‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 36 sur 104 · AU TOiNKIN · texte numérisé non relu

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raitra probablement que sous l'action d'une culture Intensive.

Après une heure de repos, vers onze heures, la colonne se remet en marche, passe à hauteur de Cao-Son, sur la rive droite du fleuve qu'elle longe jusque vers Phu-Ha-Lang. La route, je veux dire le sentier, est dominée par des mamelons boises qui seraient un sérieux obstacle s'ils étaient occupés. Mais l'ennemi s'est rapidement dispersé, et notre extrême avant-{Tarde elle-même ne le rencontre pas. 11 serait logique de le poursuivre sans lui donner le temps de se réorganiser; les stratégistes, parmi lesquels le premier de tous, le général de Négrier, assurent qu'il serait sage de [)ousser immédiatement jusqu'à Lang-Son. Mais la brigade n'a reçu que les vivres nécessaires pour une chevauchée de quatre jours seulement, et l'ordre formel de se replier, quel qu'en soit le résultat, après ce laps de temps.

Nous avons donc actuellement atteint le point ultime de notre marche en avant et, non sans maugréer, nous devons, ce soir même, rentrer à Lang-Kep.

La journée a été pénible, la chaleur accablante et l'ambulance doit recueillir bon nombre de traînards. Le lieutenantcolonel Duchesne, commandant la légion étrangère, est luimême atteint de vertiges, de nausées et d'un état fort inquiétant de prostration. Faut-il attribuer ces accidents seulement au soleil et à la fatigue, ou peut-être à l'ingestion de l'eau suspecte d'un torrent dont il ignorait, étant à Textrême avantgarde, la mauvaise réputation? C'est plus probable. Quelques aspersions froides, d'énergiques frictions et quelques cuillerées d'une potion éthérée, font disparaître vertiges et nausées. Mais la prostration persiste longtemps.

Je subis moi-même cette vertigineuse fatigue, mais très passagère, et disparaissant rapidement sous l'action d'une véritable douche que m'administre généreusement mon ordonnance, le i)rave Lambert, ce qui me permet de reprendre aussitôt mon service à l'ambulance. Et nous rentrons nuit close à Kep, très fatigués de notre longue étape, mais plus encore, peut-être, de n'avoir point atteint l'ennemi, qu'il paraissait si logujue de poursuivre activement.

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18 mars. — La brigade garde aujourd'hui ses cantonnements à Kep. L'ambulance est abritée dans une vaste pagode à mi-côte d'un mamelon boisé, au sommet duquel un très pittoresque kiosque, d'où la vue s'étend à une grande distance sur le pays avoisinant, est gardé par une section d'infanterie sous les ordres du capitaine Gueury. Oràce au superbe temps dont nous jouissons, malades et blessés, confortablement couchés sur des brancards, peuvent pendant quelques heures de la journée profiter du soleil et du grand air. Et nous avons, nous-mêmes, loisir de parcourir rapidement les environs.

Le village, sans importance apparente, occupe à l'entrée des défilés une situation topographique qui n'est pas à dédaigner. Il est entouré de rizières, de mares d'eau et protégé par un épais parapet en terre. Au centre, sur un mamelon, se trouve le réduit où s'est concentrée toute la résistance. 11 ])asse pour être fort malsain, l'eau y est très suspecte, et les indigènes n'en font usage qu'après l'avoir clarifiée par l'adjonction d'une petite quantité d'alun enfermé dans un nouet ou dans un bambou percé de quelques trous. L'alun j)récipite très rapidement les matières terreuses qu'elle contient, mais, bien évidemment, ne la débarrasse pas de tous ses produits nocifs, ^otre pharmacien de l'ambulance, M. l'aide-major Manget, constate, en effet, que, même après cette clardîcation, elle conserve une mauvaise odeur, et qu'elle contient, en outre de sels calcaires en solution, une forte proportion de matières organiques et de produits nitrés. Il faut donc la rejeter de l'alimentation, au moins avant rél)ullition. Et le général, dans sa prévoyance, signale et fait garder par des sentinelles le seul puits qui paraît peu contaminé. Il est interdit de se servir des autres.

Autour de Kep, les coteaux sont superbes de végétation. Il y a même quelques l»eaux arbres, parmi lesquels, notamment, des banians, dont les racines tortueuses courent à la surface du sol, et dont les branches énormes, couvertes de larges feuilles, constituent d'excellents abris. Assurément tout ce pays pourrait être fructueusement cultivé, la vigne

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elle-même réussirait peut-être sur les coteaux. Et probablement ainsi disparaîtrait la fièvre. La situation stratégique nécessitera sûrement une occupation militaire. Il faudra donc sérieusement veiller à lassainissement.

19 mars. — La brigade commence, dès le matin, son mouvement de retraite. Plusieurs prétendent que l'occupation doit strictement se borner au delta, et que la pagode Thoman, du nom du caporal alsacien tué pendant notre poursuite de Tennemi, sera, à la jonction des deux routes aboutissant à Lang-Son, la première par Kep et la seconde par Chu, notre poste frontière. Gela parait peu probable. On traverse Phu- Lang en y laissant un bataillon de la légion, une batterie d'artillerie de marine et une section du génie chargée de construire une redoute et des retranchements en avant du village, qui n'est qu'une fort modeste agglomération, mais dont la situation sur le .Song-Thuong, au débouché de la route d'Hanoï à Lang-Son, et la facilité de ravitaillement par le fleuve nécessitent une forte occupation.

\SEclair facilite le passage rapide du fleuve. Les troupes doivent cantonner ce soir dans les villages de Van-Go et Ngo- La. Mais les habitants ont arboré, à leur porte, un pot garni d'un pied d'une plante particulière, le taro, qui signifie, paraît-il, qu'ils sont atteints d'une maladie épidémique, la petite vérole, dit notre interprète. Le général me donne l'ordre de visiter moi-même, et de faire visiter par mes collègues les villages suspects, avant d'en permettre l'accès aux troupes. Et, malgré la terreur apparente des indigènes quand je pénètre dans les cagnas, malgré la difficulté que j'éprouve à me faire comprendre et surtout à voir les enfants, cependant, et grâce à l'assistance d'un catéchiste, j'en sais bien vite assez pour faire exclure du cantonnement le seul village réellement contaminé. Mon interprète est un jeune homme qui m'accompagne partout où je veux pénétrer, ce que je ne pourrais pas facilement ol)tenir sans son intervention. Sans doute il a reçu quelque instruction, et la conversation qui s'engage entre nous, tout en m'obligeant au très

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