonné par tous les clairons. La résistance ne fut pas de longue durée, du reste. A quatre heures, l'ennemi, al)andon-nant ses pavillons, se précipitait en désordre vers Bac-Nlnh; et le drapeau français, éclairé par un superbe soleil couchant, flottait au sommet de Trong-Son. Alors, et satisfait de ce facile succès, le général en chef fit jouer \?l Marseillaise parla fanfare du bataillon d'Afrique, et prit ses cantonnements. Il ignorait encore le hardi coup de main du général de Négrier sur Bac- Ninh et croyait aux nécessités d'une savante stratégie de siège. » Au résumé, pendant que le général Millot s'avançait vers le Trong-Son, déjà le général de Négrier avait repoussé toutes les troupes chinoises, s'était emparé de Dap-Cau et, sans coup férir, avait enlevé Bac-Ninh. Les Chinois, énerglquement attaqués, s'étaient enfuis en désordre, abandonnant misérablement des positions qui, bien défendues, eussent été d'un fort difficile accès. En quelques heures, le général de Négrier avait enlevé dix forts, forcé le barrage du fleuve, s'était emparé d'une citadelle que l'ennemi crovait inexpugnable. Sous la direction Millot, et malgré son ardeur, le général Brière de l'Isle n'avait pu, après un fantastique bombardement, qu'occuper les hauteurs du Trong-Son, dont les aérostlers annonçaient la complète évacuation.

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(i Sans doute, ajoute le chroniqueur, la première brigade n'est pas, ainsi qu'on le dit, la brigade des gendarmes d'Hoffmann. iMais il y a, dans l'entourage immédiat du général en chef, certains fumistes qui rêvent de productive stratégie et ont l)esoin de la préparer longuement. »

C'est ainsi peut-être que furent [)erducs les journées du 13 et du 14. a Quand la poursuite fut décidée et strictement limitée, au moins pour la deuxième brigade, à une durée de quatre jours, assurément il était déjà trop tard. Kt cependant le général de Négrier eût pu pousser jusqu'à Lang-Son. Les Chinois, dispersés en j)ctitcs bandes, eussent été impuissants à se grouper assez nombreux pour l'empêcher de s'en emparer, comme il s'était emparé de Bac-Ninh. Le général en chef ne l'a pas voulu. Il poursuit sans doute un autre but. »

23 77iars. — L'ambulance a évacué tous les malades et l)les8és sur rhôj)ital d'Fïaï-Zuong. Elle demeure temporairement inoccupée. Nous en profitons, mes collègues et moi, pour nous rendre à Kéroï, où réside actuellement Mgr Colomer, de la mission catholique espagnole.

Au Tonkin, l'action catholique est partagée en deux circonscriptions. La première, sous le nom de mission Orientale, placée sous la juridiction de dominicains espagnols, comprend tout le [)ays situé sur la rive gauche du fleuve llouge. La seconde, sous le nom de mission Occidentale, placé sous la juridiction de lazaristes français, avec Mgr Puginier, comprend tout le pays situé sur la rive droite du fleuve.

C'est grâce à l'abnégation de ces héroïques pionniers de la civilisation qu'est due, malgré d'horribles persécutions, la rapide extension du catholicisme au Tonkin, où il compte actuellement plus de cinq cent mille néophytes, groupés par chrétientés, sous l'autorité d'un prêtre indigène, et par districts sous la direction d'un prêtre européen.

Mgr Colomer nous fait le plus cordial accueil. Il paraît âgé de soixante ans; il en a quarante en réalité. Sous les rides creusées par les fatigues et les privations, on retrouve, dans la fine expression du visage, autant de bonté que d'intelli-

gence. La douceur persuasive de sa conversation rappelle cette pensée de Lacordaire : « La puissance des chrétiens va plus vite encore que leur sang; ils conquièrent et gouvernent l'espace avec une poignée d'hommes, et leur génie le remplit bien avant leur postérité. » Tels sont bien, en effet, les missionnaires, et tout particulièrement nos missionnaires français. Ils savent conquérir et conserver un monde par la seule persuasion. Toute leur force est dans leur ténacité, dans l'exemple qu'ils donnent de la pratique de toutes les vertus.

Mgr Golomer est heureux de nous présenter ses nombreux catéchistes. 11 en est le père, et tous lui témoignent autant de respect que d'affeclion. Naturellement craintifs, en notre présence, ils sont tout de suite rassurés dès qu'ils voient leur évéque sympathiser avec nous. Ils l'ont prouvé, du reste, dans l'assistance qu'ils nous ont prêtée contre les Chinois, leurs pires ennemis. La mission de Kéroï est située au village de Xuam-Haï, à peu près complètement caliiolique. Elle peut entretenir un petit séminaire où sont réunis, à partir de l'âge de dix ans, les enfants qui paraissent suceptibles de devenir des prêtres. Ils y apprennent le chinois, le latin, le plain-chant et les pratiques du culte. Quand ils sont ainsi suffisamment préparés, ils sont envoyés à Haï-Phong, où ils achèvent leurs études, afin d'être utilement employés comme catéchistes par les prêtres de la mission. Après un long stage dans leur délicate fonction, ils sont enfin, s'ils en sont jugés dignes, admis au grand séminaire, où ils demeurent le temps nécessaire, trois ou quatre ans en moyenne, à la préparation du sacerdoce. Ainsi recrutés et très scrupuleusement instruits, les prêtres indigènes sont absolument dévoués et font rapidement de nombreux prosélytes. Les catéchistes qui n'ont pas l'intelligence et les qualités nécessaires au sacerdoce assistent les prêtres, et les accompagnent partout dans l'accomplissement de leur mission. Tous parlent correctement le latin.

L'église de Kéroï, d'où les Chinois ont été chassés à coups de baïonnettes, est construite en briques, surmontée d'un clocher octogonal de fort bel aspect. Mais elle n'est pas ache-

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